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Elle observait avec soin les mimes, les danseurs, les comédiens et particulièrement les femmes qui, dans les tragédies, représentaient les déesses amantes des jeunes hommes et les mortelles aimées des dieux. Ayant surpris les secrets par lesquels elles charmaient la foule, elle se dit que, plus belle, elle jouerait mieux encore. Elle alla trouver le chef des mimes et lui demanda d’être admise dans sa troupe. Grâce à sa beauté et aux leçons de la vieille Moeroé, elle fut accueillie et parut sur la scène dans le perso
Elle plut médiocrement, parce qu’elle manquait d’expérience et aussi parce que les spectateurs n’étaient pas excités à l’admiration par un long bruit de louanges. Mais après quelques mois d’obscurs débuts, la puissance de sa beauté éclata sur la scène avec une telle force, que la ville entière s’en émut. Tout Antioche s’étouffait au théâtre. Les magistrats impériaux et les premiers citoyens s’y rendaient, poussés par la force de l’opinion. Les portefaix, les balayeurs et les ouvriers du port se privaient d’ail et de pain pour payer leur place. Les poètes composaient des épigrammes en son ho
Après avoir joui pendant plusieurs a
Elle reçut parmi tant d’autres le philosophe Nicias qui la désirait, bien qu’il fît profession de vivre sans désirs. Malgré sa richesse, il était intelligent et doux; mais il ne la charma ni par la finesse de son esprit, ni par la grâce de ses sentiments. Elle ne l’aimait pas et même elle s’irritait parfois de ses élégantes ironies. Il la blessait par son doute perpétuel. C’est qu’il ne croyait à rien et qu’elle croyait à tout. Elle croyait à la providence divine, à la toute-puissance des mauvais esprits, aux sorts, aux conjurations, à la justice éternelle. Elle croyait en Jésus-Christ et en la bo
– Que notre destinée soit de descendre en cheveux blancs et les joues creuses dans la nuit éternelle, ou que ce jour même, qui rit maintenant dans le vaste ciel, soit notre dernier jour, qu’importe, ô ma Thaïs! Goûtons la vie. Nous aurons beaucoup vécu si nous avons beaucoup senti. Il n’est pas d’autre intelligence que celle des sens: aimer c’est comprendre. Ce que nous ignorons n’est pas. À quoi bon nous tourmenter pour un néant?
Elle lui répondait avec colère:
– Je méprise ceux qui comme toi n’espèrent ni ne craignent rien. Je veux savoir! Je veux savoir!
Pour co
Quand ils eurent fini de chanter, les fidèles se levèrent pour aller baiser à la file la paroi du tombeau. C’était des hommes simples, accoutumés à travailler de leurs mains. Ils s’avançaient d’un pas lourd, l’œil fixe, la bouche pendante, avec un air de candeur. Ils s’agenouillaient, chacun à son tour, devant le sarcophage et y appuyaient leurs lèvres. Les femmes élevaient dans leurs bras les petits enfants et leur posaient doucement la joue contre la pierre.
Thaïs, surprise et troublée, demanda à un diacre pourquoi ils faisaient ainsi.
– Ne sais-tu pas, femme, lui répondit le diacre, que nous célébrons aujourd’hui la mémoire bienheureuse de saint Théodore le Nubien, qui souffrit pour la foi au temps de Dioclétien empereur? Il vécut chaste et mourut martyr, c’est pourquoi, vêtus de blanc, nous portons des roses rouges à son tombeau glorieux.
En entendant ces paroles, Thaïs tomba à genoux et fondit en larmes. Le souvenir à demi éteint d’Ahmès se ranimait dans son âme. Sur cette mémoire obscure, douce et douloureuse, l’éclat des cierges, le parfum des roses, les nuées de l’encens, l’harmonie des cantiques, la piété des âmes jetaient les charmes de la gloire. Thaïs songeait dans l’éblouissement: