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Les premiers jours, Ferrer prit ses repas seul dans sa chambre et ne put tenter de communiquer qu'avec le gérant. Mais la conversation du gérant, même une fois qu'il sembla rassuré, ce n'était pas trop ça. Et puis ne s'exprimer que par gestes est lassant. Pendant ses brèves sorties, les locaux qu'il pouvait croiser lui souriaient toujours, Ferrer souriait en retour mais on en restait là. Puis l'avant-veille de son départ, comme il tâchait de jeter un coup d'œil par sa fenêtre jaunâtre sur l'intérieur d'une maison, il aperçut une jeune fille en arrière-plan qui lui souriait comme les autres. Comme avec les autres il lui rendit son sourire mais, cette fois, les parents de la fille s'en mêlèrent. Joviaux, n'ayant rien d'autre à faire apparemment, ils l'invitèrent à entrer boire un verre: pour rafraîchir le whisky, on envoya la fille briser un peu de glace sur l'iceberg le plus proche puis l'on but sec en mauvais anglais, bientôt on le retenait à dîner, mousse de phoque et steaks de petite baleine. Mais d'abord on lui fit visiter la maison: bien isolée, téléphone et télévision, gros poêle et cuisine moderne, mobilier de bois blanc bon marché de genre nordique mais qu'on trouve jusqu'en banlieue parisie
Ferrer fraternisa donc avec toute la famille Aputiarjuk. A table, il eut un peu de mal à comprendre la profession du père avant de comprendre que celui-ci n'en avait pas. Bénéficiaire d'allocations, il préférait chasser le phoque au grand air plutôt que suer dans un petit bureau, dans une grande usine ou sur un gros bateau. La pêche elle-même, aux yeux de cet homme, n'était qu'un affreux gagne-pain: rien de tel que la chasse au phoque, seul véritable sport qui do
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Après sa visite au Flétan, l'autre jour, c'est donc sur un strapontin de métro que Baumgartner a gagné sa nouvelle adresse, puis une bo
Or on n'imagine pas comme ça peut être joli vu de l'intérieur, le XVIe arrondissement. On aurait tendance à penser que c'est aussi triste que ça en a l'air, on a tort. Conçus comme des remparts ou des masques, ces austères boulevards et ces rues mortifères n'ont de sinistre que l'apparence: ils dissimulent des domiciles éto
Au dernier étage d'une de ces trois villas, Baumgartner loue très cher un très grand studio. L'escalier qui y accède est d'un vert très foncé, presque noir. Quant au studio lui-même, ses murs sont en marbre brun, la cheminée en marbre veiné de blanc et des spots sont incrustés dans le plafond. Longs rayo
Depuis quelques jours qu'il vit là, Baumgartner est sorti le moins possible. Il fait très peu de courses et se fait livrer sa nourriture par Minitel. Retiré du monde, on dirait qu'il attend son heure. Il ne fait presque rien de la journée. Il do
L'appareil sans fil lui permet, tout en parlant, de se déplacer dans le studio. Oui, dit-il en passant du Bechstein à la fenêtre, enfin, tu sais ce que c'est quand on est seul. Surtout des surgelés, précise-t-il en manipulant la télécommande de la télévision, coupant le son et faisant défiler les programmes: séries, documentaires, jeux. Non, dit-il, les vitamines, c'est vrai, j'ai oublié. De toute façon, nuance-t-il sans achever sa phrase et coupant à présent l'image pour regarder par la fenêtre: nuages, volubilis, pies.
Bon, mais je n'ai pas remarqué de pharmacie dans le coin, de toute façon, reprend-il en revenant vers le Bechstein, s'asseyant devant et réglant le tabouret à sa hauteur. Enfonçant la pédale de sourdine, il plante sur le clavier le seul accord de tierce qu'il co
Mais je ne sais pas, moi, s'écrie soudain Baumgartner, tu peux lui faire du charme ou quelque chose. Arrête, bien sûr, évidemment que tu sais, sourit-il en se massant les ailes du nez. Mais je crois qu'il vaudrait mieux que moi, je m'éloigne un peu, je ne veux pas prendre le risque de rencontrer quelqu'un. Je garde le studio mais je vais passer quelques jours en province. Bien sûr que je te dirai. Non, je vais partir ce soir, j'aime autant rouler de nuit. Naturellement. Bien sûr que non. Oui, je t'embrasse, moi aussi. Il coupe la ligne, la rétablit puis il compose le numéro, co
Et chez le Flétan, où la lumière est comme toujours très faible, la silhouette du grand type vêtu de sombre que Baumgartner a croisé l'autre jour dans l'escalier est en train de bricoler on ne sait trop quoi sur un miroir de poche à l'aide d'une lame Gillette près du radio-cassettes, on n'y voit rien. Le grand type sombre sourit d'un air dur tout en bricolant.
Quoi, dit le Flétan, qu'est-ce qu'elle a, ma voix? Mais non, je n'ai rien pris, c'est juste que je dormais, c'est tout, je ne suis jamais trop frais quand on me réveille. Pas vous? (Le grand type obscur feint en silence de s'esclaffer disproportio