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LE SECRET DE L’OR QUI CROÎT [15]
Quand Margaret Delandre vint s’installer à Brent’s Rock, tout le voisinage se réveilla, réjoui par la perspective d’un nouveau scandale. Les scandales provoqués par la famille Delandre, ou par les Brent de Brent’s Rock, n’étaient pas rares; et si l’histoire secrète du comté avait été entièrement écrite, on aurait trouvé les deux noms bien représentés. Il est vrai que les positions des deux familles étaient si différentes que celles-ci auraient pu appartenir à des continents différents – parce que jusqu’alors leurs orbites ne s’étaient jamais croisées. Les Brent s’étaient vu reco
L’arbre généalogique des Delandre remontait haut, et ils en étaient aussi fiers à leur façon que les Brent l’étaient du leur. Mais la famille ne s’était jamais élevée au-dessus du rang de petits propriétaires; et, bien qu’ils aient été prospères à une certaine époque, au bon vieux temps des guerres étrangères et du protectio
Leurs terres, Dander’s Croft, semblaient être épuisées, typiques de la famille qui les avait habitées. Cette famille avait décliné de génération en génération, faisant pousser de temps en temps quelques rejetons qui avortaient sous la forme d’un soldat ou d’un marin, et qui avaient gagné avec difficulté des grades subalternes au service armé, et s’étaient arrêtés là, le courage brisé net dans l’action, ou bien sous l’effet de cette cause destructrice particulière aux hommes sans naissance ou sans éducation – la conscience d’une position supérieure à la leur et à laquelle ils n’étaient pas en mesure d’accéder. Ainsi, peu à peu, la famille déclinait, les hommes devenant sombres et insatisfaits, creusant leurs tombes avec la bouteille, les femmes s’usant dans des tâches ménagères, ou bien faisant des mésalliances – ou pire encore. À la longue, tous avaient disparu, il ne restait plus à Croft que Wykham Delandre et sa sœur Margaret. L’homme et la femme, respectivement, semblaient avoir hérité, sous les aspects masculin et féminin, des mauvaises tendances de leur race, partageant en commun – bien que les manifestant de diverses façons – une même passion sourde pour la volupté et l’insouciance.
L’histoire de la famille Brent avait été quelque chose de semblable, mais les causes de la décadence se montraient sous une forme aristocratique plutôt que plébéie
Le chef actuel de la famille – si l’on peut parler de famille alors qu’il ne restait qu’un héritier en ligne directe – était Geoffrey Brent. Il était presque le représentant typique d’une fin de race, faisant preuve dans certains cas des qualités les plus brillantes, dans d’autres de la dégradation la plus totale. On pourrait le comparer avec équité à l’un de ces nobles italiens de l’Antiquité que les peintres nous ont conservés et dont le courage, l’absence de scrupules, le raffinement dans la luxure et la cruauté en font des voluptueux véritables et des démons potentiels. Il était certainement beau, de cette beauté sombre, racée, autoritaire, que les femmes, en général, reco
Aussi longtemps que Geoffrey Brent réservait ses dissipations à Londres, Paris et Vie
La seule perso
Wykham Delandre était furieux de ces nouvelles. Il jura de se venger et, pour entretenir dans son esprit la violence de sa fureur, but plus que jamais. Il chercha plusieurs fois à voir sa sœur, mais elle refusait avec mépris de le rencontrer. Il tenta d’avoir un entretien avec Brent qui lui fut refusé, lui aussi. Puis il essaya d’intercepter Brent sur la route, mais sans succès, parce que Geoffrey n’était pas homme à être arrêté contre sa volonté. Les deux hommes se croisèrent plusieurs fois effectivement, et beaucoup d’autres rencontres faillirent avoir lieu et furent évitées. À la longue, Wykham Delandre s’installa dans une acceptation morose et vengeresse de la situation.
Ni Margaret ni Geoffrey n’étaient d’un tempérament pacifique, et très vite des querelles éclatèrent entre eux. Un prétexte pouvait en entraîner un autre et le vin coulait à flots à Brent’s Rock. De temps à autre, les disputes s’envenimaient et des menaces s’échangeaient dans un langage qui laissait pantois les serviteurs. Mais de telles querelles, d’habitude, prenaient fin, comme toutes les altercations domestiques, dans la réconciliation et le respect réciproque de l’énergie mise en œuvre eu égard à leur importance. Se battre pour se battre est considéré en soi dans certaines classes de la société, dans le monde entier, comme étant d’un intérêt absorbant, et il n’y a pas de raison de penser que les conditions domestiques en réduisent l’intensité. Geoffrey et Margaret s’absentaient de temps à autre de Brent’s Rock, et à chacune de ces absences, Wykham Delandre partait aussi. Mais en général, il apprenait ces absences trop tardivement pour que ce fût utile, et rentrait à la maison chaque fois dans un état d’esprit plus sombre, et plus mécontent que la fois précédente.
Enfin, arriva un jour où Brent’s Rock fut déserté plus longuement que par le passé. Peu de jours avant ce départ, une querelle avait éclaté, qui avait surpassé en violence toutes celles qui l’avaient précédée; mais cette fois encore, elle avait été suivie d’une réconciliation, et un voyage sur le continent fut mentio
– Je reviendrai. Mes nouvelles sont sûres, elles peuvent attendre!