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Les incidents avec les chiens se multipliaient. Un autre jour par exemple, entre deux prismes transparents de glace coupante, on tomba sur un corps de pachyderme qui reposait là depuis va savoir quand. A demi enfoui, le cadavre était praliné de glace, mieux conservé par la banquise qu'un pharaon sous pyramide: le froid embaume aussi radicalement qu'il tue. Malgré les exclamations, jurons et claquements de fouet des deux guides, les chiens fondirent avec enthousiasme sur le mastodonte et ce qui suivit ne fut que craquements haletants, gluants et répugnants de mâchoires affairées. Ensuite, une fois les bêtes gavées, n'ayant fait qu'une bouchée de la partie émergée de l'animal sans même attendre qu'elle décongèle, on dut attendre la fin de leur sieste pour se remettre en chemin. On commençait à en avoir un peu marre, de ces chiens. Ce serait le dernier jour qu'on recourrait à leurs services. On continua d'avancer, dans la lumière perpétuelle toujours plus obscurcie par les nuées de moustiques.

Rappelons qu'ici rien ne sépare les jours en cette saison, le soleil ne se couche plus. Il faut consulter sa montre pour savoir quand il est temps de se reposer, de se bander les yeux pour dormir après qu'avec une aile de mouette on a balayé le sol de la tente. Quant aux moustiques, leurs larves étant arrivées à maturité dans les flaques i

On avançait toujours sur cette piste à peine perceptible que balisaient, tous les deux ou trois kilomètres, des cairns régulièrement dressés. Simples tumulus de pierres entassées par les premiers explorateurs de la région pour marquer leur passage, les cairns avaient d'abord servi de points de repère mais ils pouvaient aussi parfois contenir des objets témoignant de l'activité passée dans la région: vieux outils, restes alimentaires calcifiés, armes hors d'usage et même, parfois, des documents ou des ossements. Ainsi, une fois, un crâne dans les orbites duquel poussaient des brins de sphaigne.

On allait donc ainsi, de cairn en cairn, en visibilité réduite car les moustiques n'étaient pas seuls à obscurcir l'enviro

L'affaire du pachyderme avait eu raison de la patience des guides. Dès la première station après Port Radium, chez un loueur de skidoos, on troqua tous les chiens contre trois de ces véhicules auxquels on attela des remorques légères. On poursuivit montés sur eux qui, dérisoires dans le silence arctique, émettaient de brèves pétarades de Vélosolex. Laissant derrière soi, sur la glace poussiéreuse, nombre de taches d'huile et de traînées graisseuses, on continua de sinuer entre les blocs, dessinant parfois de longues boucles pour contourner les barrières gelées sans croiser le moindre arbre ni le plus humble brin d'herbe, jamais. C'est que les choses ont pas mal changé, dans ce coin, depuis cinquante millions d'a

On se nourrissait toujours des mêmes rations individuelles équilibrées, étudiées pour ce genre d'entreprise. Mais, afin d'améliorer l'ordinaire, une fois l'on ramassa quelques angmagssaets en vue d'une friture. Après la chute en mer d'un gros bloc de glacier, une haute vague avait projeté sur une rive ces petits poissons d'un format de sardine; avant toute chose on dut chasser les mouettes qui, menaçant de plonger en piqué, tournoyaient sourdement au-dessus des angmagssaets. Une autre fois, Napaseekadlak harpo

Plus on allait vers le nord et plus il faisait froid, normal. Des glaçons s'étaient agglomérés à demeure sur tous les poils du visage de Ferrer: cheveux et cils, barbe et sourcils, orée des narines. Lui et ses guides avançaient derrière leurs lunettes noires en longeant des cratères, des cirques provoqués par des météorites dont les locaux, dans le temps, extrayaient le fer pour se forger des armes. Une fois ils aperçurent un deuxième ours au loin, tout seul sur la banquise, montant la garde auprès d'un trou d'aération de phoques. Trop absorbé par son guet, l'ours blanc les ignora mais Angoutretok, à toutes fins utiles, fit co