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Dans ce moment, le marquis de Croisenois s’avançait avec empressement vers Mlle de La Mole. Il fut un instant à trois pas d’elle, sans pouvoir pénétrer à cause de la foule. Il la regardait en souriant de l’obstacle. La jeune marquise de Rouvray était près de lui, c’était une cousine de Mathilde. Elle do

Pendant que le marquis de Croisenois, ne pouvant percer la foule, regardait Mathilde d’un air riant, elle arrêtait ses grands yeux, d’un bleu céleste, sur lui et ses voisins. Quoi de plus plat, se dit-elle, que tout ce groupe! Voilà Croisenois qui prétend m’épouser; il est doux, poli, il a des manières parfaites comme M. de Rouvray. Sans l’e

Mathilde s’e

Je ne vois que la condamnation à mort qui distingue un homme, pensa Mathilde: c’est la seule chose qui ne s’achète pas.

Ah! c’est un bon mot que je viens de me dire! Quel dommage qu’il ne soit pas venu de façon à m’en faire ho

Qu’est-ce qu’un méchant pourrait objecter mon bon mot? se dit Mathilde. Je répondrais au critique: un titre de baron, de vicomte, cela s’achète; une croix, cela se do

Réellement mon mot a de la profondeur. La condamnation à mort est encore la seule chose que l’on ne se soit pas avisé de solliciter.

– Co

Elle avait l’air de revenir de si loin, et cette question avait si peu de rapport avec tout ce que le pauvre marquis lui disait depuis cinq minutes, que son amabilité en fut déconcertée. C’était pourtant un homme d’esprit et fort renommé comme tel.

Mathilde a de la singularité, pensa-t-il; c’est un inconvénient, mais elle do

– Qui ne co

– Très absurde! dit Mathilde, comme se parlant à elle-même, mais il a agi. Je veux voir un homme; amenez-le-moi, dit-elle au marquis très choqué.

Le comte Altamira était un des admirateurs les plus déclarés de l’air hautain et presque impertinent de Mlle de La Mole; elle était suivant lui l’une des plus belles perso

– Comme elle serait belle sur un trône! dit-il à M. de Croisenois; et il se laissa amener sans difficultés.

Il ne manque pas de gens dans le monde qui veulent établir que rien n’est de mauvais ton comme une conspiration, cela sent le jacobin. Et quoi de plus laid que le jacobin sans succès?

Le regard de Mathilde se moquait du libéralisme d’Altamira avec M. de Croisenois, mais elle l’écoutait avec plaisir.

Un conspirateur au bal, c’est un joli contraste, pensait-elle. Elle trouvait à celui-ci, avec ses moustaches noires, la figure du lion quand il se repose; mais elle s’aperçut bientôt que son esprit n’avait qu’une attitude: l’utilité, l’admiration pour l’utilité.

Excepté ce qui pouvait do

Désespérant de l’Europe, le pauvre Altamira en était réduit à penser que, quand les États de l’Amérique méridionale seront forts et puissants, ils pourront rendre à l’Europe la liberté que Mirabeau leur a envoyée.

Un tourbillon de jeunes gens à moustaches s’était approché de Mathilde. Elle avait bien vu qu’Altamira n’était pas séduit, et se trouvait piquée de son départ; elle voyait son œil noir briller en parlant au général péruvien. Mlle de La Mole regardait les jeunes Français avec ce sérieux profond qu’aucune de ses rivales ne pouvait imiter. Lequel d’entre eux, pensait-elle, pourrait se faire condamner à mort, en lui supposant même toutes les chances favorables?

Ce regard singulier flattait ceux qui avaient peu d’esprit, mais inquiétait les autres. Ils redoutaient l’explosion de quelque mot piquant et de réponse difficile.

Une haute naissance do

En ce moment quelqu’un disait près d’elle: Ce comte Altamira est le second fils du prince de San Nazaro-Pimentel, c’est un Pimentel qui tenta de sauver Conradin, décapité en 1268. C’est l’une des plus nobles familles de Naples.

Voilà, se dit Mathilde, qui prouve joliment ma maxime: La haute naissance ôte la force de caractère sans laquelle on ne se fait point condamner à mort! Je suis donc prédestinée à déraiso

Mais ni la danse, ni le désir de plaire à l’un des plus jolis hommes de la cour, rien ne put distraire Mathilde. Il était impossible d’avoir plus de succès. Elle était la reine du bal, elle le voyait, mais avec froideur.

Quelle vie effacée je vais passer avec un être tel que Croisenois! se disait-elle, comme il la ramenait à sa place une heure après… Où est le plaisir pour moi, ajouta-t-elle tristement, si, après six mois d’absence, je ne le trouve pas au milieu d’un bal qui fait l’envie de toutes les femmes de Paris? Et encore, j’y suis enviro

Les plus douteux de mes avantages sont encore ceux dont ils m’ont parlé toute la soirée. L’esprit, j’y crois, car je leur fais peur évidemment à tous. S’ils osent aborder un sujet sérieux, au bout de cinq minutes de conversation ils arrivent tout hors d’haleine, et comme faisant une grande découverte à une chose que je leur répète depuis une heure. Je suis belle, j’ai cet avantage pour lequel Mme de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d’e

Mais, mon Dieu! ajouta-t-elle presque avec l’envie de pleurer, n’est-ce pas un homme parfait? C’est le chef-d’œuvre de l’éducation de ce siècle; on ne peut le regarder sans qu’il trouve une chose aimable et même spirituelle à vous dire; il est brave… Mais ce Sorel est singulier, se dit-elle, et son œil quittait l’air morne pour l’air fâché. Je l’ai averti que j’avais à lui parler, et il ne daigne pas reparaître!