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Une armée royale vint attaquer la Rochelle. La Noue conduisait toutes les sorties, tuait bon nombre de catholiques; puis, rentré dans la ville, exhortait les habitants à faire la paix. Qu’arriva-t-il? Les catholiques criaient qu’il avait manqué de parole au roi: les protestants l’accusaient de les trahir.

Dans cette position, La Noue, abreuvé de dégoûts, cherchait à se faire tuer en s’exposant vingt fois par jour.

XXV – LA NOUE

Les assiégés venaient de faire une sortie heureuse contre les ouvrages avancés de l’armée catholique. Ils avaient comblé plusieurs toises de tranchées, culbuté des gabions [68] et tué une centaine de soldats. Le détachement qui avait remporté cet avantage rentrait dans la ville par la porte de Tadon. D’abord marchait le capitaine Dietrich avec une compagnie d’arquebusiers, tous le visage échauffé, haletants et demandant à boire, marque certaine qu’ils ne s’étaient pas épargnés. Venait ensuite une grosse troupe de bourgeois, parmi lesquels on remarquait plusieurs femmes qui paraissaient avoir pris part au combat. Suivait une quarantaine de priso

– Laissez passer les priso

Mais la canaille lui répondait par des vociférations sauvages: Au gibet, les papistes! à la potence! et vive La Noue!

Mergy et les cavaliers, en distribuant à propos quelques coups du bois de leurs lances, ajoutèrent à l’effet des recommandations généreuses de leur capitaine. Les priso

– Eh bien! vaillant La Noue, dit le maire en lui tendant la main, vous venez de montrer à ces massacreurs que tous les braves ne sont pas morts avec Mr l’Amiral.

– L’affaire a tourné assez heureusement, Monsieur, répondit La Noue avec modestie. Nous n’avons eu que cinq morts et peu de blessés.

– Puisque vous conduisiez la sortie, monsieur de La Noue, reprit le maire, d’avance nous étions sûrs du succès.

– Eh! que ferait La Noue sans le secours de Dieu? s’écria aigrement le vieux ministre. C’est le Dieu fort qui a combattu pour nous aujourd’hui; il a écouté nos prières.

– C’est Dieu qui do

Puis, se tournant vers le maire:

– Eh bien! Monsieur, le conseil a-t-il délibéré sur les nouvelles propositions de Sa Majesté.

– Oui, répondit le maire; nous venons de renvoyer le trompette à Monsieur en le priant de s’épargner la peine de nous adresser de nouvelles sommations. Dorénavant ce n’est qu’à coups d’arquebuse que nous y répondrons.

– Vous auriez dû faire pendre le trompette, observa le ministre; car n’est-il pas écrit: Quelques méchants garnements sont sortis du milieu de toi, qui ont voulu séduire les habitants de leur ville… Mais tu ne manqueras point de les faire mourir: ta main sera la première sur eux, et ensuite la main de tout un peuple.

La Noue soupira et leva les yeux au ciel sans répondre.

– Quoi! nous rendre! poursuivit le maire, nous rendre quand nos murailles sont encore debout, lorsque l’e

– Monsieur, quand on est le plus fort, il faut parler avec ménagement de son e

– Eh! qui vous dit que nous sommes les plus faibles? interrompit Laplace. Dieu ne combat-il pas pour nous? Et Gédéon avec trois cents Israélites n’était-il pas plus fort que toute l’armée des Madianites?

– Vous savez mieux que perso

– Montgomery nous en enverra d’Angleterre, dit le maire.

– Le feu du ciel tombera sur les papistes, dit le ministre.

– Le pain enchérit tous les jours, monsieur le maire.

– Un jour ou l’autre nous verrons paraître la flotte anglaise, et alors l’abondance renaîtra dans la ville.

– Dieu fera tomber la ma

– Quant au secours dont vous parlez, reprit La Noue, il suffit d’un vent de sud de quelques jours pour qu’il ne puisse entrer dans notre port. D’ailleurs il peut être pris.

– Le vent soufflera du nord! Je te le prédis, homme de peu de foi, dit le ministre. Tu as perdu le bras droit et ton courage en même temps.

La Noue paraissait décidé à ne pas lui répondre. Il poursuivit, s’adressant toujours au maire.

– Perdre un homme est pour nous plus grave que pour l’e

– Nous n’avons d’autre maître que Christ! et il n’y a qu’un impie qui puisse appeler son maître le féroce Achab, Charles qui boit le sang des prophètes!…

Et la fureur du ministre redoublait en voyant l’imperturbable sang-froid de La Noue.

– Pour moi, dit le maire, je me souviens bien que la dernière fois que Mr l’Amiral passa par notre ville, il nous dit: Le roi m’a do

[68] Grand panier sans fond bourré de sable ou de terre et qui sert de protection.