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Chapitre XXIII. Chagrins d’un fonctionnaire

Il piacete di alzar la testa tutto l’a

CASTI.

Mais laissons ce petit homme à ses petites craintes; pourquoi a-t-il pris dans sa maison un homme de cœur, tandis qu’il lui fallait l’âme d’un valet? Que ne sait-il choisir ses gens? La marche ordinaire du XIXe siècle est que, quand un être puissant et noble rencontre un homme de cœur, il le tue, l’exile, l’empriso

Aussitôt après le dîner, on repartit pour Vergy; mais, dès le surlendemain, Julien vit revenir toute la famille à Verrières.

Une heure ne s’était pas écoulée, qu’à son grand éto

Julien remarqua que dans ces conversations, qui cessaient brusquement à son approche, il était souvent question d’une grande maison appartenant à la commune de Verrières, vieille, mais vaste et commode, et située vis-à-vis l’église, dans l’endroit le plus marchand de la ville. Que peut-il y avoir de commun entre cette maison et un nouvel amant! se disait Julien. Dans son chagrin, il se répétait ces jolis vers de François Ier, qui lui semblaient nouveaux, parce qu’il n’y avait pas un mois que Mme de Rênal les lui avait appris. Alors, par combien de serments, par combien de caresses chacun de ces vers n’était-il pas démenti!

Souvent femme varie,

Bien fol qui s’y fie.

M. de Rênal partit en poste pour Besançon. Ce voyage se décida en deux heures, il paraissait fort tourmenté. Au retour, il jeta un gros paquet couvert de papier gris sur la table.

– Voilà cette sotte affaire, dit-il à sa femme.

Une heure après, Julien vit l’afficheur qui emportait ce gros paquet; il le suivit avec empressement. Je vais savoir le secret au premier coin de rue.

Il attendait, impatient, derrière l’afficheur, qui, avec son gros pinceau, barbouillait le dos de l’affiche. À peine fut-elle en place, que la curiosité de Julien y vit l’a

Il alla visiter la maison à louer. Le portier, ne le voyant pas approcher, disait mystérieusement à un voisin:

– Bah! bah! peine perdue. M. Maslon lui a promis qu’il l’aura pour trois cents francs; et comme le maire regimbait, il a été mandé à l’évêché, par M. le grand vicaire de Frilair.

L’arrivée de Julien eut l’air de déranger beaucoup les deux amis, qui n’ajoutèrent plus un mot.

Julien ne manqua pas l’adjudication du bail. Il y avait foule dans une salle mal éclairée; mais tout le monde se toisait d’une façon singulière. Tous les yeux étaient fixés sur une table, où Julien aperçut, dans un plat d’étain, trois petits bouts de bougie allumés. L’huissier criait: Trois cents francs, messieurs!

– Trois cents francs! c’est trop fort, dit un homme, à voix basse, à son voisin. Et Julien était entre eux deux. Elle en vaut plus de huit cents; je veux couvrir cette enchère.

– C’est cracher en l’air. Que gagneras-tu à te mettre à dos M. Maslon, M. Valenod, l’évêque, son terrible grand vicaire de Frilair, et toute la clique.

– Trois cent vingt francs, dit l’autre en criant.

– Vilaine bête! répliqua son voisin. Et voilà justement un espion du maire, ajouta-t-il en montrant Julien.

Julien se retourna vivement pour punir ce propos; mais les deux Francs-Comtois ne faisaient plus aucune attention à lui. Leur sang-froid lui rendit le sien. En ce moment, le dernier bout de bougie s’éteignit, et la voix traînante de l’huissier adjugeait la maison, pour neuf ans, à M. de Saint-Giraud, chef de bureau à la préfecture de ***, et pour trois cent trente francs.

Dès que le maire fut sorti de la salle, les propos commencèrent.

– Voilà trente francs que l’imprudence de Grogeot vaut à la commune, disait l’un.

– Mais M. de Saint-Giraud, répondait-on, se vengera de Grogeot, il la sentira passer.

– Quelle infamie! disait un gros homme à la gauche de Julien: une maison dont j’aurais do

– Bah! lui répondait un jeune fabricant libéral, M. de Saint-Giraud n’est-il pas de la congrégation? ses quatre enfants n’ont-ils pas des bourses? Le pauvre homme! Il faut que la commune de Verrières lui fasse un supplément de traitement de cinq cents francs, voilà tout.

– Et dire que le maire n’a pas pu l’empêcher! remarquait un troisième. Car il est ultra, lui, à la bo

– Il ne vole pas? reprit un autre; non, c’est pigeon qui vole. Tout cela entre dans une grande bourse commune, et tout se partage au bout de l’an. Mais voilà ce petit Sorel; allons-nous-en.

Julien rentra de très mauvaise humeur; il trouva Mme de Rênal fort triste.

– Vous venez de l’adjudication? lui dit-elle.

– Oui, Madame, où j’ai eu l’ho

– S’il m’avait cru, il eût fait un voyage.

À ce moment, M. de Rênal parut; il était fort sombre. Le dîner se passa sans mot dire, M. de Rênal ordo

– Vous devriez y être accoutumé, mon ami.

Le soir, on était assis en silence autour du foyer domestique; le bruit du hêtre enflammé était la seule distraction. C’était un des moments de tristesse qui se rencontrent dans les familles les plus unies. Un des enfants s’écria joyeusement:

– On so

– Morbleu! si c’est M. de Saint-Giraud qui vient me relancer sous prétexte de remerciement, s’écria le maire, je lui dirai son fait; c’est trop fort. C’est au Valenod qu’il en aura l’obligation, et c’est moi qui suis compromis. Que dire, si ces maudits journaux jacobins vont s’emparer de cette anecdote, et faire de moi un M. Nonante-cinq?

Un fort bel homme, aux gros favoris noirs, entrait en ce moment à la suite du domestique.

– M. le maire, je suis il signor Geronimo. Voici une lettre que M. le chevalier de Beauvaisis, attaché à l’ambassade de Naples, m’a remise pour vous à mon départ; il n’y a que neuf jours, ajouta le signor Geronimo, d’un air gai, en regardant Mme de Rênal. Le signor de Beauvaisis, votre cousin, et mon bon ami, Madame, dit que vous savez l’italien.

La bo

– Encore cette histoire, dit l’aîné.

– C’est la mie

Ce mot fit soupirer M. de Rênal, il regarda sa femme.

– Le signor Zingarelli, continua le jeune chanteur, outrant un peu son accent qui faisait pouffer de rire les enfants, le signor Zingarelli était un maître excessivement sévère. Il n’est pas aimé au conservatoire; mais il veut qu’on agisse toujours comme si on l’aimait. Je sortais le plus souvent que je pouvais; j’allais au petit théâtre de San-Carlino, où j’entendais une musique des dieux: mais, ô ciel! comment faire pour réunir les huit sous que coûte l’entrée du parterre? Somme énorme, dit-il en regardant les enfants, et les enfants de rire. Le signor Giova

– Veux-tu que je t’engage, mon cher ami? vint-il me dire.

– Et combien me do

– Quarante ducats par mois. Messieurs, c’est cent soixante francs. Je crus voir les cieux ouverts.

– Mais comment, dis-je à Giova

– Lascia fare a me.

– Laissez faire à moi! s’écria l’aîné des enfants.

– Justement, mon jeune seigneur. Le signor Giova

Le lendemain, je demande une audience au terrible signor Zingarelli. Son vieux valet de chambre me fait entrer.

– Que me veux-tu, mauvais sujet? dit Zingarelli.