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– Mon cher, les femmes sont superstitieuses, beaucoup plus que nous ne le sommes. Et aussi, elles sont bénies – ou maudites -, avec leur système nerveux auquel nous sommes étrangers. Je ne le vois que trop dans mon travail pour ne pas en tenir compte. Crois-moi, ne lui dis rien, ou tu vas l’effrayer.
Le visage de Joshua se durcit quand il répondit:
– Mon cher, je n’aurai pas de secret pour ma femme. En avoir serait détruire l’entente qui règne entre nous. Nous n’avons pas de secret l’un pour l’autre. Si jamais nous en avons, alors attends-toi que survie
– Néanmoins, dit Gerald, même si je dois t’irriter, je te le répète avant qu’il ne soit trop tard, il vaut mieux ne pas lui en parler.
– Ce sont les mêmes mots que ceux de la bohémie
Joshua avait parlé d’un air mi-sérieux, mi-plaisant. Gerald lui assura qu’il n’avait entendu parler du campement que le matin même. Mais Joshua se moquait de son ami, et durant cet échange de plaisanteries, le temps avait passé et ils entrèrent dans le cottage.
Mary était assise au piano mais ne jouait pas. L’obscurité avait éveillé de tendres sentiments dans sa poitrine et ses yeux étaient emplis de douces larmes. Quand les deux hommes entrèrent, elle se glissa à côté de son mari et l’embrassa. Joshua prit une pose tragique:
– Mary, dit-il d’une voix profonde, écoute les paroles du sort. Les étoiles ont parlé et le destin est scellé.
– Alors, dis-moi, chéri? Dis-moi l’avenir, mais ne m’effraie pas.
– Bien sûr que non, ma chérie. Mais il est une vérité qu’il faut que tu co
– Continue, chéri. Je t’écoute.
– Mary Considine, il n’est pas impossible que l’on voie un jour ton effigie chez Madame Tussaud. Les étoiles, qui se moquent des juristes, ont a
Il s’était précipité, mais trop tard, pour la rattraper avant qu’elle ne tombe évanouie sur le sol.
– Je te l’avais dit, commenta Gerald. Tu ne les co
Peu après, Mary reprit conscience, mais pour sombrer aussitôt dans une forte hystérie qui la fit rire, pleurer et divaguer. Elle criait: «Tenez-le à distance de moi, de moi! Joshua, mon mari!» et bien d’autres paroles d’appel au secours et de frayeur.
Joshua Considine était dans un état d’esprit proche du désespoir; quand, enfin, Mary redevint calme, il s’agenouilla devant elle, embrassa ses pieds, ses mains, ses cheveux, l’appela de tous les noms doux et lui adressa toutes les paroles tendres que ses lèvres pouvaient formuler. Toute la nuit il resta assis à son chevet et lui tint la main. Tard dans la nuit, et jusqu’au petit matin, elle se réveilla plusieurs fois de son sommeil et cria comme effrayée jusqu’à ce qu’elle fût réconfortée par la conscience que son mari veillait à son côté.
Au cours du petit déjeuner, qui fut servi tard le lendemain matin, Joshua reçut un télégramme qui le réclamait à Witteric, un village situé à une vingtaine de miles. Il hésita à s’y rendre, mais Mary ne voulut pas qu’il restât, et un peu avant midi il partit dans son cabriolet.
Quand elle fut seule, Mary se retira dans sa chambre. Elle ne se montra pas au déjeuner, mais quand le thé de l’après-midi fut servi sur la pelouse, sous le grand saule pleureur, elle vint se joindre à son invité. Elle semblait tout à fait remise de sa maladie de la veille au soir. Après quelques remarques anodines, elle dit à Gerald:
– Bien sûr, c’était bête hier soir, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir effrayée. Je crois que je le serais encore si je me permettais d’y penser. Mais après tout, ces gens ne font qu’imaginer ces choses et je suis en mesure de prouver que la prédiction est fausse – si la prédiction est bien fausse, ajouta-t-elle tristement.
– Que comptez-vous faire? demanda Gerald.
– Aller moi-même au campement des bohémiens, et demander à la Reine de me prédire l’avenir.
– Parfait! Je peux vous accompagner?
– Oh, non! Cela gâcherait tout! Elle pourrait vous reco
À la fin de l’après-midi, Mary Considine prit la direction du campement des bohémiens. Gerald l’accompagna jusqu’à l’entrée du terrain communal et revint seul. Une demi-heure s’était à peine écoulée que Mary revint dans le salon où Gerald était étendu sur le canapé en train de lire.
Elle était pâle comme la mort et dans un état d’excitation extrême. Elle avait à peine traversé le seuil qu’elle s’effondra en gémissant sur le tapis. Gerald se précipita pour l’aider à se relever, mais elle fit un effort extrême, se contrôla et lui demanda le silence. Il attendit, et le désir de lui obéir parut être le meilleur secours, parce que après quelques minutes elle sembla un peu remise et put lui dire ce qui s’était passé.
– Quand je suis arrivée au camp, il me sembla qu’il n’y avait pas âme qui vive. Je me dirigeai vers le centre et j’attendis. Tout à coup, une grande femme apparut à côté de moi. «Quelque chose m’a dit qu’on me voulait», me dit-elle. Elle tendit la main et j’y glissai une pièce d’argent. Elle tira de son cou un petit objet d’or et le déposa à côté. Puis elle les prit tous deux et les jeta dans le ruisseau qui passait à nos pieds. Puis elle prit ma main dans les sie
Gerald ne se sentit pas du tout à l’aise et voulut plaisanter.
– Assurément, dit-il, cette femme est hantée par l’idée d’un meurtre.
– Ne riez pas, dit Mary, je ne puis le supporter. Et, comme saisie par une impulsion soudaine, elle quitta la pièce.
Peu après, Joshua revint, souriant et de bo
Le lendemain matin, Joshua descendit au petit déjeuner plus tard que de coutume. Mary s’était levée tôt et se promenait dans la maison depuis le matin. Le temps passant, elle semblait devenir nerveuse, et, de temps à autre, elle jetait autour d’elle un regard anxieux.
Gerald ne put que remarquer que perso
Après le petit déjeuner, ils sortirent tous sur la pelouse. Mary composa un bouquet et dit à son mari: «Cueille-moi quelques-unes de ces roses, chéri.»
Joshua attira une branche du rosier qui grimpait sur la façade de la maison. La tige fléchit, mais elle était trop épaisse pour qu’elle pût être cassée. Il mit la main à sa poche pour prendre son couteau mais ne le trouva pas.
– Do
Mais Gerald n’en avait point, aussi alla-t-il dans la salle à manger et en prit un sur la table. Il revint, touchant le fil de la lame et grommelant:
– Que diable! que s’est-il passé avec tous les couteaux, ils semblent tous être ébréchés?
Mary se détourna subitement et rentra dans la maison.
Joshua s’essaya à couper la tige avec son couteau émoussé comme font les cuisinières dans les campagnes avec les cous des poulets, ou les garçons quand ils coupent de grosses ficelles. Avec un peu d’effort, il accomplit sa tâche. Les roses poussaient épaisses sur la branche, aussi décida-t-il de cueillir un grand bouquet.
Il ne put pas trouver un seul couteau aiguisé dans la desserte où étaient rangés les couteaux, aussi il appela Mary, et quand elle arriva, il lui dit ce qui se passait. Elle semblait si agitée et si misérable qu’il ne put résister au désir de savoir la vérité, et, comme éto
– Tu veux dire que c’est toi, toi qui as fait ça?…
Elle l’interrompit:
– Oh! Joshua! j’avais si peur.
Joshua, après un moment, reprit, un air décidé sur son visage blême:
– Mary, dit-il, c’est ainsi que tu as confiance en moi? Je ne l’aurais pas cru.
– Oh! Joshua! cria-t-elle en le suppliant, pardo
Joshua réfléchit un instant et dit:
– Je comprends maintenant. Il faut en finir avec tout cela, ou nous deviendrons tous fous. Il courut au salon:
– Où vas-tu? cria presque Mary.
Gerald intervint, disant qu’il n’était pas superstitieux au point d’avoir peur d’instruments émoussés, surtout quand il vit Joshua sortir de la porte-fenêtre, tenant à la main un grand couteau gourka qui, d’ordinaire, était posé sur la table du milieu – c’était un cadeau que son frère lui avait envoyé de l’Inde du Nord, un de ces grands couteaux de chasse utilisés dans les combats à l’arme blanche et qui avaient été si efficaces contre les e
Quand Mary vit son époux sortir de la pièce l’arme à la main, elle se mit à crier dans un accès de frayeur, et les hystéries de la nuit passée revinrent immédiatement.
Joshua courut vers elle et, la voyant tomber, jeta le couteau et essaya de la rattraper.
Mais il intervint une seconde trop tard, et les deux hommes crièrent en même temps en voyant Mary affalée sur la lame nue.