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J'aimais bien Kiko. Il regardait ma soeur douloureusement et puis il se resservait à boire en secouant la tête. Kiko fumait de drôles de choses et le lendemain, j'étais toujours obligé de mettre du pschittpschitt au chèvrefeuille pour faire passer l'odeur.
Les mois ont passé, Myriam est venue de plus en plus souvent et presque toujours seule. Elle s'enfermait avec Fa
Pathétique.
Quelquefois Myriam repartait. Quelquefois non. Il y avait une brosse à dents en plus dans le verre duralex de la salle de bains et la nuit le canapé-lit était souvent déplié. Et puis un jour elle nous a dit:
– Si c'est Kiko tu dis que je suis pas là… en désignant le téléphone…
Et puis, et puis, et puis… Un matin, elle m'a demandé: – Ça t'e
J'ai fait gaffe de ne pas casser ma biscotte parce que si y'a un truc dont j'ai horreur, c'est bien de casser mes biscottes et je lui ai dit:
– Pas de problème.
– Sympa. Merci.
– Juste un truc…
– Quoi?
– J'aimerais mieux que tu fumes sur le balcon… Elle m'a souri, elle s'est levée et m'a fait un gros smack d'artiste.
Evidemment ma biscotte s'est cassée et je me suis dit: "ça commence…" en touillant dans mon chocolat pour récupérer des petits bouts mais j'étais content quand même.
Ca m'avait quand même tracassé toute la journée et le soir, j'ai mis les choses au point: on partage le loyer dans la mesure du possible, on s'organise pour les courses, la cuisine et le ménage, d'ailleurs les filles regardez la porte du frigidaire, il y a un calendrier avec nos semaines: toi Fa
– Hé, ça va… ça va… t'excite pas… a dit Myriam.
– C'est vrai ça… a répondu sa soeur.
– Et toi? Quand tu ramèneras une petite poule, t'es gentil de nous prévenir aussi…, hein! Qu'on fasse disparaître nos bas-résille et nos vieilles capotes…
Et les voilà qui ricanent de plus belle. Malheur.
Ca se passait plutôt bien notre petite affaire. J'avoue que je n'y croyais pas trop mais j'avais tort… Quand des filles veulent que quelque chose se passe bien, ça se passe bien. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Quand j'y pense maintenant, je me rends compte à quel point l'arrivée de Myriam a été importante pour Fa
Elle, c'est tout le contraire de sa soeur, elle est romantique et fidèle. Et sensible.
Elle tombe toujours amoureuse d'un mec inaccessible qui habite à Pétaouchnok. Depuis qu'elle a quinze ans, elle guette le courrier tous les matins et sursaute à chaque so
Ce n'est pas une vie.
Il y a eu Fabrice qui habitait à Lille (de Tulle, tu vois le travail…) et qui l'a noyée sous un flot de lettres passio
Ensuite, il y a eu Paul qui est parti comme médecin sans frontières du côté du Burkina-Faso en lui laissant l'amorce d'une vocation, de l'énergie pour râler contre la lenteur de la Poste et toutes ses larmes pour pleurer… Cinq ans d'amour exotique et contrarié.
Et maintenant c'est le pompon: j'ai cru comprendre d'après leurs conversations nocturnes et leurs allusions à table que Fa
Je les ai entendues dans la salle de bains, Myriam lui a dit en se brossant les dents:
– Il a des enfanch's?
J'imagine que Fa
– Non.
– Jche préfèrch parche que… (elle crache)…, avec des enfants ça doit être trop galère tu vois. En tout cas, moi, je pourrais pas.
Fa
– Tu les cherches on dirait…
– Tu nous fatigues avec tes mecs à la mord-moi-le-noeud. En plus les médecins c'est tous des emmerdeurs. Après il se mettra au golf et il sera toujours fourré dans des congrès au Club Med à Marrakech ou je ne sais où et toi, tu seras toujours toute seule…
– En plus, je te dis ça… C'est au cas où ça marcherait mais qui te dit que ça va marcher?… Parce que l'Autre, tu crois pas qu'elle va lâcher le morceau comme ça. C'est qu'elle y tient à son bronzage de Marrakech pour faire chier la femme du dentiste au Rotary.
Fa
– Tu dois avoir raison…
– Mais bien sûr que j'ai raison!
Six mois d'amour adultère et contrarié. (Peut-être.)
– Viens donc avec moi à la Galerie Delaunay samedi soir, d'abord je co
– Pffff, tu parles… C'est quoi comme expo?
– J'm'en souviens plus. Tiens, tu me passes la serviette steu plaît?
Myriam améliorait souvent l'ordinaire en rapportant des petits plats de chez Fauchon et des bo
Pour une somme d'argent invraisemblable ("la co
Je salue l'artiste et je m'occupe de chambrer les bouteilles.
Oui notre affaire tournait bien. Fa
Je ne me suis jamais appesanti sur cette trouvaille, je me contentais de hausser les épaules en surveillant la porte du four.
Il aura donc fallu une poignée de lingerie pour faire un strike.
Finies les soirées assis au pied du canapé à regarder mes sœurs en soupirant. Finis les cocktails de Fa
– Mais souviens-toi merde! C'est important! Il s'appelait Lilian ou Tristan???
– J'en sais rien. Il articulait mal ton gars.
– Mais t'est pas possible ça! Tu l'fais exprès ou quoi? Essaye de te rappeler!
– "Est-ce que je pourrais parler à Myriam, c'est Ltfrgzqan." Ca te va?
Et elle partait dans la cuisine.
– Tu seras gentille de pas claquer la porte du frigo… VLAM.
– … Et de lui do
– Chmmchmpauv'con.
– Tiens on dirait que ça te ferait pas de mal non plus.
VLAM.
Finies les réconciliations devant mon fameux poulet au Boursin ("alors?… tu crois pas que t'es mieux ici avec nous plutôt qu'avec Ltfrgzqan dans un attrape-gogo sous vide?").
Finies les semaines au stabilo, fini le marché du samedi matin, finis les Gala qui traînent dans les toilettes ouverts aux pages de l'horoscope, finis les artistes de tout poil pour nous faire comprendre les chiffons de Boltanski, finies les nuits blanches, finis les polys qu'il fallait faire réciter à Fa
Finie ma jeunesse.
On avait organisé un dîner pour fêter les examens de Fa
– Ouf! plus que dix ans… disait-elle en souriant. Autour de la table basse, il y avait son interne (sans alliance, le lâche), (futur golfeur à Marrakech, je maintiens), ses copines de l'hôpital dont la fameuse Laura avec laquelle mes sœurs m'avaient monté un nombre incalculable de plans plus foireux les uns que les autres sous prétexte qu'elle avait parlé de moi un jour avec des trémolos dans la voix (ah le coup où elles m'avaient do
Il y avait Marc (j'en profitais pour voir ce qu'était "un beau cul "… mouaif…).
Il y avait des amis de Myriam que je n'avais jamais vus.
Je me demandais où elle dénichait des étrangetés pareilles, des mecs tatoués de bas en haut et des filles montées sur des échasses pas croyables qui riaient pour n'importe quoi en secouant ce qui leur tenait lieu de chevelure.
Elles m'avaient dit:
– Amène des collègues si tu veux… C'est vrai, tu nous présentes jamais perso
Et pour cause les filles… pensais-je plus tard en admirant la faune et la flore qui mangeaient mes cacahouètes vautrées sur le canapé Ci
Il était déjà assez tard et nous étions tous bien cassés quand Myriam, partie chercher une bougie parfumée dans ma chambre, est revenue en glougloutant comme une dinde en chaleur avec le soutien-gorge de Sarah Briot entre le pouce et l'index.
Mes aïeux.
On peut dire que ça a été ma fête.
– Hé mais qu'est-ce que c'est que ça?! Attends Olivier, t'es au courant que y'a des accessoires de sex-shop dans ta chambre? De quoi do
La voilà partie dans un show d'enfer, incontrôlable. Elle se dandine, mime un strip-tease, renifle la culotte, se retient à l'halogène et tombe à la renverse.
Incontrôlable.
Tous les autres sont morts de rire. Même le champion de golf.
– C'est bon. Ca suffit j'ai dit. Do
– C'est pour qui? D'abord tu nous dis pour qui c'est… pas vrai les autres?
Et voilà tous ces co
– En plus t'as vu les lobos qu'elle a!!! Attends mais c'est au moins du 95!!! hurle cette abrutie de Laura.