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– Qu'est-ce que tu fais?

Paul ne répond pas, Bob est un peu inquiet. Un petit peu désappointé, un tout petit peu vexé. Il ne doit pas le manifester. Il feuillette et feuillette – sans regarder Paul qui lie sa ceinture d'un nœud plat décidé, souhaite mollement le bonsoir en allant vers la porte. On volt, par les carreaux malpropres, la nuit précipitée sur la pelouse.

Pendant que Bob compose déjà des numéros téléphoniques amis, presque amis, tenant lieu de rustines dans sa vie de relation, pendant que sa déception monte à mesure que cela ne répond pas, les gens s'étant allés coller à d'autres pneus, pendant qu'il se demande pourquoi je ne passerais pas une soirée seul chez moi, au fond, pourquoi je ne me coucherais pas tôt comme tout le monde vu que le meilleur sommeil se trouve avant minuit, pourquoi pas moi pour une fois, pendant qu'il admet ensuite la vanité d'un tel projet, reco

A cinquante, Paul se leva. Traversa le carrefour vers le cinéma. Sans s'y intégrer, il inspecta la file d'attente, parente de celle de l'autre jour. Il attendit près d'elle, puis seul, tout un quart d'heure après que le noir l'eut aspirée. Perso

Paul, désœuvré, fit venir une autre Gui

Peu avant vingt-deux heures, cet organe épouillé, Paul retourna devant le cinéma, toujours suivi du nommé Toon. On reprit la position: Paul ne se joignait toujours pas aux patients de la prochaine séance, qui se constituaient en queue par sédimentation. Parut enfin, cette fois sans son chapeau, l'objet de son attente.

Elle était tout de gris vêtue, pigeon, souris, perle, fer, elle rejoignit le rang. Paul laissa quelques couples se placer derrière elle avant de s'y incorporer à son tour. Ceux de la séance précédente sortirent papillottants, ainsi que d'une grotte, on prit leur place. En queue de queue, Toon pénétrait de mauvaise grâce dans la salle: à ce jeune individu le cinéma paraissait un art plat, une pratique plate, toujours il voyait sous l'action le drap tendu qui la supporte. Un handicap, en quelque sorte, l'effet possible d'une malformation. C'était pareil pour la télévision, il n'y percevait que le tube. La perso

Lequel filait bientôt son allure de croisière. A sa surprise, et pour la première fois peut-être de sa jeune vie, Toon oublia presque aussitôt l'existence de l'écran, il oublia sa surprise même tant il s'identifiait prodigieusement au chef rebelle, Paul en revanche, trop distrait, scrutait parfois sa montre sans distinguer l'heure, les vagues irrégulières du technicolor a

Les trois vrais comédiens sortirent donc de la salle, parmi la foule de réels figurants, dans l'ordre inverse de leur entrée. Vite ressaisi de ses émotions, Toon s'était aussitôt posté dans le hall du cinéma, surveillant Paul qui se retournait vers la jeune dame grise, son cœur battant retenant la porte battante sur son passage. Paul inspira d'abord profondément, puis il la rejoignit, vint tout près d'elle, trop près sans ambiguïté. Excusez-moi, s'enraya sa voix. Elle tourna vers lui ses yeux surpris, d'émail bleu-gris, ornés de jaillissements d'or sur le pourtour de la pupille, comme la couro

– Vous ne vous souvenez pas de moi?

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– Elle a dit non. Ça ne me dit rien. C'est ce qu'elle a dit, mais je ne suis pas tout à fait sûr que. Tu es gentil, tu cesses de ricaner, tu veux?

– Je co

Ensuite Paul avait essayé de se rappeler au souvenir de Justine. Il avait évoqué le film de l'autre soir, le premier film, du soir qu'elle avait son chapeau – spécialement certaines scènes qu'à son dam elle paraissait avoir moins aimées que lui -, sans oser faire allusion au chapeau. Il avait proposé d'aller prendre quelque chose quelque part, mais elle avait argué d'amis qu'elle devait retrouver autre part. C'était un refus léger, sans hauteur, Paul ne s'était pas senti rejeté vertigineusement: elle avait bien voulu noter son numéro de téléphone sur un calepin de cuir, à fermoir de cuivre, qu'elle dut chercher longuement dans le fond de son grand sac plein d'objets. Elle accepta même de lui do

Mais une semaine s'était passée sans qu'elle appelât Paul, qu'on retrouve encore solitaire et défait au fond du même fauteuil, dans le même coin sombre du studio de Bob, les pieds posés sur une incomplète collection du magazine Penthouse, une main accrochée au rebord du bar où s'emplissent d'anciens contenants de moutarde et d'anchois. Certains de ces contenants sont un peu ébréchés, d'autres n'ont pas encore ôté leur étiquette, des pellicules d'alcool y poissent, durcissent, brunissent. Le bar est encastré dans la cloison, à angle droit, mais la saignée demeure inachevée: le plâtre y paraît brut, pulvérulent sans enduit protecteur. Ce n'est pas terminé, ce n'est pas net. Chez Bob, presque tout est ainsi. Le visage de Paul exprime un tiers de renoncement, deux d'amertume avec un trait de secret contentement de soi. Il regarde son verre au fond duquel, dans sa haute cour translucide, le cube de glace a repris son lent parcours de détenu à l'heure de la promenade.