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Mais cette perfection même me causait une crainte. Dans une entreprise comme la nôtre, les limites de la pensée humaine ne peuvent être que très étroites. Au-delà s'étendent l'immensité de la sagesse et la puissance divines.
Quand nous eûmes regagné la caverne, Mr. Trelawny aborda un autre thème:
– Il nous faut à présent fixer avec précision l'heure exacte à laquelle la Grande Expérience doit être tentée. Quand il ne s'agit que de science et de mécanique, à condition que les préparatifs soient complets, l'heure n'a pas d'importance. Mais nous avons à compter avec les préparatifs faits par une femme d'un esprit extraordinairement subtil, qui avait pleine croyance dans la magie, mettait dans toute chose une signification cachée et nous devons, avant de décider, nous mettre à sa place. Il est à présent manifeste que le coucher du soleil occupe une place importante dans les dispositions prises. Comme ces soleils, coupés si mathématiquement par le bord du sarcophage, ont été mis là avec une intention bien nette, nous devons nous en servir comme indices. De plus, nous avons trouvé sans cesse que le chiffre sept jouait un rôle primordial dans toutes les nuances de la pensée de la Reine, dans son raiso
Il parlait de cela comme d'une chose toute naturelle, avec cependant une grande gravité; mais il n'y avait rien de mystérieux dans ses paroles ou ses manières. Nous étions toutefois impressio
À présent nous allons voir les lampes et achever nos préparatifs. En conséquence, nous nous mîmes au travail, et sous sa supervision, nous avons préparé les lampes égyptie
Tout cela nous avait pris du temps et nous fûmes, je crois, tous surpris quand, en sortant de la caverne, nous avons entendu la grande horloge de l'antichambre so
Nous prîmes un déjeuner tardif, chose possible sans difficultés dans l'état présent de notre intendance. Ensuite, sur le conseil de Mr. Trelawny, nous nous sommes séparés; chacun devait se préparer à sa manière aux épreuves de la nuit, Margaret était pâle et semblait assez fatiguée, si bien que je lui conseillai de s'étendre et d'essayer de dormir. Elle me le promit. Cet air absent qu'elle avait eu toute la journée s'était dissipé pour le moment. Avec toute sa gentillesse habituelle et son amoureuse délicatesse elle m'embrassa pour me dire au revoir. Le bonheur que j'en ressentis me poussa à aller me promener sur les falaises. Je ne voulais pas penser et j'avais le sentiment instinctif que l'air frais et le soleil de Dieu, les milliers de beautés dispensées par Sa main seraient pour moi la meilleure préparation à ce qui allait venir, et me do
Quand je rentrai, tout le monde se réunissait pour prendre un thé tardif. Je sortais à peine de l'exubérance de la nature, et une chose me frappa comme presque comique: alors que nous approchions du dénouement d'une entreprise tellement étrange – et presque monstrueuse – nous restions priso
Tous les hommes étaient graves; le temps pendant lequel ils étaient restés enfermés, même s'ils l'avaient consacré au repos, leur avait do
Margaret était brillante, presque joyeuse; mais je regrettais l'absence en elle d'une certaine spontanéité. À mon égard elle avait un vague air de réserve qui fit revivre quelque chose de mes soupçons. Quand le thé fut desservi, elle sortit de la pièce; mais elle revint une minute après avec le rouleau de dessins qu'elle avait pris au début de la journée. Elle s'approcha de Mr. Trelawny et lui dit:
– Père, j'ai soigneusement examiné ce que vous disiez hier au sujet du sens caché de ces soleils et de ces cœurs et «Kas» et j'ai regardé de nouveau les dessins.
– Et avec quel résultat, mon enfant? demanda avec empressement Mr. Trelawny.
– Il est possible de les lire autrement.
– Et comment? Sa voix était à présent tremblante d'anxiété.
Margaret parlait avec une étrange résonance dans la voix; une résonance qui ne pouvait s'expliquer que par une conviction qui étayait ses dires:
– Cela veut dire qu'au coucher du soleil le «Ka» est sur le point d'entrer dans l' «Ab», et c'est seulement au lever du soleil qu'il le quittera!
– Continue! dit son père d'un ton rauque.
– Cela veut dire que pour cette nuit, le Double de la Reine, qui autrement est libre, restera dans son cœur, qui est mortel et ne peut quitter sa prison à l'intérieur du suaire de la momie. Cela veut dire que lorsque le soleil aura sombré dans la mer, la Reine Tera cessera d'exister comme puissance consciente, jusqu'au lever du soleil; à moins que la Grande Expérience ne puisse la rappeler à la vie éveillée. Cela veut dire qu'il n'y aura absolument rien pour vous ou pour d'autres à craindre d'elle d'une façon dont nous avons toutes les raisons de nous souvenir. Quel que soit le changement qui puisse résulter de la mise en œuvre de la Grande Expérience, il ne peut en venir aucun de la pauvre femme morte, sans recours, qui a attendu cette nuit depuis tant de siècles; qui a abando
Elle s'arrêta soudain. Tandis qu'elle parlait, ses paroles s'accompagnaient d'une intonation étrangement pathétique, presque suppliante, qui me toucha jusqu'à la moelle des os.
Après le départ de Mr. Trelawny, le silence s'établit. Je ne pense pas que perso
Je fus réveillé par Corbeck qui m'appelait en toute hâte.
– Descendez dans la caverne aussi vite que vous le pouvez. Mr. Trelawny veut nous y voir immédiatement. Dépêchez-vous!
Je bondis et descendis à la caverne en courant. Tout le monde était là, à l'exception de Margaret, qui arriva immédiatement après moi, portant Silvio dans ses bras. Quand le chat aperçut son vieil e
Lorsque Margaret nous eut rejoints, son père dit immédiatement, avec une insistance calme qui était nouvelle pour moi:
– Tu croyais, Margaret, que la Reine Tera avait volontairement choisi de renoncer pour cette nuit à sa liberté? De devenir une momie et rien d'autre, jusqu'à ce que l'Expérience ait été achevée? De se contenter d'être sans pouvoir en toutes circonstances jusqu'à ce que tout soit terminé, jusqu'à ce que la résurrection soit un fait accompli, ou que la tentative ait échoué?
Au bout d'un instant, Margaret répondit à voix basse:
– Oui.
Pendant cette pause tout avait changé chez Margaret son apparence, son expression, sa voix, ses manières. Même Silvio l'avait remarqué; dans un violent effort, il réussit à se dégager de ses bras; elle ne parut pas s'en apercevoir. Je m'attendais à ce que le chat, ayant conquis sa liberté, attaque la momie; mais cette fois-ci, il n'en fit rien. Il semblait trop intimidé pour s'en approcher. Il s'écarta et avec un «miaou» piteux il vint se frotter à mes chevilles. Je le pris dans mes bras, il s'y blottit en frisso
– Tu es sûre de ce que tu dis! Tu le crois de toute ton âme?
Le visage de Margaret n'avait plus son air absent; il paraissait illuminé par la dévotion de celui à qui il est do
– Je le sais! Mon savoir dépasse la croyance!
Mr. Trelawny parla de nouveau:
– Tu es donc tellement sûre que, serais-tu la Reine Tera elle-même, tu serais disposée à le prouver par tout moyen que je pourrais suggérer?
– Oui, par n'importe quel moyen! fut la réponse qui retentit avec un accent d'intrépidité.
D'une voix qui laissait paraître un léger doute, son père dit alors:
– Même en abando
Elle se tut un instant, et je pouvais voir qu'elle souffrait horriblement. Il y avait dans ses yeux une expression traquée qu'aucun homme n'aurait pu voir, sans être retourné, dans les yeux de l'être aimé. J'étais sur le point d'intervenir lorsque les yeux du père, regardant autour de lui avec une détermination farouche, rencontrèrent les miens. Je restai silencieux, presque magnétisé; les autres hommes, de même. Il se passait sous nos yeux une chose que nous ne comprenions pas!
En quelques longues enjambées, Mr. Trelawny alla jusqu'au côté ouest de la caverne et ouvrit le volet qui occultait la fenêtre, avec une telle violence qu'il en brisa la chaîne qui servait à le manœuvrer et qui était usée par le temps. L'air frais entra, la lumière du soleil se répandit sur eux deux, car Margaret était à présent à côté de lui. Il désigna du doigt le soleil en train de plonger dans la mer au centre d'un halo de feu doré, et son visage avait la dureté du silex. D'une voix dont la dureté absolue réso