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– Bonjour, frère Ravaillac… Descendez… j’ai de l’argent et je veux vous régaler.

– C’est aujourd’hui vendredi, frère Goulard, je jeûne et je fais mes dévotions.

– À tous les diables le jeûne! vociféra le moine. Il y a temps pour tout. Descendez… j’ai de l’argent, vous dis-je.

– Impossible, mon frère, résista Ravaillac d’une voix ferme.

– Je vous accorde une dispense pour aujourd’hui, hurla Parfait Goulard, je vous do

– Merci, mon frère, mais moi, je ne m’accorde pas de dispense.

– Descends, ordo

Ravaillac co

– Qu’à cela ne tie

Et reprenant son chant, roulant et tanguant, il s’en fut jusqu’à la porte du couvent des capucins.

Pardaillan l’avait précédé, jugeant inutile de statio

Parvenu à la porte du couvent, Parfait Goulard se cala solidement sur ses larges pieds, et il ento

La chanson terminée, il éclata de rire, comme quelqu’un qui vient de faire une bo

– Non, je n’entrerai pas! On crève de soif dans votre maison, et aujourd’hui j’ai l’escarcelle bien garnie. Va t-en dire cela de ma part à ton sous-prieur du diable!

Et il s’en revint chercher son ami Ravaillac.

Pardaillan sortit de l’enclos fort déçu. Il se remit aux trousses du moine et, en marchant, il se disait:

«Évidemment, la chanson est un signal. Les quelques paroles qu’il a mugies doivent avoir une signification cachée. Mais quelle signification?… Morbleu! il faut pourtant que je sache!»

Parfait Goulard était revenu à l’auberge des Trois-Pigeons. Ravaillac paraissait à ce moment.

– Viens avec moi, frère Ravaillac, brailla le moine à pleine voix je veux t’offrir un fin déjeuner.

– Pourquoi ne pas déjeuner aux Trois-Pigeons? dit doucement Ravaillac.

– Jamais de la vie! se récria Parfait Goulard indigné, on y mange trop mal. Tout près d’ici, je co

Et il entraîna son compagnon dans cette guinguette où, quinze jours avant, il était venu avec Jehan le Brave.

Pardaillan les suivait pied à pied et derrière eux, grâce à un bel écu do

– Ici, frère Ravaillac, nous ferons un repas dont tu me do

– Pourquoi, observa doucement Ravaillac, pourquoi m’appelez-vous frère Ravaillac? Vous savez bien que le Révérend Père Marie-Madeleine, me reprochant, lui aussi, mes visions, m’a chassé de son couvent des Feuillants, où il avait bien voulu m’admettre en qualité de frère convers.

– C’est vrai!… Mais j’oublie toujours ce détail.

Le moine avait commandé un plantureux déjeuner. Il avait de l’argent – comme il disait – et il n’avait pas lésiné. Les vins étaient généreux et variés, les viandes, rôties ou en sauce, dominaient. Et cela amena une discussion, Ravaillac prétendant que ce jour-là étant un vendredi, il ne pouvait toucher aux viandes, sous peine de péché mortel. Parfait Goulard, à cette prétention, qu’il trouvait saugrenue, se fâcha tout rouge.

– Puisque je te do

Ravaillac se vit contraint de céder pour avoir la paix. D’ailleurs sa conscience était en repos: il croyait fermement que le moine avait le droit de faire ce qu’il faisait.

Tant que dura le repas, les deux convives n’échangèrent que des propos d’une banalité qui eût découragé tout autre que Pardaillan aux écoutes. Mais Pardaillan se disait, avec raison:

– Le moine démasquera ses batteries lorsqu’il verra ce malheureux suffisamment excité par les rasades qu’il ne lui ménage pas.

En effet, vers la fin du repas, Ravaillac était méco

Il n’avait cependant pas bu outre mesure. Mais, habitué à une sobriété excessive, le peu qu’il avait pris avait suffi pour lui monter à la tête. Et maintenant, ce n’était plus le même homme. Il semblait s’éveiller d’un long cauchemar, il aspirait à vivre et contemplait les fleurs et la verdure qui l’enviro

– Eh bien, fit brusquement Parfait Goulard avec bonhomie, tu vois comme un bon repas, arrosé de vieux vin, vous change les idées.

– C’est vrai, avoua franchement Ravaillac, il me semble que je ne suis plus le même.

– Dis-moi, tu t’es confessé au père d’Aubigny. Que t’a dit le jésuite?

À cette question plus qu’indiscrète, Ravaillac se rembrunit et non sans amertume:

– Il m’a dit que mes visions n’étaient que des imaginations. Il m’a dit qu’il ne fallait plus songer à tout cela. Il m’a conseillé de boire et bien manger et de retourner dans mon pays. Il m’a do

– Il a raison, fit vivement Parfait Goulard. Ce père d’Aubigny est un ho

Et relevant son froc, il sortit une bourse qu’il vida sur la table. Elle contenait une vingtaine d’écus, somme considérable pour un pauvre moine. Il plaça dix écus devant Ravaillac ébahi et expliqua sans désemparer: