Страница 29 из 49
– Non, dit Paul, c'est pour un chargement.
– Au bureau du port, dit le marin, c'est avec eux qu'il faut voir ça.
– Je les ai vus, dit Paul, maintenant c'est le capitaine que je cherche.
– Il n'est pas là.
– Mais je dois le voir, insista Paul, c'est convenu entre nous.
– Puisqu'il n'est pas là, conclut le marin en se retournant vers son ouvrage.
Il se remit au badigeon d'un croisillon. Paul vérifia en soupirant que perso
– Il n'y a perso
L'autre ne répondit pas. Le goéland achevait son tour de rade sur la flèche d'une grue bleue, chargeant de la bauxite sur un bâtiment balte en partance pour le lac Ladoga, parmi les cris et mugissements des sirènes et des mouettes. Eh, rappela Paul, je vous parle. Sans se retourner, le peintre soupira puis il cria un nom, brutalement. Paul ne saisit pas bien ce nom, plutôt poussé à la manière d'un juron bref sanctio
– Je cherche le capitaine, cria Paul, c'est vous?
Le sujet bleu leva les yeux de ses papiers, comme pour réfléchir à sa lecture, à cette question, faisant progressivement le point sur l'homme qui la posait.
– De la part de Pons, dit Paul, monsieur Pons. C'est un ami du capitaine. Je suis un ami de monsieur Pons. Vous ne voyez pas?
– Je ne les co
– Un chargement, dit Paul en s'aidant de gestes, et puis moi. Je pars avec le chargement.
– C'est qu'on ne prend pas de passagers, frisso
– C'est prévu, répéta Paul, c'est convenu.
L'autre agita ses papiers jaunes.
– Si c'est prévu, c'est marqué. Si vous le dites, c'est peut-être marqué. (Il les consulta.) Pas là-dessus, il faudrait plutôt voir en haut. Montez, montez toujours, on va voir là-haut.
Paul franchit la passerelle puis l'autre toucha sa casquette: lieutenant Garlo
– C'est marqué, vous avez raison. Entrez. Tellement rare qu'on pre
– Je le conçois, dit Paul.
– Question passagers, on ne peut légalement pas dépasser douze, de toute façon. Passé douze on devient paquebot, ce qui change tout, vous le concevez également. Elle est où, votre marchandise?
Paul rappela le numéro du dock attribué au cargo pour son fret; sa marchandise se trouvait entreposée là déjà, avec le reste. Mais justement, c'est que c'est particulier, dit-il, c'est un peu spécial. Je verrai, dit le second, avec le capitaine. Le spécial est de son ressort. Autre chose, il conviendrait de payer d'avance: toujours utilisé par ses armateurs pour le transport vers l'occident du caoutchouc, accessoirement de l'huile de palme et de l'étain, le Boustrophédon devait chaque fois trouver une cargaison dans son retour orienté, pour éviter le manque à gagner d'un voyage à vide. Mais rude était la concurrence, aléatoire le marché, on avait vu se défaire des arrangements sûrs, des contrats n'être pas honorés – autant s'engager dès maintenant. Du liquide serait préférable, prévint Garlo
– Bon, dit Paul, je vais passer à la banque, je reviens dans l'après-midi. Il sera là, le capitaine?
– On le voit rarement avant le départ. On appareille demain matin, de toute façon, dès que Lopez a fini de peindre. On a pris du retard, on ne peut pas traîner. Une toute petite escale, n'est-ce pas, les types protestent comme vous pouvez imaginer.
Il semblait animé par la nouveauté de Paul, heureux prétexte à une conversation qu'il était moins facile, peut-être, d'entretenir avec Lopez. Il lui fit visiter le poste de commandement, présentant les accessoires d'aide à la navigation: la précision de l'autopilote, la portée de la sonde à écho. Il se déplaçait à petits pas, d'un appareil à l'autre, dans l'uniforme sur mesures qu'il portait avec une netteté de steward. Ensuite ils descendirent les étages du château arrière, longèrent la rambarde vers la proue. Comme on avait retiré les bordages sur toute la surface du pont, les cales vidées de leur caoutchouc béaient à ciel ouvert. Seules une demi-douzaine de lourdes bicyclettes chinoises se trouvaient là, formant buisson, laquées de noir et de fils d'or comme les vieilles machines à écrire et à coudre; leur destinataire, indiqua Garlo
Paul suivit le second jusqu'au gaillard d'avant où se trouvaient sa cabine ainsi que la chambrée de l'équipage, symétriques à l'appartement du capitaine situé à la base du château. Garlo
– Vous êtes à quel hôtel? fit cet autre homme quitté, ce frère fantôme. Qu'on puisse vous prévenir, selon.
A peine étourdi par le vin cuit, par le balancement du cargo hoquetant au bout de ses amarres, Paul se retrouva sur le quai, toujours désert à l'exception d'une petite silhouette sombre assise tout au fond. Des chocs d'objets lourds, déplacés à grand-peine, montaient profondément du ventre des navires; sur les ponts, des interjections calmes tressées de bruits métalliques, de sacs traînés et de câbles tendus, so
Lorsqu'il revint l'après-midi avec l'argent, l'homme errant était assis au même endroit, sur une caisse légèrement différente, considérant de loin les opérations de chargement. Nulle raison qu'ils s'identifient. Lopez repeignait à présent l'étage supérieur du château. Usant rétrovisuellement de sa peinture fraîche, il ne se tourna pas quand Paul monta à bord sous le ballet aérien des mâts de charge. D'après les directives du second, trois hommes d'équipage réceptio
– On n'aura pas fini avant ce soir tard, dit Garlo
Au beau milieu du fond de cale, bientôt couvertes par d'autres caisses, Paul aperçut celles qu'il avait convoyées. Elles ne passaient ni plus ni moins inaperçues que les autres, ce dont il s'inquiéta. C'est arrangé, dit le second, le capitaine a vu avec Bloch. Il s'en tint là, trop pris par sa tâche. Des trois hommes occupés en dessous d'eux à se passer les contenants, deux regardèrent Paul une ou deux fois: un Africain qui avait l'air de souffrir de la hanche, ainsi qu'un jeune et bel indifférent brun. Le troisième dénommé Sapir tenait lieu de contremaître, d'intermédiaire entre Garlo