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– Eh bien! La grande salle était remplie d’une foule… etc. parmi laquelle on distinguait… etc.

– Que voulez-vous qu’on y distingue?

– Parbleu! primo, Charles IX!…

– Secundo?

– Halte-là. Décrivez d’abord son costume, puis vous me ferez son portrait physique, enfin son portrait moral. C’est aujourd’hui la grande route pour tout faiseur de romans.

– Son costume? Il était habillé en chasseur, avec un grand cor de chasse passé autour du cou.

– Vous êtes bref.

– Pour son portrait physique… attendez… Ma foi, vous feriez bien d’aller voir son buste au musée d’Angoulême. Il est dans la seconde salle, N° 98.

– Mais, monsieur l’auteur, j’habite la province; voulez-vous que j’aille à Paris tout exprès pour voir un buste de Charles IX?

– Eh bien! figurez-vous un jeune homme assez bien fait, la tête un peu enfoncée dans les épaules; il tend le cou et présente gauchement le front en avant; le nez est un peu gros; il a les lèvres minces, longues, et la supérieure très avancée; son teint est blafard, et ses gros yeux verts ne regardent jamais la perso

– Et Catherine de Médicis?

– Catherine de Médicis? Diable! je n’y songeais pas. Je pense que c’est pour la dernière fois que j’écris son nom: c’est une grosse femme encore fraîche, et, comme l’on dit, assez bien pour son âge, avec un gros nez et des lèvres pincées, comme quelqu’un qui éprouve les premières atteintes du mal de mer. Elle a les yeux à demi fermés, elle bâille à tout moment; sa voix est monotone, et dit du même ton: Ah! qui me délivrera de cette odieuse Béarnaise? et: Madeleine, do

– Bon! mais faites-lui dire quelques mots un peu plus remarquables. Elle vient de faire empoiso

– Point du tout; car, si cela paraissait, où serait cette dissimulation si célèbre? Ce jour-là, d’ailleurs, j’en suis bien informé, elle ne parla d’autre chose que du temps.

– Et Henri IV? et Marguerite de Navarre? Montrez-nous Henri, brave, galant, bon surtout; Marguerite glissant un billet doux dans la main d’un page, pendant que Henri, de son côté, serre la main d’une des dames d’ho

– Pour Henri IV, perso

– Et Marguerite?

– Elle était un peu indisposée, et gardait la chambre.

– Bo

– Ma foi, vous les co

– Ah! je m’aperçois que je ne trouverai pas dans votre roman ce que j’y cherchais.

– Je le crains.

IX – LE GANT

La cour était au château de Madrid. La reine mère, entourée de ses dames, attendait dans sa chambre que le roi vînt déjeuner avec elle avant de monter à cheval; et le roi, suivi des princes, traversait lentement une galerie où se tenaient tous les hommes qui devaient l’accompagner à la chasse. Il écoutait avec distraction les phrases que lui adressaient les courtisans, et leur répondait souvent avec brusquerie. Quand il passa devant les deux frères, le capitaine fléchit le genou, et présenta le nouveau cornette. Mergy, s’inclinant profondément, remercia Sa Majesté de l’ho

– Ah! c’est vous dont mon père l’Amiral m’a parlé? Vous êtes le frère du capitaine George?

– Oui, sire.

– Êtes-vous catholique ou huguenot?

– Sire, je suis protestant.

– Ce que j’en dis, ce n’est que par curiosité; car le diable m’emporte si je me soucie de la religion de ceux qui me servent bien.

Le roi, après ces paroles mémorables, entra chez la reine.

Quelques moments après, un essaim de femmes se répandit dans la galerie, et semblait envoyé pour faire prendre patience aux cavaliers. Je ne parlerai que d’une seule des beautés de cette cour si fertile en beautés: je veux dire de la comtesse de Turgis, qui joue un grand rôle dans cette histoire. Elle portait un habillement d’amazone à la fois leste et galant, et elle n’avait pas encore mis son masque. Son teint, d’une blancheur éblouissante, mais uniformément pâle, faisait ressortir ses cheveux d’un noir de jais; ses sourcils bien arqués, en se touchant légèrement par l’extrémité, do

– La comtesse de Turgis! Qu’elle est belle aujourd’hui! murmuraient les courtisans. Et chacun se pressait pour la mieux voir. Mergy, qui se trouva sur son passage, fut tellement frappé de sa beauté, qu’il resta immobile, et ne pensa à se ranger pour lui faire passage que lorsque les larges manches de soie de la comtesse touchèrent son pourpoint.

Elle remarqua son émotion, peut-être avec plaisir, et daigna fixer un instant ses beaux yeux sur ceux de Mergy, qui se baissèrent aussitôt, tandis que ses joues se couvraient d’une vive rougeur. La comtesse sourit, et en passant laissa tomber un de ses gants devant notre héros, qui, toujours immobile et hors de lui, ne pensa pas même à le ramasser. Aussitôt un jeune homme blond (ce n’était autre que Comminges), qui se trouvait derrière Mergy, le poussa rudement pour passer devant lui, se saisit du gant, et, après l’avoir baisé avec respect, le remit à madame de Turgis. Celle-ci, sans le remercier, se tourna vers Mergy, qu’elle regarda quelque temps, mais avec une expression de mépris foudroyante, puis remarquant auprès de lui le capitaine George:

[46] Valet de chasse qui, à cheval, conduit la meute et poursuit la bête.