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XX

Angel était étendu auprès de Clémentine. Dans le lit triple, les trois enfants dormaient sans rêves avec de petits reniflements inquiets. Elle ne dormait pas. Il le savait. Depuis une heure, ils étaient là, l'un près de l'autre, dans l'obscurité.

Il changea de place, cherchant un coin frais. Dans ce geste, sa jambe vint au contact de celle de Clémentine. Elle eut un sursaut et alluma brusquement la lumière. Angel, un peu somnolent, s'accouda sur l'oreiller pour la regarder.

– Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il. Tu n'es pas bien? Elle s'assit et secoua la tête.

– Je ne peux plus, dit-elle.

– Tu ne peux plus quoi?

– Je ne peux plus te supporter. Je ne peux plus dormir près de toi. Jamais je ne pourrai plus dormir si j'ai l'idée qu'à chaque instant tu vas me toucher. M'approcher. Quand je sens les poils de tes jambes effleurer seulement les mie

Elle avait une voix tendue, frémissante, pleine de cris rentrés.

– Va dormir ailleurs, dit-elle. Aie pitié de moi. Laisse-moi.

– Tu ne m'aimes plus? demanda Angel bêtement. Elle le regarda.

– Je ne peux plus te toucher, dit-elle, et encore. Je pourrais. Mais je ne peux pas imaginer que tu me touches, fût-ce un instant. C'est horrible.

– Tu es folle? proposa Angel.

– Je ne suis pas folle. Tout contact physique avec toi me fait horreur. Je t'aime bien… C'est-à-dire, je voudrais que tu sois heureux… mais pas comme ça… Ça me coûte trop. Pas à ce prix-là.

– Mais, dit Angel, je ne voulais rien te faire. Je changeais de position et je t'ai effleurée. Ne te mets pas dans cet état-là.

– Je ne suis dans aucun état, dit-elle. C'est mon état normal, maintenant. Couche dans ta chambre!… Je t'en prie Angel. Aie pitié de moi.

– Tu n'es pas bien, murmura-t-il en hochant la tête.

Il lui passa la main sur l'épaule. Elle frémit mais le laissa faire. Il l'embrassa doucement sur la tempe et se leva.

– Je vais chez moi, mon chou, dit-il. Ne t'inquiète pas…

– Ecoute, dit-elle encore, je… je ne veux pas… je ne sais pas comment te le dire… je ne veux plus… et ne crois pas que je voudrai jamais de nouveau… Tâche de te trouver une autre femme. Je ne suis pas jalouse.

– Tu ne m'aimes plus…, dit tristement Angel.

– Plus comme ça, dit-elle.

Il sortit. Elle restait assise à sa place et regardait à côté d'elle le creux qu'avait fait Angel en bas de son oreiller. Il dormait toujours tout en bas de l'oreiller.

Un des enfants s'agita dans son sommeil. Attentive elle écouta. Le bébé se rendormit. Levant la main, elle éteignit la lumière. Maintenant, elle avait tout le lit pour elle et jamais plus un homme ne la toucherait.