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Qui vous dit que je n'ai pas étudié, analysé, suivi, pulsation par pulsation, veine par veine, nerf par nerf, toutes les parties de l'organisation morale de l'homme, comme vous de son être matériel? que je n'ai pas pesé dans une balance de fer machiavélique les passions de l'homme naturel et les intérêts de l'homme civilisé, leurs orgueils insensés, leurs joies égoïstes, leurs espérances vaines, leurs faussetés étudiées, leurs malveillances déguisées, leurs jalousies honteuses, leurs avarices fastueuses, leurs amours singées, leurs haines amicales?

O désirs humains! craintes humaines! vagues éternelles, vagues agitées d'un Océan qui ne change pas, vous êtes seulement comprimées quelquefois par des courants hardis qui vous emportent, des vents violents qui vous soulèvent, ou des rochers immuables qui vous brisent!

– Et, dit le Docteur en souriant, vous aimeriez à vous croire courant, vent ou rocher?

– Et vous pensez que…

– Que vous ne devez jeter que des oeuvres dans cet Océan.

Il faut bien plus de génie pour résumer tout ce qu'on sait de la vie dans une oeuvre d'art, que pour jeter cette semence sur la terre, toujours remuée, des événements politiques. Il est plus difficile d'organiser tel petit livre que tel gros gouvernement. – Le Pouvoir n'a plus, depuis longtemps, ni la force ni la grâce. – Ses jours de grandeur et de fêtes ne sont plus. On cherche mieux que lui. Le tenir en main, cela s'est toujours pu réduire à l'action de manier des idiots et des circonstances, et ces circonstances et ces idiots, ballottés ensemble, amènent des chances imprévues et nécessaires, auxquelles les plus grands ont confessé qu'ils devaient la plus belle partie de leur renommée. Mais à qui la doit le Poète, si ce n'est à lui-même? La hauteur, la profondeur et l'étendue de son oeuvre et de sa renommée future sont égales aux trois dimensions de son cerveau. – Il est par lui-même, il est lui-même, et son oeuvre est lui.

Les premiers des hommes seront toujours ceux qui feront d'une feuille de papier, d'une toile, d'un marbre, d'un son, des choses impérissables.

Ah! s'il arrive qu'un jour vous ne sentiez plus se mouvoir en vous la première et la plus rare des facultés, l'IMAGINATION; si le chagrin ou l'âge la dessèchent dans votre tête comme l'amande au fond du noyau; s'il ne vous reste plus que Jugement et Mémoire, lorsque vous vous sentirez le courage de démentir cent fois par an vos actions publiques par vos paroles publiques, vos paroles par vos actions, vos actions l'une par l'autre, et l'une par l'autre vos paroles, comme tous les hommes politiques; alors faites comme tant d'autres bien à plaindre, désertez le ciel d'Homère, il vous restera encore plus qu'il ne faudra pour la politique et l'action, à vous qui descendrez d'en haut. Mais jusque-là, laissez aller d'un vol libre et solitaire l'Imagination qui peut être en vous. – Les oeuvres immortelles sont faites pour duper la Mort en faisant survivre nos idées à notre corps. – Ecrivez-en de telles si vous pouvez, et soyez sûr que s'il s'y rencontre une idée ou seulement une parole utile au progrès civilisateur, que vous ayez laissé tomber comme une plume de votre aile, il se trouvera assez d'hommes pour la ramasser, l'exploiter, la mettre en oeuvre jusqu'à satiété. Laissez-les faire. L'application des idées aux choses n'est qu'une perte de temps pour les créateurs de pensées."

Stello, debout encore, regarda le Docteur Noir avec recueillement, sourit enfin, et tendit la main à son sévère ami.

"Je me rends, dit-il, écrivez votre ordo

Le Docteur prit du papier.

"Il est bien rare, dit-il tout en griffo

– Je suivrai la vôtre comme une loi immuable et éternelle", dit Stello, non sans étouffer un soupir; et il s'assit, laissant tomber sa tête sur sa poitrine avec un sentiment de profond désespoir et la conviction d'un vide nouveau rencontré sous ses pas; mais en écoutant l'ordo

Voici ce que le Docteur Noir écrivait, motivant chaque point de son ordo