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Le jeune Allemand se détachait de la rambarde, indiquant que le rendez-vous touchait à sa fin. Son sourire avait une légère teinte malicieuse, narquoise.
– Quand tu partiras, je te do
Il fit un pas en arrière.
– D'autre part tu ne m'as pas vu aujourd'hui. Y compris vis-à-vis de quiconque dans le réseau. Nous sommes obligés de faire comme ça, d'accord?
Oui, émit silencieusement Hugo de la tête. Il comprenait parfaitement la nécessité d'une telle obscurité.
Alors que le jeune Est-Allemand disparaissait au coin d'un quai, Hugo se surprit à penser qu'ils atteignaient là sans doute des records en matière de clandestinité.
Vitali avait pour tâche de contrôler une bo
Ainsi, Vitali allait lui apporter la logistique de l'organisation, sans que celle-ci ne soit mise au courant. Clandestins, dans la partie la plus clandestine d'un réseau clandestin.
Merci Vit, pensa Hugo, avec un sourire.
Le jeune informaticien de génie ferait le maximum pour dénouer le piège dans lequel il s'était malencontreusement fourvoyé.
Hugo marcha d'un pas assuré vers la voiture.
Il fallait faire ce qu'avait dit Vitali: aller à la maison de la Beethoven Strasse, se reposer et attendre son retour.
Vitali était un as.
Il s'endormit très vite, en fait. Il lui avait semblé que le sommeil ne viendrait pas, mais après une bo
La so
Il laissa so
Cette fois, il parla en allemand.
– Monsieur Schulze? Ici Bauer.
– Bonjour Bauer, répondit Hugo selon le code convenu. Que puis-je pour votre service?
– C'est pour le dépa
Hugo ne répondit rien, comme convenu.
– Si je passais vous voir demain vers 17 heures?
– O.K., parfait, Bauer, demain à 17 heures, merci infiniment.
– Il n'y a pas de quoi, monsieur Schulze, à demain.
Ari avait insisté sur le fait que des gens qui se disent poliment au revoir pour clore un coup de fil ne peuvent pas être soupço
Selon le code convenu Vitali arriverait aujourd'hui à six heures de l'après-midi.
Bon dieu de merde, mais quelle heure pouvait-il bien être?
Quatre heures moins le quart, lut-il sur l'horloge murale de l'entrée.
Hugo était dans une forme moye
Il entendit du bruit en provenance du premier.
Alice devait s'être levée elle aussi.
Il l'entendit descendre le petit escalier raide et venir directement vers la cuisine d’où s'échappait le bruit de l'eau qui chauffait sur le brûleur de la cuisinière.
Elle s'encadra dans l'embrasure de la porte.
– Hugo, laissa-t-elle tomber. Je dois partir. Il faut que je retrouve très vite mon père. Je… je sens quelque chose… Quelque chose va arriver.
Son visage était grave. Intense. Ses yeux bleus étaient pleins d'une vivacité magnétique.
Hugo ne répondit rien. Il versa l'eau frémissante sur le thé et reposa la casserole dans l'évier. Puis il ouvrit le frigo, s'empara du beurre, de quelques fromages français et installa le tout sur la petite nappe blanche.
– Tu as faim? se contenta-t-il de lâcher.
Elle hocha négativement la tête. Puis hésita sur le pas de la porte.
Elle laissa tomber un «Je devrais déjà être à Lisbo
Oh… et merde, pensa Hugo, en poussànt un soupir. Évidemment, il n'était pas tombé sur une magnifique jeune femme, à la beauté fatale et mystérieuse. Non, il fallait qu'il se tape une petite peste adolescente, le genre de truc qui pouvait transformer un membre de la société protectrice des enfants martyrs en spécialiste du coup de fer à repasser…
Il esquissa un sourire et entama son déjeuner-goûter-petit déjeuner, il ne savait plus trop.
Il n'arriva pas à stopper la spirale de questions qui se déroulait dans son esprit.
Que veut-elle dire par «il va arriver quelque chose», comme si rien ne s'était encore produit, nom de dieu…
Je sens quelque chose avait-elle dit, rectifia-t-il.
Je sens quelque chose..
Il repensa aux divers rêves que la jeune fille lui avait dévoilés la nuit précédente. Comme celui qui l'avait réveillée, hurlante de terreur, alors qu'il fonçait vers Düsseldorf.
Sa mère, la bouche trempée de sang. Une mâchoire d'acier. L'enfermant dans une pièce noire.
Elle lui avait dit que depuis plus de deux ans, maintenant, des rêves analogues hantaient de plus en plus souvent ses nuits. À chaque fois que sa mère revenait d'un de ses voyages, en pleine forme. À chaque fois elle faisait un de ces cauchemars dans lesquels sa mère se transformait en un monstre cruel, diabolique, assisté par son beau-père, efficace majordome.
Elle lui avait raconté sa fugue, persuadée que ses parents étaient en fait des criminels, et sans doute des assassins. Sa fuite, avant que les avocats de sa mère ne la repre
Hugo n'arrivait pas à comprendre pourquoi mais il ressentait une menace confuse et effectivement grandissante, Comme lorsque l'obus serbe s'était rapproché, avec son sifflement caractéristique, avant de pulvériser le premier étage de leur abri.
Les rêves d'Alice représentaient une clé, il en était persuadé, mais l'origine de cette conviction lui parut tout aussi obscure.
Il rangea les victuailles, fit la vaisselle et alla s'effondrer dans le grand divan. Il alluma la télé et comata devant un feuilleton policier e
Quelque chose va arriver, quelque chose va arriver, mais pourquoi donc a-t-elle dit ça? Et quoi, bon dieu, quoi?
Ce fut Vitali qui arriva.
Avec des nouvelles.
Nom de dieu, se disait Hugo devant les deux journaux étalés sur la table du salon. Carrément. Sur le journal néerlandais, la photo d'Alice était en première page. L'article du journal allemand, sur une page centrale, était également accompagné d'une photo, avec cette légende: «Avez-vous vu cette petite fille?» Un numéro spécial de la police.
– Merde, laissa-t-il échapper entre ses dents.
Il leva les yeux vers Vitali, qui ne semblait même pas spécialement préoccupé.
Son regard distordu par le verre optique restait parfaitement impénétrable.
– Il n'y a rien sur toi, ni sur la Volvo… Dis-moi, tu savais pour le grand magasin? Pour le flic?
Hugo lui jeta un regard interrogateur. Pour le flic?
Vitali montra d'un geste les articles de presse.
– À Amsterdam. Quand la môme s'est tirée. Il y a eu une petite fusillade assez sympa. Deux morts, deux blessés. Parmi les morts, un flic chargé de la protection d'Alice, un dénommé Julian je sais plus quoi.