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La jeune fille et Sonia échangèrent des nouvelles de Bruno, dont Ferrer crut comprendre qu'âgé d'un an trois quarts il dormait au niveau supérieur: l'appareil récepteur rosé vif dénommé Babyphone consistait à recueillir et transmettre ses pleurs éventuels. Puis la baby-sitter mit un temps fou à ranger ses documents, jeter ses pots de yaourt dans le vide-ordures et débrancher le Babyphone avant de partir enfin et qu'on pût se jeter l'un sur l'autre et se déplacer comme en dansant maladroitement de guingois, tels deux crabes enlacés, vers la chambre de Sonia, puis qu'un soutien-gorge noir dégrafé se déposât en douceur sur le tapis de cette chambre comme une paire de lunettes de soleil géantes.
Or, au bout d'un moment, rétabli sous tension sur la table de chevet, le Babyphone commença d'émettre une suite aiguë de soupirs et de gémissements, d'abord légers et contrapuntiques avec ceux de Sonia plus ou moins sopranistes, mais qui bientôt les couvrirent pour faire place à un crescendo de plaintes, cris et pleurs stridents. Aussitôt l'on se désenchevêtra, sans méthode mais non sans mauvaise conscience, avant que Sonia grimpât à l'étage tranquilliser le jeune Bruno.
Resté seul et tenté de s'endormir, Ferrer jugea pratique et discret de réduire avant tout le niveau sonore du Babyphone. Mais il co
Une qui lui téléphonerait dès le lendemain, par contre, c'est Martine Delahaye, la veuve de son assistant, que Ferrer avait rencontrée à l'église d'Alésia le jour des obsèques. Il lui avait bien semblé que malgré son deuil elle n'avait pas l'air de le trouver inintéressant, mais il pensait n'être à l'époque qu'une épaule éventuelle pour pleurer. Or voici qu'elle appelle en fin d'après-midi, sous un prétexte comme un autre, une histoire de papiers de Sécurité sociale que Delahaye aurait peut-être pu laisser à la galerie, pas moyen de mettre la main dessus, et est-ce que par hasard. Hélas je crois bien que non, dit Ferrer, il ne laissait jamais rien de perso
Ça va être compliqué, ment Ferrer qui ne veut surtout pas imaginer la moindre histoire avec la veuve Delahaye, je reviens juste de voyage et je dois repartir très vite, là, je ne vais pas trop avoir le temps. Dommage, tant pis, dit Martine Delahaye. Alors vous étiez parti loin? Et Ferrer, pour à ses propres yeux se faire pardo
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Pendant toute la période qui nous occupe, Baumgartner n'avait donc vécu que dans de confortables auberges, résidences et autres hôtelleries copieusement étoilées dans les guides. En juillet, par exemple, il avait passé quarante-huit heures à l'hôtel Albizzia où il était descendu en fin d'après-midi. Quatre cent vingt francs petit déjeuner compris, la chambre n'était pas trop mal à première vue: un peu grande mais heureusement proportio
Si les étourneaux assourdissants, ayant installé leurs nids sous les tuiles de l'Albizzia, dans un trou de muraille ou d'eucalyptus, s'exprimaient comme toujours par sifflements, grincements, cliquetis et parodies de confrères, ils semblaient avoir également enrichi leurs chants: s'adaptant à l'enviro
Puis c'est avec un journal qu'il était descendu prendre, assez tôt le lendemain matin, son petit déjeuner dans la salle de restaurant vide. Il n'y avait encore perso
Mais par exemple à présent, quelques semaines plus tard, Baumgartner est descendu dans un autre hôtel plus au nord, la résidence des Meulières du côté d'Anglet. Ici point de jardin mais une cour pavée plantée d'antiques platanes entre lesquels frétille une petite fontaine, ou plutôt un gros jet d'eau qui se dandine sur lui-même en produisant un bruit mousseux irrégulier. La plupart du temps, ce bruit semble vouloir contrefaire des salves modérées de battements de mains, éparses, peu enthousiastes ou de pure complaisance. Mais il arrive aussi qu'il entre en synchronie avec lui-même et produise alors quelques instants cette scansion d'applaudissements réguliers, un peu ridicules et binaires – une autre, une autre – qui se déchaîne quand le public exige le retour de l'artiste sur scène.
Comme chaque jour Baumgartner appelle son épouse, mais cette fois l'entretien téléphonique dure plus longtemps que d'habitude. Baumgartner pose pas mal de questions, note les réponses dans les marges de son journal puis coupe la ligne. Réfléchit. Rétablit la ligne et compose le numéro du Flétan. Le Flétan décroche aussitôt. Bon, lui dit Baumgartner, je crois qu'on va pouvoir s'y mettre. Tu vas d'abord nous louer un petit fourgon frigorifique, pas un camion, hein, juste une camio