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Chapitre XIII LE RÉVEIL
– De quoi avez-vous parlé tout ce temps, Mr. Ross? Je suppose que Mr. Corbeck vous a raconté toutes ses aventures pendant qu'il était parti à la recherche des lampes. J'espère que vous me le raconterez aussi à moi, un jour, Mr. Corbeck; mais pas avant que mon pauvre père se sente mieux. Il aimerait, j'en suis sûre, me raconter tout cela lui-même; ou être présent quand j'entendrai ce récit.
Elle nous lança un regard pénétrant à l'un, puis à l'autre.
– Oh! c'est ce que vous étiez en train de dire quand je suis entrée? Très bien! J'attendrai; mais j'espère que ce ne sera pas long. L'état dans lequel se trouve mon père, en se prolongeant, me déprime complètement. Il y a un petit moment, j'ai senti que mes nerfs étaient en train de craquer, si bien que j'ai décidé d'aller faire un tour dans le parc. Je suis sûre que cela me fera du bien. Je voudrais, si cela ne vous fait rien, vous savoir auprès de mon père pendant mon absence. Je me sentirai plus tranquille.
Je me levai avec empressement, en me réjouissant que la pauvre fille sorte, ne serait-ce qu'une demi-heure. Elle paraissait terriblement lasse et hagarde; et la vue de ses joues pâles me fendait l'âme. J'entrai dans la chambre du malade, et je m'installai à ma place habituelle.
Je restai là un long moment à réfléchir à ce que Mr. Corbeck m'avait dit et à introduire les choses éto
Je fus sorti de ma rêverie qui tournait rapidement au rêve d'amour, d'une manière saisissante. Une voix venait du lit; une voix grave, vigoureuse, autoritaire. La première note retentit à mes oreilles comme un coup de clairon. Le malade était réveillé et il parlait:
– Qui êtes-vous? Que faites-vous ici?
Quelles qu'aient été les idées que nous nous étions faites les uns et les autres sur la façon dont il se réveillerait, je suis tout à fait sûr que perso
– Je m'appelle Ross. Je vous veillais!
Il parut surpris pendant un instant, et ensuite je pus voir que son habitude de juger par lui-même entrait en jeu.
– Me veiller! Que voulez-vous dire? Pourquoi me veiller?
Son œil s'était posé sur son poignet enveloppé d'un épais pansement. Il continua sur un ton différent; moins agressif, plus cordial, le ton de quelqu'un qui admet les faits:
Êtes-vous médecin?
Quand je répondis, je me sentis esquisser comme un sourire; le soulagement survenant après une longue période d'anxiété commençait à faire son effet.
– Non, monsieur!
– Alors, que faites-vous ici? Si vous n'êtes pas médecin, qu'est-ce que vous êtes?
– Je suis avocat. Cependant, ce n'est pas à ce titre que je me trouve ici; mais simplement en qualité d'ami de votre fille. C'est probablement parce qu'elle savait que j'étais avocat qu'elle a pris à l'origine la décision de m'appeler, car elle croyait que vous aviez été victime d'une tentative d'assassinat. Ensuite elle a eu la bonté de me considérer comme un ami et de m'autoriser à rester, conformément au vœu que vous aviez exprimé et d'après lequel quelqu'un devait veiller sur vous.
Mr. Trelawny pensait vite et parlait peu, c'était évident. Pendant que je discourais, il m'examinait de son regard pénétrant, il semblait lire dans ma pensée. À mon grand soulagement, il n'en dit pas davantage, semblant accepter de confiance ce que je lui disais. Il dit soudain:
– Elle a cru qu'on avait voulu m'assassiner! Était-ce hier au soir?
– Non. Il y a quatre jours.
Il parut surpris. Tout en parlant, il s'était, pour la première fois assis dans son lit; il fit à présent un mouvement qui aurait pu faire croire qu'il avait l'intention d'en sortir. Cependant, en faisant un effort, il s'en abstint; il se laissa retomber sur ses oreillers en disant tranquillement:
– Racontez-moi tout cela! Tout ce que vous savez! Jusqu'au moindre détail! N'oubliez rien! Mais, attendez fermez d'abord la porte au verrou. Avant de voir qui que ce soit, je veux savoir exactement, où en sont les choses.
En conséquence, je lui racontai tous les détails, jusqu'au plus insignifiant resté gravé dans ma mémoire, sur tout ce qui s'était passé depuis mon arrivée dans la maison. Je ne dis naturellement rien de mes sentiments pour Margaret et ne lui parlai que des choses qu'il co
Il écoutait avec une maîtrise de soi qui, étant do
– Quel âne stupide! murmura-t-il en jetant un coup d'œil à travers la chambre sur le cabinet endommagé, avec un dégoût marqué.
Quand je lui parlai de l'anxiété poignante éprouvée par sa fille, de ses soins et de son dévouement sans bornes, de la tendre affection dont elle avait fait montre, il parut très remué. Il y eut comme une sorte de surprise voilée dans son murmure inconscient:
– Margaret! Margaret!
À la fin de mon récit, qui allait jusqu'au moment où Miss Trelawny était sortie pour faire sa promenade (je pensais à elle comme «Miss Trelawny», et non plus comme «Margaret», en présence de son père), il resta assez longtemps silencieux. Cela dura probablement deux ou trois minutes, mais me parut interminable. Puis soudain, il se tourna vers moi et me dit avec vivacité:
– À présent, dites-moi tout sur votre compte!
– Mon nom, comme je vous l'ai dit, est Ross, Malcolm Ross. Je suis avocat de profession. J'ai été nommé Conseiller de la reine la dernière a
– Oui, je sais, dit-il à mon grand soulagement. J'ai toujours entendu dire du bien de vous! Où et quand avez-vous fait la co
– D'abord chez les Hay à Belgrave Square, il y a dix jours. Ensuite à un pique-nique en remontant le fleuve avec Lady Strathco
Tandis que je continuais, le visage du père se faisait de plus en plus grave, mais il ne disait mot. Je m'étais à présent engagé dans un exposé bien défini et je poursuivais avec toute la maîtrise que je pouvais exercer sur mon esprit. L'occasion pouvait être également riche en conséquence pour moi:
– Je ne pouvais pas ne pas remarquer qu'il y avait en elle un sentiment qui lui était habituel, celui d'être délaissée. Je croyais le comprendre; je suis moi-même fils unique. Je me risquai à l'encourager à me parler librement, et je fus assez heureux pour y parvenir. Une sorte de confiance s'instaura entre nous.
Il se peignit sur le visage du père quelque chose qui me fit ajouter immédiatement:
– Comme vous pouvez bien l'imaginer, monsieur, rien n'a été dit qui ne fut correct et convenable. Elle m'a simplement parlé de la manière impulsive de quelqu'un qui aspire à exprimer des pensées depuis longtemps soigneusement dissimulées, à se rapprocher d'un père adoré; d'avoir avec lui plus de rapports, d'être en confiance avec lui, plus proche de lui, dans le cercle de ses sympathies. Oh! croyez-moi, monsieur, tout cela était pour le mieux! C'était tout ce que peut espérer et désirer un cœur de père! C'était entièrement loyal. Si elle me parlait à moi, c'était peut-être parce que j'étais presque un étranger et qu'entre nous aucune barrière ne s'était jusque-là dressée pour s'opposer aux confidences.
Ici, je marquai un temps. Il était difficile de continuer, et je craignais de nuire à Margaret par excès de zèle. C'est son père qui dissipa cet état de tension.
– Et vous?
– Monsieur, Miss Trelawny est charmante et belle. Elle est jeune; son âme a la pureté du cristal. Jouir de sa sympathie est une joie. Je ne suis pas vieux, et mon affection n'était pas engagée. Elle ne l'avait jamais été jusqu'à présent. J'espère pouvoir dire tout cela, même à un père.
Involontairement, je baissai les yeux; quand je les relevai, Mr. Trelawny me regardait toujours d'un œil pénétrant. Toute la bonté de son caractère apparut dans son sourire, quand il me tendit la main en disant:
– Malcolm Ross, j'ai toujours entendu parler de vous comme d'un homme intrépide et ayant le sens de l'ho
– Il y a un avantage à vieillir: utiliser judicieusement son expérience. J'en ai beaucoup. Je me suis do
Je marquai un temps. Il continuait à me regarder tandis que je poursuivais: