Страница 3 из 41
– Frère Palémon, je me propose en effet de glorifier le Seigneur. Fortifie-moi de ton conseil, car tu as beaucoup de lumières et le péché n’a jamais obscurci la clarté de ton intelligence.
– Frère Paphnuce, je ne suis pas digne de délier la courroie de tes sandales et mes iniquités sont i
– Je te confierai donc, frère Palémon, que je suis pénétré de douleur à la pensée qu’il y a dans Alexandrie une courtisane nommée Thaïs, qui vit dans le péché et demeure pour le peuple un objet de scandale.
– Frère Paphnuce, c’est là, en effet, une abomination dont il convient de s’affliger. Beaucoup de femmes vivent comme celle-là parmi les gentils. As-tu imaginé un remède applicable à ce grand mal?
– Frère Palémon, j’irai trouver cette femme dans Alexandrie, et, avec le secours de Dieu, je la convertirai. Tel est mon dessein; ne l’approuves-tu pas, mon frère?
– Frère Paphnuce, je ne suis qu’un malheureux pécheur, mais notre père Antoine avait coutume de dire: «En quelque lieu que tu sois, ne te hâte pas d’en sortir pour aller ailleurs.»
– Frère Palémon, découvres-tu quelque chose de mauvais dans l’entreprise que j’ai conçue?
– Doux Paphnuce, Dieu me garde de soupço
Ayant ainsi parlé, le vieillard Palémon enfonça du pied dans la terre le tranchant de sa bêche et se mit à creuser le sol avec ardeur autour d’un jeune pommier. Tandis qu’il bêchait, une antilope ayant franchi d’un saut rapide, sans courber le feuillage, la haie qui fermait le jardin, s’arrêta, surprise, inquiète, le jarret frémissant, puis s’approcha en deux bonds du vieillard et coula sa fine tête dans le sein de son ami.
– Dieu soit loué dans la gazelle du désert! dit Palémon.
Et il alla prendre dans sa cabane un morceau de pain noir qu’il fît manger dans le creux de sa main à la bête légère.
Paphnuce demeura quelque temps pensif, le regard fixé sur les pierres du chemin. Puis il regagna lentement sa cellule, songeant à ce qu’il venait d’entendre. Un grand travail se faisait dans son esprit.
– Ce solitaire, se disait-il, est de bon conseil; l’esprit de prudence est en lui. Et il doute de la sagesse de mon dessein. Pourtant il me serait cruel d’abando
Comme il poursuivait son chemin, il vit un pluvier pris dans les filets qu’un chasseur avait tendus sur le sable et il co
Il ne dormit pas de toute la nuit et il eut avant l’aube une vision. Thaïs lui apparut encore. Son visage n’exprimait pas les voluptés coupables et elle n’était point vêtue, selon son habitude, de tissus diaphanes. Un suaire l’enveloppait tout entière et lui cachait même une partie du visage, en sorte que l’abbé ne voyait que deux yeux qui répandaient des larmes blanches et lourdes.
À cette vue, il se mit lui-même à pleurer et, pensant que cette vision lui venait de Dieu, il n’hésita plus. Il se leva, saisit un bâton noueux, image de la foi chrétie
Il s’en allait donc par les chemins solitaires. Quand venait le soir, le murmure des tamaris, caressés par la brise, lui do
– Ô bête, à l’exemple des satyres et des centaures que vit dans le désert notre père Antoine, confesse la divinité du Christ Jésus! et je te bénirai au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.
Il dit: une lueur rosé sortit des yeux du Sphinx; les lourdes paupières de la bête tressaillirent et les lèvres de granit articulèrent péniblement, comme un écho de la voix de l’homme, le saint nom de Jésus-Christ; c’est pourquoi Paphnuce, étendant la main droite, bénit le Sphinx de Silsilé.