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– Eh bien, reprit Léonora avec un calme sinistre, rassure-toi, Saêtta. Je ne renonce pas… au contraire. Ce que j’en ai dit, c’est que j’ai besoin d’inspirer confiance à ce jeune homme. Demain, Saêtta, il sera en mon pouvoir.

– Per la mado

Léonora se mit à rire doucement. Et Saêtta, qui la co

«Bon, la tigresse se réveille. Gare à Jehan le Brave!»

– Tu devrais pourtant me co

– C’est-à-dire que le roi serait mort et que vous seriez les maîtres, précisa cyniquement Saêtta.

– Oui! dit Léonora avec une froideur terrible.

Saêtta la dévisageait avec une joie féroce. Il comprenait qu’elle disait vrai et qu’elle serait implacable, et que maintenant c’en était fait de Jehan, car elle ne le lâcherait que lorsqu’elle l’aurait brisé.

– Signora, dit-il, vous savez que je ne vis que pour cette vengeance poursuivie durant de longues a

– Je te dirai cela demain, Saêtta. Pour l’instant, sache qu’un homme à moi, Saint-Julien, s’occupe du bravache et de sa péro

Jusque-là, tout marchait au gré de Saêtta qui exultait. Mais Léonora ajouta:

– La vengeance que je compte tirer d’eux est telle que ce que tu as rêvé, toi, Saêtta, te paraîtra puéril et bénin à côté de ce que je leur réserve.

Or, Léonora Galigaï, en prononçant ces paroles, commettait une faute énorme qu’elle n’aurait pas commise, si elle s’était do

Depuis le jour où il s’était emparé du fils de Pardaillan, c’est-à-dire depuis dix-huit ans, Saêtta rêvait de faire finir cet enfant sur un échafaud, comme était morte sa fille. À la longue, cela était devenu une idée fixe, une manie, une folie spéciale. Il ne concevait pas sa vengeance autrement. Au point que nous venons de l’entendre dire qu’il avait failli se suicider parce que le fils de Pardaillan était mort autrement qu’il n’avait décidé.

Léonora Galigaï avait une confiance absolue en Saêtta. On a pu s’en rendre compte par les confidences que nous l’avons entendue lui faire. Cette confiance, d’ailleurs, était pleinement justifiée. Le bravo se fût fait hacher plutôt que de la trahir.

Cependant, nous avons vu qu’il n’avait pas hésité à aller trouver le ministre Sully et à le mettre sur la piste des millions convoités par les Concini. Compétition redoutable qui pouvait être fatale à sa maîtresse.

Il n’avait pas hésité, parce qu’il craignait que Concini ne frappât Jehan le Brave d’une manière autre que celle qu’il rêvait.

Ceci était singulièrement significatif et aurait do

En l’écoutant, Saêtta avait eu un froncement de sourcils inquiétant. Il fut sur le point de protester violemment. Une idée subite l’arrêta et il eut une sorte de grondement farouche qui pouvait être interprété comme on voulait. Naturellement, Léonora le considéra comme une approbation. Elle demeura un moment rêveuse et reprit pour elle-même, oubliant Saêtta:

– Qui aurait cru que cette fille que Concini convoite si ardemment et que ce truand défend si âprement est la propre fille du roi?… Qui sait, ce Jehan savait peut-être la vérité, lui? Ce prétendu amour qu’il affiche n’est peut-être qu’un calcul d’ambitieux?… Qui sait s’il n’y a pas quelque chose à tirer de ce secret?

Et elle se replongea dans une effroyable méditation.

Saêtta avait entendu. Et lui aussi, il réfléchissait profondément.

– Signora, fit-il au bout d’un instant, il me semble que grâce à cette jeune fille, qui est la fille du roi, à ce que vous venez de dire, on pourrait faire d’une pierre deux coups.

– Comment cela? demanda Léonora attentive.

– Je ne sais pas trop bien encore… je cherche… Vous dites que demain cette jeune fille sera entre vos mains… si Saint-Julien exécute bien vos ordres.

Léonora fit signe que oui de la tête.

– Eh bien, reprit Saêtta, on pourrait, par exemple, la conduire dans un endroit écarté… aux environs de Paris. Maintenant… oui, tenez, les choses se précisent dans mon esprit. Écoutez: le roi s’intéresse à cette jeune fille. C’est indéniable, nous le savons bien. D’autre part, il ne tient pas à ce qu’on sache la vérité… puisqu’il s’est caché pour aller la voir.

– Le roi, interrompit Léonora, ne veut pas faire co

– Parce que la jeune fille n’a pas eu recours à lui. Mais si elle s’était adressée à lui, si elle lui avait fait co

– Peut-être! fit Léonora rêveuse. Où veux-tu en venir?

– À ceci: la jeune fille est enfermée dans une maison à trouver aux environs de Paris. Elle avise le roi, son père. Elle l’appelle à son secours.

– Rien ne dit qu’elle le fera.

– Elle le fera signora, dit froidement Saêtta. Ou si vous aimez mieux, nous le ferons pour elle.

– Je commence à comprendre.

– La jeune fille appelle donc son père à son secours. Il n’osera plus se dérober. Comme il ne veut pas faire co