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XL
Pendant qu’il ferraillait, Jehan avait entendu comme un bruit de verrous tirés avec précaution. Il avait compris. Il n’avait pas été éto
– Pardieu! je savais bien que je ne pouvais pas mourir avant!…
Et il s’était tenu prêt, glissant la main derrière son dos, tâtant la porte qui tremblait. Et pendant ce temps, il appelait à lui tout ce qui lui restait de forces et concentrait tout son effort à écarter les lames les plus menaçantes.
Brusquement, il avait senti que la porte s’ouvrait toute grande derrière lui. Sans se retourner, sans regarder, il avait fait un bond en arrière. Au même instant, quelqu’un poussait la porte, mettait les verrous, do
Ceci s’était passé en moins d’une seconde.
La nuit commençait à tomber. Jehan vit une fine silhouette de jeune femme, vêtue comme une ouvrière. Il n’eut le temps ni de la regarder ni de la remercier. Elle murmura: «Silence!» et demeura penchée sur la porte, écoutant attentivement, lui tournant le dos.
– Ils s’en vont, dit la jeune femme en se redressant. Venez. Et elle se retourne vers lui.
C’est une adorable jeune fille, de taille un peu au-dessus de la moye
Jehan le Brave s’incline avec grâce devant elle:
– Madame, commence-t-il.
Et il s’interrompit pour s’exclamer:
– Eh mais!… C’est toi, Perrette!… Ma petite sœur jolie!… Perrette, la sœur de Gringaille, la bien-aimée de Carcagne – car c’est bien elle – Perrette sourit gracieusement. Et son sourire est plein d’un charme ingénu. Mais, à ce mot de sœur, une crispation passe sur son joli visage. Ombre très fugitive d’ailleurs. Le frais sourire reparaît aussitôt sur ses lèvres vermeilles.
Jehan l’avait saisie, soulevée, et il appliquait sur ses joues veloutées deux baisers tendrement fraternels. Elle avait pâli d’une manière imperceptible. Et elle dit ce seul mot:
– Venez.
– Plus étourdi par l’imprévu de cette rencontre que par la lutte épique qu’il venait de soutenir, Jehan la suivit machinalement jusqu’à la maison qui se dressait au centre du jardin.
Le rêve, très ancien déjà, de Perrette, avait été de devenir la femme de Jehan. C’est dans cette idée qu’elle avait su se garder pure dans un milieu où la pureté était inco
Fine, intelligente, d’un caractère exceptio
Elle avait senti que Jehan était d’une autre race qu’elle et les siens.
Certainement, un jour ou l’autre, on co
Comme elle était très jolie et qu’elle le savait, nous n’oserions pas affirmer que, tout en renonçant, elle ne gardait pas un peu d’espérance. Mais elle avait mis son orgueil à cacher soigneusement ses sentiments secrets. Grâce à une volonté de fer, elle pouvait croire qu’elle avait réussi, sinon à les étouffer, du moins à les dissimuler.
Les choses avaient été ainsi jusqu’au jour où elle s’était aperçue que le cœur de Jehan était pris… pour une autre qu’elle. Bien que prévu et attendu, le coup n’en avait pas moins été rude. Mais, à force de volonté, elle avait fini par se dompter. Et comme, sous son apparence tranquille et sérieuse, elle cachait une sensibilité extrême, s’exaltant à plaisir les bienfaits – réels – de Jehan, elle s’était imposé de n’avoir pour lui que des sentiments de reco
Cependant, si remarquable que fût l’empire qu’elle avait sur elle-même, on comprend qu’un tel renoncement ne pouvait pas aller sans quelques déchirements. De là les émotions passagères qu’il nous faut noter lorsqu’elles se produisent.
Perrette fit entrer Jehan dans la pièce qui lui servait d’atelier. Il y avait là tout l’attirail de la repasseuse de fin, avec sa grande table encombrée de lingerie amido
Avant d’entrer, Perrette, en ménagère avisée et en femme de tête, avait appelé une de ses ouvrières, forte gaillarde d’une cinquantaine d’a
Jehan, tout étourdi encore, n’y fit pas attention, et d’une voix qu’il s’efforçait de rendre joyeuse, mais qui était émue malgré lui, il s’écria:
– Comment es-tu arrivée si fort à propos pour me sauver?… Car je te dois la vie… Perrette. Sans toi, c’en serait fait de Jehan le Brave.
– Bon, fit-elle avec cet air sérieux qui lui était particulier, quand vous sauvez la vie aux autres, vous ne le criez pas si haut, monsieur… Faut-il faire tant de bruit pour une porte ouverte à propos?
Jehan se mit à rire pour cacher son embarras.
– Enfin, reprit-il, comment t’es-tu trouvée là? Que fais-tu ici?
– Mais, monsieur, je suis chez moi, ici!
– Ah bah!… Tu as donc quitté Paris pour la campagne?
– Vous le voyez bien.
– Tu as donc fait fortune?
– Non, mais mon frère m’a do
– Ce n’est pas ce qui te fera perdre ton petit air sérieux et tranquille, observa Jehan en riant de bon cœur.
– Faut-il que je me mette à danser comme une folle parce que j’ai eu la chance de trouver quelques bo
– La chance!… la chance!… dis plutôt: ta gentillesse, ton travail acharné, ton…
– Vous feriez bien mieux, interrompit Perrette, de ne pas vous agiter ainsi. Ne pourriez-vous vous asseoir tranquillement… Il me semble que vous devez en avoir besoin…
– Eh mais! interrompit à son tour Jehan, que fabriques-tu là?
– Vous le voyez: des compresses, de la charpie.
– Pourquoi faire? bon Dieu!