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Enfin il me porta une botte si vive et si à fond que je ne pus la parer qu’à demi; ma manche fut traversée, et je sentis le froid du fer sur mon bras; mais je ne fus pas blessée. À cette vue, la colère me prit, et, au lieu de me défendre, j’attaquai à mon tour; – je ne songeai plus que c’était le frère de Rosette, et je fondis sur lui comme si c’eût été mon e

Je le crus mort, mais il n’était réellement que blessé, et sa chute provenait d’un faux pas qu’il avait fait en essayant de rompre. – Je ne puis t’exprimer, Graciosa, la sensation que j’éprouvai; certes, ce n’est pas une réflexion difficile à faire qu’en frappant de la chair avec une pointe fine et tranchante on y percera un trou, et qu’il en jaillira du sang. Cependant je tombai dans une stupeur profonde en voyant ruisseler des filets rouges sur le pourpoint d’Alcibiade. – Je n’imaginais pas sans doute qu’il en sortirait du son, comme du ventre crevé d’un poupard; mais je sais que jamais de ma vie je n’éprouvai une aussi grande surprise, et il me sembla qu’il venait de m’arriver quelque chose d’inouï.

Ce qui était inouï, ce n’était pas, ainsi qu’il me paraissait, que du sang coulât d’une blessure, mais c’était que cette blessure eût été ouverte par moi, et qu’une jeune fille de mon âge (j’allais écrire un jeune homme, tant je suis bien entrée dans l’esprit de mon rôle) eût jeté sur le carreau un capitaine vigoureux, rompu à l’escrime comme l’était le seigneur Alcibiade: – le tout pour crime de séduction et refus de mariage avec une femme fort riche et fort charmante, qui plus est!

J’étais véritablement dans un embarras cruel avec la sœur évanouie, le frère que je croyais mort, et moi-même qui n’étais pas très loin d’être évanouie ou morte, comme l’un ou comme l’autre. – Je me pendis au cordon de la so

Je montai sur ma bête, et je traversai le parc par un sentier que je co

Mais réellement je n’avais aucune idée, ni celle-là ni une autre; une stupeur de plomb, si forte que j’en avais à peine la conscience, me pesait sur la cervelle, comme un casque trop étroit; seulement il me semblait bien que j’avais tué quelqu’un par là et que c’était pour cela que je m’en allais. – J’avais, au reste, horriblement envie de dormir, soit à cause de l’heure avancée, soit que la violence des émotions de cette soirée eût une réaction physique et m’eût fatiguée corporellement.

J’arrivai à une petite poterne qui s’ouvrait sur les champs par un secret que Rosette m’avait montré dans nos promenades. Je descendis de cheval, je touchai le bouton et je poussai la porte: je me remis en selle après avoir fait passer mon cheval, et je lui fis prendre le galop jusqu’à ce que j’eusse rejoint la grand-route de C***, où j’arrivai à la petite pointe du jour.

Ceci est l’histoire très fidèle et très circonstanciée de ma première bo

Chapitre 15

Il était cinq heures du matin lorsque j’entrai dans la ville. – Les maisons commençaient à mettre le nez aux fenêtres; les braves indigènes montraient derrière leur carreau leur bénigne figure, surmontée d’un pyramidal bo

J’étais fort inquiète de la blessure d’Alcibiade; mais, quelques jours après, je fus complètement rassurée, car j’appris qu’elle n’avait pas eu de suites dangereuses, et qu’il était en pleine convalescence. Cela me soulagea d’un poids singulier, car cette idée d’avoir tué un homme me tourmentait étrangement, quoique ce fût en légitime défense et contre ma propre volonté. Je n’étais pas encore arrivée à cette sublime indifférence pour la vie des hommes où je suis parvenue depuis.

Je retrouvai à C*** plusieurs des jeunes gens avec qui nous avions fait route: – cela me fit plaisir; je me liai avec eux plus intimement, et ils me do

J’eus bientôt une colossale renommée de bravoure, et il ne fallait rien moins que cela pour arrêter les plaisanteries qu’eussent immanquablement fait naître ma figure imberbe et mon air efféminé. Mais trois ou quatre bouto