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En disant ces mots, il prit un air grave et mystérieux.
«Tu es bien coupable envers moi, reprit-il, mais je t’ai fait grâce pour ta vertu, et pour m’avoir rendu service quand j’étais forcé de me cacher de mes e
La question du bandit et son impudence me semblèrent si risibles que je ne pus réprimer un sourire.
«Pourquoi ris-tu? me demanda-t-il en fronçant le sourcil; est-ce que tu ne crois pas que je sois le grand tsar? réponds-moi franchement.»
Je me troublai. Reco
Pougatcheff attendait ma réponse dans un silence farouche. Enfin (et je me rappelle encore ce moment avec la satisfaction de moi-même) le sentiment du devoir triompha en moi de la faiblesse humaine. Je répondis à Pougatcheff:
«Écoute, je te dirai toute la vérité. Je t’en fais juge. Puis-je reco
– Qui donc suis-je d’après toi?
– Dieu le sait; mais, qui que tu sois, tu joues un jeu périlleux.»
Pougatcheff me jeta un regard rapide et profond:
«Tu ne crois donc pas que je sois l’empereur Pierre? Eh bien! soit. Est-ce qu’il n’y a pas de réussite pour les gens hardis? est-ce qu’ancie
– Non, répondis-je avec fermeté; je suis gentilhomme; j’ai prêté serment à Sa Majesté l’impératrice; je ne puis te servir. Si tu me veux du bien en effet, renvoie-moi à Orenbourg.»
Pougatcheff se mit à réfléchir:
«Mais si je te renvoie, dit-il, me promets-tu du moins de ne pas porter les armes contre moi?
– Comment veux-tu que je te le promette? répondis-je; tu sais toi-même que cela ne dépend pas de ma volonté. Si l’on m’ordo
Ma franchise plut à Pougatcheff.
«Soit, dit-il en me frappant sur l’épaule; il faut punir jusqu’au bout, ou faire grâce jusqu’au bout. Va-t’en des quatre côtés, et fais ce que bon te semble. Viens demain me dire adieu. Et maintenant va te coucher; j’ai sommeil moi-même.»
Je quittai Pougatcheff, et sortis dans la rue. La nuit était calme et froide; la lune et les étoiles, brillant de tout leur éclat, éclairaient la place et le gibet. Tout était tranquille et sombre dans le reste de la forteresse. Il n’y avait plus que le cabaret où se voyait de la lumière et où s’entendaient les cris des buveurs attardés. Je jetai un regard sur la maison du pope; les portes et les volets étaient fermés; tout y semblait parfaitement tranquille.
Je rentrai chez moi et trouvai Savéliitch qui déplorait mon absence. La nouvelle de ma liberté recouvrée le combla de joie.
«Grâces te soient rendues, Seigneur! dit-il en faisant le signe de la croix. Nous allons quitter la forteresse demain au point du jour, et nous irons à la garde de Dieu. Je t’ai préparé quelque petite chose; mange, mon père, et dors jusqu’au matin, tranquille comme dans la poche du Christ…
Je suivis son conseil, et, après avoir soupé de grand appétit, je m’endormis sur le plancher tout nu, aussi fatigué d’esprit que de corps.