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– Êtes-vous catholique, et reco

Et il lui remit un papier qu’il avait à sa ceinture.

Mergy fit approcher un cavalier, et, à la lueur d’une torche de paille allumée à la mèche d’une arquebuse, il lut un ordre en bo

– Jamais mes cavaliers ne voudront faire le métier d’assassins, dit George en jetant le papier au visage de Maurevel.

– Il n’est point question d’assassinat, dit froidement le prêtre; il s’agit d’hérétiques, et c’est justice que l’on va faire à leur endroit.

– Braves gens! s’écria Maurevel en élevant la voix et s’adressant aux chevau-légers, les huguenots veulent assassiner le roi et les catholiques; il faut les prévenir: cette nuit nous allons les tuer tous pendant qu’ils sont endormis… et le roi vous accorde le pillage de leurs maisons!

Un cri de joie féroce partit de tous les rangs:

– Vive le roi! mort aux huguenots!

– Silence dans les rangs! s’écria le capitaine d’une voix to

Les soldats gardèrent le silence.

– Vive le roi! mort aux huguenots! s’écrièrent à la fois Maurevel et son compagnon.

Et les cavaliers répétèrent un instant après eux:

– Vive le roi! mort aux huguenots!

– Eh bien! capitaine, obéirez-vous? dit Maurevel.

– Je ne suis plus capitaine! s’écria George.

Et il arracha son hausse-col et son écharpe, insignes de sa dignité.

– Saisissez-vous de ce traître! s’écria Maurevel en tirant son épée; tuez ce rebelle qui désobéit à son roi.

Mais pas un soldat n’osa lever la main contre son chef… George fit sauter l’épée des mains de Maurevel; mais, au lieu de le percer de la sie

– Adieu, lâches! dit-il à sa troupe; je croyais avoir des soldats, et je n’avais que des assassins.

Puis se tournant vers son cornette:

– Alphonse, si vous voulez être capitaine, voici une belle occasion. Mettez-vous à la tête de ces brigands.

À ces mots, il piqua des deux et s’éloigna au galop, se dirigeant vers l’intérieur de la ville. Le cornette fit quelques pas comme pour le suivre; mais bientôt il ralentit l’allure de son cheval, le mit au pas, puis enfin il s’arrêta, tourna bride et revint à sa compagnie, jugeant sans doute que le conseil de son capitaine, pour être do

Maurevel, encore un peu étourdi du coup qu’il avait reçu, remontait à cheval en blasphémant; et le moine, élevant son crucifix, exhortait les soldats à ne pas faire grâce à un seul huguenot, à noyer l’hérésie dans des flots de sang.

Les soldats avaient été un moment retenus par les reproches de leur capitaine; mais, se voyant débarrassés de sa présence et ayant sous les yeux la perspective d’un beau pillage, ils brandirent leurs sabres au-dessus de leurs têtes, et jurèrent d’exécuter tout ce que Maurevel leur commanderait.

XXI – DERNIER EFFORT

Le même soir, à l’heure accoutumée, Mergy sortit de sa maison, et, bien enveloppé dans un manteau couleur de muraille, le chapeau rabattu sur les yeux, avec la discrétion convenable, il se dirigea vers la maison de la comtesse. Il avait à peine fait quelques pas qu’il rencontra le chirurgien Ambroise Paré, qu’il co

– Il va mieux, dit le chirurgien. La plaie est belle, et le malade sain. Dieu aidant, il guérira. J’espère que la potion que je lui ai prescrite pour ce soir lui sera salutaire et qu’il aura une nuit tranquille.

Un homme du peuple, qui passait auprès d’eux, avait entendu qu’ils parlaient de l’Amiral. Quand il se fut assez éloigné pour être insolent sans crainte de s’attirer une correction, il s’écria:

– Il ira bientôt danser la sarabande à Montfaucon, votre Amiral du diable!

Et il prit la fuite à toutes jambes.

– Misérable canaille! dit Mergy. Je suis fâché que notre grand Amiral soit obligé de demeurer dans une ville où tant de gens lui sont e

– Heureusement que son hôtel est bien gardé, répondit le chirurgien. Quand je l’ai quitté, les escaliers étaient remplis de soldats, et déjà ils allumaient leurs mèches. Ah! monsieur de Mergy, les gens de cette ville ne nous aiment pas… Mais il se fait tard, et il faut que je rentre au Louvre.

Ils se séparèrent en se souhaitant le bonsoir, et Mergy continua son chemin, livré à des pensées couleur de rose qui lui firent oublier bien vite l’Amiral et la haine des catholiques. Cependant il ne put s’empêcher de remarquer un mouvement extraordinaire dans les rues de Paris, toujours peu fréquentées aussitôt après la nuit close. Tantôt il rencontrait des crocheteurs [64] portant sur leurs épaules des fardeaux d’une forme étrange, que dans l’obscurité il était tenté de prendre pour des faisceaux de piques; tantôt c’était un détachement de soldats marchant en silence, les armes hautes et les mèches allumées; ailleurs on ouvrait précipitamment des fenêtres, quelques figures s’y montraient un instant avec des lumières et disparaissaient aussitôt.

– Holà! cria-t-il à un crocheteur, bonhomme, où portez-vous cette armure si tard?

– Au Louvre, mon gentilhomme, pour le divertissement de cette nuit.

– Camarade, dit Mergy à un sergent qui commandait une patrouille, où allez-vous donc ainsi en armes?

– Au Louvre, mon gentilhomme, pour le divertissement de cette nuit.

– Holà! page, n’êtes-vous point au roi? Où donc allez-vous avec vos camarades, menant ces chevaux harnachés en guerre?

– Au Louvre, mon gentilhomme, pour le divertissement de cette nuit.

[64] Portefaix, commissio