Страница 28 из 73
Eumélus apporte au tombeau d’Anchise et aux spectateurs de l’amphithéâtre la nouvelle que les vaisseaux brûlent, et, de leurs propres yeux, les Troyens voient en se retournant un nuage de fumée noire et des tourbillons de cendres. Le premier, Ascagne, tel qu’il était, dans son costume de fête, conduisant les jeux équestres, presse sa monture et atteint au galop le camp bouleversé: ses écuyers hors d’haleine ne peuvent le retenir: «Quelle est votre étrange folie? s’écrie-t-il. Que faites-vous? Que prétendez-vous faire, malheureuses Troye
Mais les flammes incendiaires n’arrêtent pas pour cela leur marche indomptable. Sous le bois qu’on arrose, l’étoupe continue de brûler en vomissant une lourde fumée. L’épaisse et ardente vapeur dévore les carènes, et déjà le fléau descend dans toute la membrure. Les efforts des chefs, l’eau répandue à flots n’y font rien. Alors le pieux Énée arrache de ses épaules et déchire ses vêtements; il appelle les dieux à son secours et tend vers eux des mains suppliantes: «Jupiter tout-puissant, si tu ne hais pas encore les Troyens jusqu’au dernier, si ta pitié d’autrefois jette encore un regard sur les misères humaines, do
Mais le divin Énée, que ce cruel malheur ébranle, tournait et retournait dans son âme les plus graves soucis. Restera-t-il sur la terre sicilie
Animé par les paroles de son vieil ami, c’est alors que le cœur d’Énée se partage entre mille soucis. Déjà la Nuit noire, traînée dans son char à deux chevaux, parcourait la voûte céleste. L’image de son père Anchise lui sembla tout à coup descendre du ciel et prononça ces paroles: «Mon fils qui, tant que je vécus, me fus plus cher que la vie, mon fils que les destins de Troie ont durement éprouvé, je viens ici sur l’ordre de Jupiter qui a chassé l’incendie de tes vaisseaux et qui du haut des cieux a pris enfin pitié de toi. Suis les conseils que t’a do
Il mande aussitôt ses compagnons et le premier de tous Aceste: il leur fait part du commandement de Jupiter, des avertissements de son père bien-aimé et de la résolution où son esprit s’arrête. Rien ne retarde ses desseins; Aceste ne refuse pas de s’y prêter. On inscrit les femmes pour la nouvelle ville. On s’y défait de tous ceux qui le désirent, de tous les cœurs qui ne sentent nullement le besoin d’un grand titre de gloire. Les autres réparent les bancs des rameurs, remplacent le chêne des vaisseaux que les flammes ont rongé, disposent les rames et les cordages. Ils sont peu nombreux, mais ils respirent l’ardeur guerrière. Cependant Énée trace avec la charrue l’enceinte de la ville et tire au sort l’emplacement des demeures. «Ceci, dit-il, sera Ilion, et ces lieux seront Troie.» Le Troyen Aceste se réjouit d’en être le roi: il fixe les jours des tribunaux et do
Déjà pendant neuf jours tout le peuple avait célébré les repas funèbres; et les sacrifices sur les autels étaient accomplis. Les vents bénins ont fait la mer unie; et de nouveau le souffle incessant de l’Auster appelle au large. Un immense gémissement s’élève sur toute la courbe du rivage; les embrassements se prolongent jour et nuit. Les femmes elles-mêmes, et ceux-là même pour qui la mer avait eu une face terrible et qu’en épouvantait la puissance divine, voudraient partir et endurer jusqu’au bout toutes les épreuves du voyage. Le bon Énée les console amicalement et les recommande en pleurant au roi Aceste du même sang que lui. Il ordo
Cependant, de son côté, Vénus, toujours inquiète, s’adresse à Neptune et son âme tourmentée s’épanche ainsi: «Junon, avec sa violente colère et son cœur que rien ne rassasie, me force, Neptune, de descendre à toutes les prières. Ni le temps ni aucun témoignage de piété ne l’adoucit. Les ordres de Jupiter, les arrêts des destins ont beau briser ses efforts: elle ne se tient pas tranquille. Ce n’est pas assez que du milieu de la nation phrygie