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Dès que j’eus mis le pied dans cette toute petite et ravissante ville, je compris que j’allais y rester longtemps. De partout l’œil embrasse un véritable cercle de sommets crochus, dentelés, cornus et bizarres, tellement fermé qu’on découvre à peine la pleine mer, et que le golfe a l’air d’un lac. L’eau bleue, d’un bleu laiteux, est d’une transparence admirable; et le ciel d’azur, d’un azur épais, comme s’il avait reçu deux couches de couleur, étale au-dessus sa surprenante beauté. Ils semblent se mirer l’un dans l’autre et se renvoyer leurs reflets.

Bougie est la ville des ruines. Sur le quai, en arrivant, on rencontre un débris si magnifique, qu’on le dirait d’opéra. C’est la vieille porte Sarrasine, envahie de lierre. Et dans les bois montueux autour de la cité, partout des ruines, des pans de murailles romaines, des morceaux de monuments sarrasins, des restes de constructions arabes.

J’avais loué dans la ville haute une petite maison mauresque. Tu co

Je me mis tout de suite aux coutumes des pays chauds, c’est-à-dire à faire la sieste après mon déjeuner. C’est l’heure étouffante d’Afrique, l’heure où l’on ne respire plus, l’heure où les rues, les plaines et les longues routes aveuglantes sont désertes, où tout le monde dort, essaie au moins de dormir, avec aussi peu de vêtements que possible.

J’avais installé dans ma salle à colo

Oh! mon ami, il est deux supplices de cette terre que je ne te souhaite pas de co

Or, voici qu’un jour, plus énervé que de coutume, je tentai, mais en vain, de fermer les yeux. Mes jambes vibraient comme piquées en dedans; une angoisse inquiète me retournait à tout moment sur mes tapis. Enfin, n’y tenant plus, je me levai et je sortis.

C’était en juillet, par une après-midi torride. Les pavés des rues étaient chauds à cuire du pain; la chemise, tout de suite trempée, collait au corps; et, par tout l’horizon, flottait une petite vapeur blanche, cette buée ardente du siroco, qui semble de la chaleur palpable.

Je descendis près de la mer; et, contournant le port, je me mis à suivre la berge le long de la jolie baie où sont les bains. La montagne escarpée, couverte de taillis, de hautes plantes aromatiques aux senteurs puissantes, s’arrondit en cercle autour de cette crique où trempent, tout le long du bord, de gros rochers bruns.

Perso

Soudain, derrière une de ces roches à demi noyées dans l’onde silencieuse, je devinai un léger mouvement; et, m’étant retourné, j’aperçus, prenant son bain, se croyant bien seule à cette heure brûlante, une grande fille nue, enfoncée jusqu’aux seins. Elle tournait la tête vers la pleine mer, et sautillait doucement sans me voir.

Rien de plus éto

Elle se retourna, poussa un cri, et, moitié nageant, moitié marchant, se cacha tout à fait derrière sa roche.

Comme il fallait bien qu’elle sortît, je m’assis sur la berge et j’attendis. Alors elle montra tout doucement sa tête surchargée de cheveux noirs liés à la diable. Sa bouche était large, aux lèvres retroussées comme des bourrelets, ses yeux énormes, effrontés, et toute sa chair un peu brunie par le climat semblait une chair d’ivoire ancien, dure et douce, de belle race blanche teintée par le soleil des nègres.

Elle me cria: «Allez-vous-en.» Et sa voix pleine, un peu forte comme toute sa perso

Dix minutes s’écoulèrent; et les cheveux, puis le front, puis les yeux se remontrèrent avec lenteur et prudence, comme font les enfants qui jouent à cache-cache pour observer celui qui les cherche.

Cette fois, elle eut l’air furieux; elle cria: «Vous allez me faire attraper mal. Je ne partirai pas tant que vous serez là.» Alors je me levai et m’en allai, non sans me retourner souvent. Quand elle me jugea assez loin, elle sortit de l’eau à demi courbée, me tournant ses reins; et elle disparut dans un creux du roc, derrière une jupe suspendue à l’entrée.

Je revins le lendemain. Elle était encore au bain, mais vêtue d’un costume entier. Elle se mit à rire en me montrant ses dents luisantes.

Huit jours après, nous étions amis. Huit jours de plus, et nous le devenions encore davantage.

Elle s’appelait Marroca, d’un surnom sans doute, et prononçait ce mot comme s’il eût contenu quinze r. Fille de colons espagnols, elle avait épousé un Français nommé Pontabèze. Son mari était employé de l’État. Je n’ai jamais su bien au juste quelles fonctions il remplissait. Je constatai qu’il était fort occupé, et je n’en demandai pas plus long.

Alors, changeant l’heure de son bain, elle vint chaque jour après mon déjeuner faire la sieste en ma maison. Quelle sieste! Si c’est là se reposer!

C’était vraiment une admirable fille, d’un type un peu bestial, mais superbe. Ses yeux semblaient toujours luisants de passion; sa bouche entrouverte, ses dents pointues, son sourire même avaient quelque chose de férocement sensuel, et ses seins étranges, allongés et droits, aigus comme des poires de chair, élastiques comme s’ils eussent renfermé des ressorts d’acier, do

Et jamais femme ne porta dans ses flancs de plus inapaisables désirs. Ses ardeurs acharnées et ses hurlantes étreintes, avec des grincements de dents, des convulsions et des morsures, étaient suivies presque aussitôt d’assoupissements profonds comme une mort. Mais elle se réveillait brusquement en mes bras, toute prête à des enlacements nouveaux, la gorge gonflée de baisers.