Страница 6 из 73
De son côté, Vénus combine de nouveaux artifices, de nouveaux desseins: Cupidon changera de forme et de visage et viendra sous les traits du doux Ascagne; de ses présents il embrasera la reine et fera couler dans ses veines la folie d’amour. Ce palais, en effet, lui demeure suspect; elle craint l’homme de Tyr aux deux paroles; et les noirceurs de Junon la brûlent d’une angoisse qui redouble avec la nuit. Elle s’adresse au dieu qui porte des ailes, à l’Amour. «Mon fils, lui dit-elle, toi qui es ma force et ma grande puissance, mon fils, toi qui seul dédaignes les traits dont le Père souverain a frappé Typhon, j’ai recours à toi et je fais appel en suppliante à ton pouvoir divin. Tu sais comment la haine de l’âpre Junon a ballotté ton frère Énée de rivage en rivage, et tu t’es souvent affligé de ma douleur. Aujourd’hui la Phénicie
L’Amour obéit à sa mère chérie; il se dépouille de ses ailes, et c’est un plaisir pour lui d’imiter la démarche d’Iule. Vénus, elle, répand un tranquille sommeil dans les membres d’Ascagne et l’emporte, pressé contre son sein, sur les hauteurs d’Idalie, dans un bois sacré où la marjolaine l’enveloppe mollement de son ombre douce, de ses fleurs et de son parfum.
Et déjà Cupidon, obéissant à sa mère, s’en allait tout heureux sous la conduite d’Achate et portait aux Tyriens les présents royaux. Lorsqu’il arrive, la reine est déjà couchée sur un lit de parade tout doré, aux tentures magnifiques, occupant le centre du banquet. Le divin Énée et la jeunesse troye
Le repas fini et les plateaux enlevés, on place devant les convives de larges cratères remplis de vin et couro
LIVRE II
Tous se turent, attentifs, les yeux fixés sur Énée et de son lit élevé le héros commença en ces termes:
«C’est une indicible douleur, ô reine, que tu m’ordo
«Brisés par la guerre, repoussés par les destins, les chefs des Grecs, après tant d’a
«Du rivage troyen on aperçoit Ténédos, une île très fameuse et qui fut opulente tant que subsista le royaume de Priam: elle n’est plus maintenant qu’une simple baie et pour les vaisseaux un peu fidèle abri. C’est là sur un rivage solitaire que les Grecs se retirent et se cachent. Nous pensions qu’ils étaient partis et que le vent les reconduisait à Mycènes. Toute la Troade se libère de la longue et lugubre oppression: on ouvre les portes; c’est une joie de sortir, de visiter le camp des Grecs, son emplacement désert, le rivage abando