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– J’ai honte, en vérité, de parler si longtemps latin devant ces dames, dit-il en la regardant. Si M. Rubigneau, c’était le membre des deux académies, a la bonté de lire au hasard une phrase latine, au lieu de répondre en suivant le texte latin, j’essaierai de le traduire impromptu.
Cette seconde épreuve mit le comble à sa gloire.
Il y avait là plusieurs libéraux riches, mais heureux pères d’enfants susceptibles d’obtenir des bourses, et en cette qualité subitement convertis depuis la dernière mission. Malgré ce trait de fine politique, jamais M. de Rênal n’avait voulu les recevoir chez lui. Ces braves gens, qui ne co
Il se leva gravement comme six heures so
On rit beaucoup, on admira; tel est l’esprit à l’usage de Verrières. Julien était déjà debout, tout le monde se leva malgré le décorum; tel est l’empire du génie. Mme Valenod le retint encore un quart d’heure; il fallait bien qu’il entendît les enfants réciter leur catéchisme; ils firent les plus drôles de confusions, dont lui seul s’aperçut. Il n’eut garde de les relever. Quelle ignorance des premiers principes de la religion! pensait-il. Il saluait enfin et croyait pouvoir s’échapper; mais il fallut essuyer une fable de La Fontaine.
– Cet auteur est bien immoral, dit Julien à Mme Valenod, certaine fable, sur messire Jean Chouart, ose déverser le ridicule sur ce qu’il y a de plus vénérable. Il est vivement blâmé par les meilleurs commentateurs.
Julien reçut avant de sortir quatre ou cinq invitations à dîner. Ce jeune homme fait ho
Pendant que cette idée imprudente faisait retentir la salle à manger, Julien avait gagné lestement la porte cochère. Ah! canaille! canaille! s’écria-t-il à voix basse trois ou quatre fois de suite, en se do
Il se trouvait tout aristocrate en ce moment, lui qui pendant longtemps avait été tellement choqué du sourire dédaigneux et de la supériorité hautaine qu’il découvrait au fond de toutes les politesses qu’on lui adressait chez M. de Rênal. Il ne put s’empêcher de sentir l’extrême différence. Oublions même, se disait-il en s’en allant, qu’il s’agit d’argent volé aux pauvres détenus, et encore qu’on empêche de chanter! Jamais M. de Rênal s’avisa-t-il de dire à ses hôtes le prix de chaque bouteille de vin qu’il leur présente? Et ce M. Valenod, dans l’énumération de ses propriétés, qui revient sans cesse, il ne peut parler de sa maison, de son domaine, etc., si sa femme est présente, sans dire ta maison, ton domaine.
Cette dame, apparemment si sensible au plaisir de la propriété, venait de faire une scène abominable, pendant le dîner, à un domestique qui avait cassé un verre à pied et dépareillé une de ses douzaines; et ce domestique avait répondu avec la dernière insolence.
Quel ensemble! se disait Julien; ils me do
Il fallut cependant, d’après les ordres de Mme de Rênal, assister à plusieurs dîners du même genre; Julien fut à la mode; on lui pardo
Dans le flot de ce monde nouveau pour Julien, il crut découvrir un ho
C’était Mme de Rênal, qui avait fait un voyage à la ville, et qui, montant les escaliers quatre à quatre et laissant ses enfants occupés d’un lapin favori qui était du voyage, était parvenue à la chambre de Julien, un instant avant eux. Ce moment fut délicieux, mais bien court: Mme de Rênal avait disparu quand les enfants arrivèrent avec le lapin, qu’ils voulaient montrer à leur ami. Julien fit bon accueil à tous, même au lapin. Il lui semblait retrouver sa famille; il sentit qu’il aimait ces enfants, qu’il se plaisait à jaser avec eux. Il était éto
– Vous autres nobles, vous avez raison d’être fiers, disait-il à Mme de Rênal. Et il lui racontait tous les dîners qu’il avait subis.
– Vous êtes donc à la mode! Et elle riait de bon cœur en songeant au rouge que Mme Valenod se croyait obligée de mettre toutes les fois qu’elle attendait Julien. Je crois qu’elle a des projets sur votre cœur, ajoutait-elle.
Le déjeuner fut délicieux. La présence des enfants, quoique gênante en apparence, dans le fait augmentait le bonheur commun. Ces pauvres enfants ne savaient comment témoigner leur joie de revoir Julien. Les domestiques n’avaient pas manqué de leur conter qu’on lui offrait deux cents francs de plus pour éduquer les petits Valenod.
Au milieu du déjeuner, Stanislas-Xavier, encore pâle de sa grande maladie, demanda tout à coup à sa mère combien valaient son couvert d’argent et le gobelet dans lequel il buvait.
– Pourquoi cela?
– Je veux les vendre pour en do
Julien l’embrassa, les larmes aux yeux. Sa mère pleurait tout à fait, pendant que Julien, qui avait pris Stanislas sur ses genoux, lui expliquait qu’il ne fallait pas se servir de ce mot dupe, qui, employé dans ce sens, était une façon de parler de laquais. Voyant le plaisir qu’il faisait à Mme de Rênal, il chercha à expliquer, par des exemples pittoresques, qui amusaient les enfants, ce que c’était qu’être dupe.
– Je comprends, dit Stanislas, c’est le corbeau qui a la sottise de laisser tomber son fromage, que prend le renard, qui était un flatteur.
Mme de Rênal, folle de joie, couvrait ses enfants de baisers, ce qui ne pouvait guère se faire sans s’appuyer un peu sur Julien.
Tout à coup la porte s’ouvrit; c’était M. de Rênal. Sa figure sévère et mécontente fit un étrange contraste avec la douce joie que sa présence chassait. Mme de Rênal pâlit; elle se sentait hors d’état de rien nier. Julien saisit la parole, et, parlant très haut, se mit à raconter à M. le maire le trait du gobelet d’argent que Stanislas voulait vendre. Il était sûr que cette histoire serait mal accueillie. D’abord M. de Rênal fronçait le sourcil par bo
Mais ici il y avait plus qu’intérêt d’argent; il y avait augmentation de soupçons. L’air de bonheur qui animait sa famille en son absence n’était pas fait pour arranger les choses auprès d’un homme dominé par une vanité aussi chatouilleuse. Comme sa femme lui vantait la manière remplie de grâce et d’esprit avec laquelle Julien do
– Oui! oui! je le sais, il me rend odieux à mes enfants; il lui est bien aisé d’être pour eux cent fois plus aimable que moi, qui, au fond, suis le maître. Tout tend dans ce siècle à jeter de l’odieux sur l’autorité légitime. Pauvre France!
Mme de Rênal ne s’arrêta point à examiner les nuances de l’accueil que lui faisait son mari. Elle venait d’entrevoir la possibilité de passer douze heures avec Julien. Elle avait une foule d’emplettes à faire à la ville, et déclara qu’elle voulait absolument aller dîner au cabaret; quoi que pût dire ou faire son mari, elle tint à son idée. Les enfants étaient ravis de ce seul mot cabaret, que prononce avec tant de plaisir la pruderie moderne.
M. de Rênal laissa sa femme dans la première boutique de nouveautés où elle entra, pour aller faire quelques visites. Il revint plus morose que le matin; il était convaincu que toute la ville s’occupait de lui et de Julien. À la vérité, perso
Ce directeur qui rencontra M. de Rênal dans le monde, lui battit froid. Cette conduite n’était pas sans habileté; il y a peu d’étourderie en province: les sensations y sont si rares, qu’on les coule à fond.