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– Vous devriez vous presser. Gabriel va bientôt rentrer maintenant.
– Oh non. Ce soir, c'est un coup de six heures du matin.
– Pauvre Zazie, dit doucement Marceline, elle va être bien fatiguée, elle qui doit reprendre le train à six heures soixante.
– On s'en fout de Zazie. Les gosselines, ça m'écœure, c'est aigrelet, beuhh. Tandis qu'une belle perso
– N'empêche que ce matin vous lui couriez aux trousses, à cette pauvre petite.
– On peut pas dire. C'est moi qui vous l'ai ramenée. Et puis je ne faisais que commencer ma journée. Mais lorsque je vous ai vue…
Le visiteur du soir regarda Marceline en se do
– Beuouahh, fit-il en déglutissant la boisson qu'il avait lui-même élue et à laquelle il venait de faire subir le traitement expéditif dont est coutumière la vodka.
Il essuya ses lèvres gluantes avec le revers de sa main (gauche) et, sur ce, commença la séance de charme a
– Moi, qu'il dit comme ça, je suis un volage. La mouflette cambrousarde, elle m'intéressait pas malgré ses histoires meurtrières. Je vous parle là de la matinée. Mais, dans la journée, voilà-t-il pas que je tombe une rombière de la haute, à première vision. La baro
– Chacun ses goûts.
– Je ne vous charme toujours pas?
– Non.
Bertin Poirée toussota deux trois coups, puis reprit en ces termes:
– Faut que je vous raconte comment je l'ai rencontrée, la veuve.
– On s'en fout, dit doucement Marceline.
– En tout cas, je l'ai fourguée au Mont-de-piété. Moi, les évolutions de Gabriella (Gabriella!), vous pensez si ça me laisse terne. Tandis que vous… vous me faites briller.
– Oh! meussieu Pedro-surplus, vous n'avez pas honte?
– Honte… honte… c'est vite dit. Est-on délicat lorsqu'on jase? (un temps) Et puis, ne m'appelez pas Pedro-surplus. Ça m'agace. C'est un blase que j'ai inventé sur l'instant, comme ça, à l'intention de Gabriella (Gabriella!), mais j'y suis pas habitué, je l'ai jamais utilisé. Tandis que j'en ai d'autres qui me convie
– Comme Bertin Poirée?
– Par egzemple. Ou bien encore celui que j'adopte lorsque je me vêts en agent de police (silence).
Il parut inquiet.
– Je me vêts, répéta-t-il douloureusement. C'est français ça: je me vêts? Je m'en vais, oui, mais: je me vêts? Qu'est-ce que vous en pensez, ma toute belle?
– Eh bien, allez-vous-en.
– Ça n'est pas du tout dans mes intentions. Donc, lorsque je me vêts…
– Déguise…
– Mais non! pas du tout!! ce n'est pas un déguisement!!! qu'est-ce qui vous a dit que je n'étais pas un véritable flic?
Marceline haussa les épaules.
– Eh bien vêtez-vous.
– Vêtissez-vous, ma toute belle. On dit: vêtis-sez-vous.
Marceline s'esclaffa.
– Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit: vêtez-vous.
– Vous ne me ferez jamais croire ça.
Il avait l'air vexé.
– Regardez dans le dictio
– Un dictio
– Y en a un là-bas (geste).
– Fichtre, dit-il impressio
Mais il bougeait pas.
– Vous voulez que j'aille le chercher? demanda doucement Marceline.
– Non, j'y vêts.
L'air méfiant, il alla prendre le livre sur une étagère en s'efforçant de ne pas perdre de vue Marceline. Puis, revenu avec le bouquin, il se mit à le consulter péniblement et s'absorba complètement dans ce travail.
– Voyons voir… vésubie… vésuve… vetter… véturie, mère de Coriolan… ça y est pas.
– C'est avant les feuilles roses qu'il fautregarder.
– Et qu'est-ce qu'il y a dans les feuilles rosés? des cocho
– Je vous ai dit: avant les feuilles roses.
– Merde, c'est d'un compliqué… Ah! enfin, des mots que tout le monde co
Et ses yeux étaient injectés de sang. Et d'autant plus d'ailleurs que Marceline s'était totalement non moins que brusquement éclipsée.
S'aidant des harpes le long de la descente, une valoche à la main, elle se déplaçait le long du mur avec la plus grande aisance et n'avait plus qu'un petit saut de trois mètres et quelque pour terminer son itinéraire.
Elle disparut au coin de la rue.
XVI
Trouscaillon avait de nouveau revêtu son uniforme de flicmane. Sur la petite place non loin du Mont-de-piété, il attendait, mélancolieux, la fermeture de cet établissement. Il regardait pensivement (semblait-il) un groupe de clochards qui dormaient sur le gril d'un puits de métro, goûtant la tiédeur méditerranée
Un sanglot pire lui fit écho, ce qui porta le trouble dans la rêverie trouscaillo
L'individu prétendait somnoler, ce qui ne rassura pas Trouscaillon mais ne l'empêcha point cependant de lui adresser la parole en ces termes:
– Que faites-vous en ces lieux? Et à une heure si tardive?
– Est-ce que ça vous regarde? répondit le dénommé X.
Trouscaillon s'était d'ailleurs posé la même question dans le temps qu'il dévidait les sie
– Oui, qu'il dit, ça me concerne.
– Alors, dit l'homme, dans ce cas-là, c'est différent.
– M'autorisez-vous donc à de nouveau formuler la proposition interrogative qu'il y a quelques instants j'énonça devant vous?