Страница 65 из 114
«Oui, il faut me brouiller très ostensiblement avec le comte, car je ne veux pas l’entraîner dans ma perte, ce serait une infamie; le pauvre homme m’a aimée avec tant de candeur! Ma sottise a été de croire qu’il restait assez d’âme dans un courtisan véritable pour être capable d’amour. Très probablement le prince trouvera quelque prétexte pour me jeter en prison; il craindra que je ne pervertisse l’opinion publique relativement à Fabrice. Le comte est plein d’ho
«Que peut répondre un galant homme à une déclaration aussi sincère?»
«Je prendrai un nouvel amant, du moins on le croira dans le monde. Je dirai à cet amant: «Au fond le prince a raison de punir l’étourderie de Fabrice; mais le jour de sa fête, sans doute notre gracieux souverain lui rendra la liberté.» Ainsi je gagne six mois. Le nouvel amant désigné par la prudence serait ce juge vendu, cet infâme bourreau, ce Rassi… il se trouverait anobli et dans le fait, je lui do
«Oui, surtout oublier Fabrice! et pas l’ombre de colère contre le prince, reprendre ma gaieté ordinaire, qui paraîtra plus aimable à ces âmes fangeuses, premièrement, parce que j’aurai l’air de me soumettre de bo
«Choisir un amant dans le parti de la Raversi… Si le comte s’en va, ce sera le parti ministériel; là sera le pouvoir. Ce sera un ami de la Raversi qui régnera sur la citadelle, car le Fabio Conti arrivera au ministère. Comment le prince, homme de bo
A cette idée, toute la colère de la duchesse se ranima. «Le prince m’a trompée, se disait-elle, et avec quelle lâcheté!… Cet homme est sans excuse: il a de l’esprit, de la finesse, du raiso
La duchesse s’arrêta longtemps pour examiner s’il était possible de croire à la culpabilité de Fabrice: non pas qu’elle trouvât que ce fût un bien gros péché, chez un gentilhomme du rang de son neveu, de se défaire de l’impertinence d’un historien; mais, dans son désespoir, elle commençait à sentir vaguement qu’elle allait être obligée de se battre pour prouver cette i
«Je hais le prince parce qu’il m’a trompée, et trompée de la façon la plus lâche; après son billet de pardon, il a fait enlever le pauvre garçon à Bologne, etc. Mais ce compte se réglera.» Vers les cinq heures du matin, la duchesse, anéantie par ce long accès de désespoir, so
Deux fois après la soirée du ministre Zurla, le comte s’était présenté chez la duchesse: toujours refusé, il lui écrivit qu’il avait un conseil à lui demander pour lui-même: «Devait-il garder sa position après l’affront qu’on osait lui faire?» Le comte ajoutait: «Le jeune homme est i
Le comte n’avait pas de vertu; l’on peut même ajouter que ce que les libéraux entendent par vertu (chercher le bonheur du plus grand nombre) lui semblait une duperie; il se croyait obligé à chercher avant tout le bonheur du comte Mosca della Rovere; mais il était plein d’ho
Le lendemain, sur le midi, le comte, qui avait passé dix fois au palais Sanseverina, enfin fut admis; il fut atterré à la vue de la duchesse… «Elle a quarante ans! se dit-il, et hier si brillante! si jeune!… Tout le monde me dit que, durant sa longue conversation avec la Clélia Conti, elle avait l’air aussi jeune et bien autrement séduisante.»
La voix, le ton de la duchesse étaient aussi étranges que l’aspect de sa perso
Après quelques minutes, la duchesse put lui parler. Elle le regarda, et ses yeux restèrent éteints:
– Séparons-nous, mon cher comte, lui dit-elle d’une voix faible, mais bien articulée, et qu’elle s’efforçait de rendre aimable; séparons-nous, il le faut! Le ciel m’est témoin que, depuis cinq ans, ma conduite envers vous a été irréprochable. Vous m’avez do
Le comte ne comprenait pas; elle fut obligée de répéter plusieurs fois. Il devint d’une pâleur mortelle, et, se jetant à genoux auprès de son lit, il dit tout ce que l’éto
– Vous osez me parler de départ, et Fabrice est ici! s’écria-t-elle enfin en se soulevant à demi.
Mais comme elle aperçut que ce nom de Fabrice faisait une impression pénible, elle ajouta après un moment de repos et en serrant légèrement la main du comte: