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Le caractère de mes traits lui plut extraordinairement, car il attache une importance extrême à la forme extérieure, tant et si bien qu’il devint amoureux de moi, malgré mes habits d’homme et la formidable rapière que je porte au côté. – J’avoue que je lui sus bon gré de la finesse de son instinct, et que j’eus pour lui quelque estime de m’avoir distinguée sous ces trompeuses apparences. – Dans le commencement, il se crut pourvu d’un goût beaucoup plus dépravé qu’il ne l’était en effet, et je riais intérieurement de le voir se tourmenter ainsi. – Il avait quelquefois, en m’abordant, des mines effarouchées qui me divertissaient on ne peut plus, et le penchant bien naturel qui l’entraînait vers moi lui paraissait une impulsion diabolique à laquelle on n’eût trop su résister.

En ces occasions, il se rejetait sur Rosette avec furie, et s’efforçait de reprendre des habitudes d’amour plus orthodoxes; puis il revenait à moi comme de raison plus enflammé qu’auparavant. Puis cette lumineuse idée que je pouvais bien être une femme se glissa dans son esprit. Pour s’en convaincre, il se mit à m’observer et à m’étudier avec l’attention la plus minutieuse; il doit co

– merveilleuse découverte!

Il ne restait plus qu’à m’attendrir et à se faire octroyer le don d’amoureuse merci, – pour constater tout à fait de mon sexe. – Une comédie que nous jouâmes et dans laquelle je parus en femme le décida complètement. Je lui fis quelques œillades équivoques, et je me servis de quelques passages de mon rôle, analogues à notre situation, pour l’enhardir et le pousser à se déclarer – Car, si je ne l’aimais pas avec passion, il me plaisait assez pour ne point le laisser sécher d’amour sur pied; et comme depuis ma transformation il avait le premier soupço

Il vint plusieurs fois dans ma chambre avec sa déclaration sur les lèvres, mais il n’osa pas la débiter; – car, effectivement, il est difficile de parler d’amour à quelqu’un qui a les mêmes habits que vous et qui essaye des bottes à l’écuyère. Enfin, ne pouvant prendre cela sur lui, il m’écrivit une longue lettre, très pindarique, où il m’expliquait fort au long ce que je savais mieux que lui.

Je ne sais trop ce que je dois faire. – Admettre sa requête ou la rejeter, – ce serait immodérément vertueux; – d’ailleurs, il aurait un trop grand chagrin de se voir refuser: si nous rendons malheureux les gens qui nous aiment, que ferons-nous donc à ceux qui nous haïssent? – Peut-être serait-il plus strictement convenable de faire la cruelle quelque temps et d’attendre au moins un mois avant de dégrafer la peau de tigresse pour se mettre humainement en chemise. – Mais, puisque je suis résolue à lui céder, autant vaut tout de suite que plus tard; – je ne conçois pas trop ces belles résistances mathématiquement graduées qui abando

Je n’aime pas d’Albert, du moins dans le sens que je do

Et puis, s’il faut que je te le dise, je suis possédée des plus violents désirs, – je languis et je meurs de volupté; – car l’habit que je porte, en m’engageant dans toute sorte d’aventures avec les femmes, me protège trop parfaitement contre les entreprises des hommes; une idée de plaisir qui ne se réalise jamais flotte vaguement dans ma tête, et ce rêve plat et sans couleur me fatigue et m’e

C’est donc d’Albert qui résoudra mes doutes et me do

«Ô très élégiaque et très perspicace jeune homme! je suis bien véritablement une jeune et pudique beauté, qui vous adore par-dessus le marché, et qui ne demande qu’à vous faire plaisir et à elle aussi. – Voyez si cela vous convient, et, s’il vous reste encore quelque scrupule, touchez ceci, allez en paix, et péchez le plus que vous pourrez.»

Ce beau discours achevé, je me laisserai tomber à demi pâmée dans ses bras, et, tout en poussant de mélancoliques soupirs, je ferai sauter adroitement l’agrafe de ma robe de façon à me trouver dans le costume de rigueur, c’est-à-dire à moitié nue. – D’Albert fera le reste, et j’espère que, le lendemain matin, je saurai à quoi m’en tenir sur toutes ces belles choses qui me troublent la cervelle depuis si longtemps. – En contentant ma curiosité, j’aurai de plus le plaisir d’avoir fait un heureux.