Страница 7 из 60
– Capitaine, vous avez été sans doute à Hameln?
– Jamais.
– Et vous, cornette?
– Ni moi non plus.
– Comment! ne trouverai-je perso
– J’y ai passé un an, dit un cavalier en s’avançant.
– Eh bien! Fritz, tu as vu l’église de Hameln?
– Plus de cent fois.
– Et ses vitraux coloriés?
– Certainement.
– Et qu’as-tu vu peint sur ces vitraux?
– Sur ces vitraux?… À la fenêtre à gauche, je crois qu’il y a un grand homme noir qui joue de la flûte, et des petits enfants qui courent après lui.
– Justement. Eh bien, je vais vous conter l’histoire de cet homme noir et de ces enfants.
«Il y a bien des a
Elle but, s’essuya la bouche et continua.
– Souricières, ratières, pièges, poison étaient inutiles. On avait fait venir de Bremen un bateau chargé de onze cents chats; mais rien n’y faisait. Pour mille qu’on en tuait, il en revenait dix mille, et plus affamés que les premiers. Bref, s’il n’était venu remède à ce fléau, pas un grain de blé ne fût resté dans Hameln, et tous les habitants seraient morts de faim.
«Voilà qu’un certain vendredi se présente devant le bourgmestre de la ville un grand homme, basané, sec, grands yeux, bouche fendue jusqu’aux oreilles, habillé d’un pourpoint rouge, avec un chapeau pointu, de grandes culottes garnies de rubans, des bas gris et des souliers avec des rosettes couleur de feu. Il avait un petit sac de peau au côté. Il me semble que je le vois encore.
Tous les yeux se tournèrent involontairement vers la muraille sur laquelle Mila fixait ses regards.
– Vous l’avez donc vu? demanda Mergy,
– Non pas moi, mais ma grand-mère; et elle se souvenait si bien de sa figure qu’elle aurait pu faire son portrait.
– Et que dit-il au bourgmestre?
– Il lui offrit, moye
«- Seigneur, répondit le rat, il est si vieux qu’il ne peut plus marcher.
«- Va donc le chercher toi-même, répondit le magicien.
«Et le rat de rebrousser chemin vers la ville, d’où il ne tarda pas à revenir avec un vieux gros rat blanc, si vieux, si vieux, qu’il ne pouvait pas se traîner. Les deux rats, le plus jeune tirant le vieux par la queue, entrèrent tous les deux dans le Weser, et se noyèrent comme leurs camarades. Ainsi la ville en fut purgée. Mais, quand l’étranger se présenta à l’hôtel de ville pour toucher la récompense promise, le bourgmestre et les bourgeois, réfléchissant qu’ils n’avaient plus rien à craindre des rats, et s’imaginant qu’ils auraient bon marché d’un homme sans protecteurs, n’eurent pas honte de lui offrir dix ducats, au lieu des cent qu’ils avaient promis. L’étranger réclama: on le renvoya bien loin. Il menaça alors de se faire payer plus cher s’ils ne maintenaient leur marché au pied de la lettre. Les bourgeois firent de grands éclats de rire à cette menace, et le mirent à la porte de l’hôtel de ville, l’appelant beau preneur de rats! injure que répétèrent les enfants de la ville en le suivant par les rues jusqu’à la Porte-Neuve. Le vendredi suivant, à l’heure de midi, l’étranger reparut sur la place du marché, mais cette fois avec un chapeau de couleur de pourpre, retroussé d’une façon toute bizarre. Il tira de son sac une flûte bien différente de la première et, dès qu’il eut commencé d’en jouer, tous les garçons de la ville, depuis six jusqu’à quinze ans, le suivirent et sortirent de la ville avec lui.
– Et les habitants de Hameln les laissèrent emmener? demandèrent à la fois Mergy et le capitaine.
– Ils les suivirent jusqu’à la montagne de Koppenberg, auprès d’une caverne qui est maintenant bouchée. Le joueur de flûte entra dans la caverne et tous les enfants avec lui. On entendit quelque temps le son de la flûte; il diminua peu à peu; enfin l’on n’entendit plus rien. Les enfants avaient disparu, et depuis lors on n’en eut jamais de nouvelles.
La bohémie
Le reître qui avait été à Hameln prit la parole et dit:
– Cette histoire est si vraie que, lorsqu’on parle à Hameln de quelque événement extraordinaire, on dit: Cela est arrivé vingt ans, dix ans, après la sortie de nos enfants… le seigneur de Falkenstein pilla noire ville soixante ans après la sortie de nos enfants.
– Mais le plus curieux, dit Mila, c’est que dans le même temps parurent, bien loin de là, en Transylvanie, certains enfants qui parlaient bon allemand, et qui ne pouvaient dire d’où ils venaient. Ils se marièrent dans le pays, apprirent leur langue à leurs enfants, d’où il vient que jusqu’à ce jour on parle allemand en Transylvanie.
– Et ce sont les enfants de Hameln que le diable a transportés là? dit Mergy en souriant.
– J’atteste le ciel que cela est vrai! s’écria le capitaine, car j’ai été en Transylvanie, et je sais bien qu’on y parle allemand, tandis que tout autour on parle un baragouin infernal.
L’attestation du capitaine valait bien des preuves comme il y en a tant.
– Voulez-vous que je vous dise votre bo
– Volontiers, répondit Mergy en passant son bras gauche autour de la taille de la bohémie
Mila la considéra pendant près de cinq minutes sans parler, et secouant la tête de temps en temps d’un air pensif.