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Éto
«Lorsque nous fûmes au large, que la terre eut entièrement disparu et que nous ne vîmes plus partout que le ciel et l’eau, un sombre nuage s’arrêta au-dessus de nos têtes, chargé de nuit et d’orage; et les flots se hérissèrent ténébreux. Aussitôt les vents roulent et dressent d’énormes vagues; et nous voici ballottés, dispersés sur l’immense gouffre. Les nuages recouvrent la lumière du jour, et la pluie, comme une nuit, nous dérobe le ciel; des feux redoublés fendent les nues. Jetés hors de notre route, nous errons sur des flots que nous ne distinguons plus. Lui-même, Palinure, déclare qu’il ne peut discerner au ciel le jour de la nuit ni reco
«À peine étions-nous entrés au port où nous avait poussés l’orage, voici que nous apercevons ça et là dans la plaine des troupeaux florissants de bœufs et une troupe de chèvres, sans gardien, au milieu des herbages. Nous fonçons sur eux le fer à la main, en invitant les dieux et Jupiter lui-même au partage du butin. Puis au fond de la baie nous dressons des lits de verdure et nous nous régalons de ces chairs succulentes. Mais tout à coup de la montagne, glissement horrible dans l’air, les Harpyes s’abattent près de nous et secouent leurs ailes à grands cris; elles arrachent nos mets, souillent tout de leur contact immonde; et de plus leur voix est sinistre à travers leurs fétides odeurs. Retirés dans un long enfoncement sous une roche creuse [tout autour une clôture d’arbres et le mystère de leur ombre], nous réinstallons nos tables, nous replaçons le feu sur l’autel: aussitôt, d’un autre point du ciel et de ses retraites obscures, leur horde revient en tumulte; elles volent autour de leur proie, les pieds crochus, et leur bouche infecte nos plats. Je commande alors à mes compagnons de prendre les armes et de faire la guerre à l’infernale engeance. Ils obéissent à mes ordres: ils posent en les dissimulant leurs épées dans les herbes et y cachent leurs boucliers. Dès que le vol des Harpyes retentit dans les sinuosités du rivage, Misène, du haut de son observatoire, do
«Une seule est restée, posée sur le haut de la roche, Céléno, prophétesse de mauvais augure: «C’est donc la guerre? nous crie-t-elle. C’est donc que, pour avoir massacré nos bœufs, abattu nos jeunes taureaux, vous voulez encore, race de Laomédon, nous apporter la guerre et chasser de leur royaume paternel les Harpyes qui ne vous ont rien fait? Eh bien, écoutez et retenez ce que je vais vous dire. Moi, l’aînée des Furies, je vous révèle des choses qui ont été prédites à Phébus par le Père tout-puissant, à moi par Phébus Apollon. Vous cherchez à gagner l’Italie en appelant sur votre course la faveur des vents: vous irez en Italie, et il vous sera permis d’entrer dans les ports. Mais vous ne ceindrez pas de ses remparts la ville qui vous est destinée avant que l’exécrable faim n’ait puni votre attentat contre nous en vous réduisant à broyer dans vos mâchoires et à dévorer vos tables.» Elle dit et d’un coup d’aile s’enfuit dans la forêt. Le sang de mes compagnons, glacé de terreur, s’est subitement arrêté dans leurs veines; leur courage est tombé. Plus d’armes: ils ne veulent que des vœux et des prières pour obtenir la paix, qu’elles soient des déesses ou d’impurs et sinistres oiseaux. Et du rivage, mon père Anchise, les paumes tournées vers le ciel, invoque les grandes Puissances divines et leur promet de justes sacrifices: «Dieux, écartez ces menaces! Dieux, détournez de nous ce malheur! Soyez-nous favorables et préservez ceux qui vous vénèrent.» Puis il nous ordo