Страница 44 из 76
Un soir du carnaval, au bal masqué de l'Opéra, où elle était allée avec Marcel, Musette eut pour vis-à-vis dans une contredanse un jeune homme qui autrefois lui avait fait la cour. Ils se reco
Marcel la chercha, assez inquiet. Au bout d'une heure, il la trouva au bras du jeune homme; elle sortait du café de l'opéra, la bouche pleine de refrains. En apercevant Marcel, qui s'était mis dans un angle les bras croisés, elle lui fit un signe d'adieu, en lui disant: je vais revenir.
– C'est-à-dire ne m'attendez pas, traduisit Marcel. Il était jaloux, mais il était logique et co
– Je ne pouvais pas lutter contre des truffes, pensa-t-il. Au moins Musette aura soupé. Et après avoir passé un coin de son mouchoir sur ses yeux, sous le prétexte de se moucher, il se coucha.
Deux jours après, Musette se réveillait dans un boudoir tendu de rose. Un coupé bleu l'attendait à sa porte, et toutes les fées de la mode, mises en réquisition, apportaient leurs merveilles à ses pieds. Musette était ravissante, et sa jeunesse semblait encore rajeunir au milieu de ce cadre d'élégances. Alors elle recommença l'ancie
– Que voulez-vous, mon cher? Je suis restée pendant six mois avec un homme qui me nourrissait de salade et de soupe sans beurre, qui m'habillait avec une robe d'indie
La disparition des trois ménages bohèmes occasio
Rodolphe et Marcel avaient été se loger ensemble; ils avaient pris chacun une idole dont ils ne savaient pas bien le nom au juste. Quelquefois il leur arrivait, l'un de parler de Musette, l'autre de Mimi; alors ils en avaient pour la soirée. Ils se rappelaient leur ancie
Un soir, en traversant le boulevard, Marcel aperçut à quelques pas de lui une jeune dame qui, en descendant de voiture, laissait voir un bout de bas blanc d'une correction toute particulière; le cocher lui-même dévorait des yeux ce charmant pourboire.
– Parbleu, fit Marcel, voilà une jolie jambe; j'ai bien envie de lui offrir mon bras; voyons un peu… de quelle façon l'aborderai-je? Voilà mon affaire… c'est assez neuf.
– Pardon, madame, dit-il en s'approchant de l'inco
– Si, monsieur, répondit la jeune femme; le voici. Et elle mit dans la main de Marcel un mouchoir qu'elle tenait à la main.
L'artiste roula dans un précipice d'éto
C'était Mademoiselle Musette.
– Ah! s'écria-t-elle, Monsieur Marcel qui fait la chasse aux aventures. Comment la trouves-tu celle-là, hein? Elle ne manque pas de gaieté.
– Je la trouve supportable, répondit Marcel.
– Où vas-tu si tard dans ce quartier? demanda Musette.
– Je vais dans ce monument, fit l'artiste en indiquant un petit théâtre où il avait ses entrées.
– Pour l'amour de l'art?
– Non, pour l'amour de Laure. Tiens, pensa Marcel, voilà un calembour, je le vendrai à Colline: il en fait collection.
– Qu'est-ce que Laure? continua Musette dont les regards jetaient des points d'interrogation. Marcel continua sa mauvaise plaisanterie.
– C'est une chimère que je poursuis et qui joue les ingénues dans ce petit endroit. Et il chiffo
– Vous êtes bien spirituel ce soir, dit Musette.
– Et vous bien curieuse, fit Marcel.
– Parlez donc moins haut, tout le monde nous entend; on va nous prendre pour des amoureux qui se disputent.
– Ça ne serait pas la première fois que cela nous arriverait, dit Marcel.
Musette vit une provocation dans cette phrase et répliqua prestement:
– Et ça ne sera peut-être pas la dernière, hein? Le mot était clair; il siffla comme une balle à l'oreille de Marcel.
– Splendeurs des cieux, dit-il en regardant les étoiles vous êtes témoins que ce n'est pas moi qui ai tiré le premier. Vite ma cuirasse!
À compter de ce moment le feu était engagé.
Il ne s'agissait plus que de trouver un trait d'union convenable pour aboucher ces deux fantaisies qui venaient de se réveiller si vivaces.
Tout en marchant, Musette regardait Marcel, et Marcel regardait Musette. Ils ne se parlaient pas; mais leurs yeux, ces plénipotentiaires du cœur, se rencontraient souvent. Au bout d'un quart d'heure de diplomatie, ce congrès de regards avait tacitement arrangé l'affaire. Il n'y avait plus qu'à ratifier.
La conversation interrompue se renoua.
– Franchement, dit Musette à Marcel, où allais-tu tout à l'heure?
– Je te l'ai dit, j'allais voir Laure.
– Est-elle jolie?
– Sa bouche est un nid de sourires.
– Co
– Mais toi-même, fit Marcel, d'où venais-tu sur les ailes de cette citadine?
– Je venais de conduire au chemin de fer Alexis, qui va faire un tour dans sa famille.
– Quel homme est-ce que cet Alexis?
– À son tour, Musette fit de son amant actuel un ravissant portrait. Tout en se promenant, Marcel et Musette continuèrent ainsi, en plein boulevard, cette comédie du revenez-y de l'amour. Avec la même naïveté, tour à tour tendre et railleuse, ils refaisaient strophe à strophe cette ode immortelle où Horace et Lydie vantent avec tant de grâce les charmes de leurs amours nouvelles, et finissent par ajouter un post-scriptum à leurs ancie