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Tout le temps que je demeurai au château, je fus, à cause de cette ressemblance, réelle ou imaginaire, traitée par la bo
Je ne te conterai pas en détail et jour par jour ce que j’ai fait à R***. Si je me suis un peu étendue sur tout ce commencement, et si je t’ai esquissé avec quelque soin ces deux ou trois physionomies, soit de perso
Ma légèreté naturelle me fit faire une imprudence dont je me repens cruellement, car elle a porté dans une bo
Pour avoir parfaitement l’air d’un homme et me divertir un peu, je ne trouvai rien de mieux que de faire la cour à la sœur de mon ami. – Cela me paraissait très drôle de me précipiter à quatre pattes lorsqu’elle laissait tomber son gant et de le lui rendre en faisant des révérences prosternées, de me pencher au dos de son fauteuil avec un petit air adorablement langoureux, et de lui couler dans le tuyau de l’oreille mille et un madrigaux on ne saurait plus charmants. Dès qu’elle voulait passer d’une chambre à une autre, je lui présentais gracieusement la main; si elle montait à cheval, je lui tenais l’étrier, et, à la promenade, je marchais toujours à côté d’elle; le soir, je lui faisais la lecture et je chantais avec elle; – bref, je m’acquittais avec une scrupuleuse exactitude de tous les devoirs d’un cavalier servant.
Je faisais toutes les mines que j’avais vu faire aux amoureux, ce qui m’amusait et me faisait rire comme une vraie folle que je suis, lorsque je me trouvais seule dans ma chambre et que je réfléchissais à toutes les impertinences que je venais de débiter du ton le plus sérieux du monde.
Alcibiade et la vieille marquise paraissaient voir cette intimité avec plaisir et nous laissaient fort souvent tête à tête. Je regrettais quelquefois de n’être pas véritablement un homme pour en mieux profiter; si je l’avais été, il n’aurait tenu qu’à moi, car notre charmante veuve semblait avoir parfaitement oublié le défunt, ou, si elle s’en souvenait, elle eût été volontiers infidèle à sa mémoire.
Ayant commencé sur ce ton, je ne pouvais guère ho
Mais, en me jouant, j’avais éveillé une passion sérieuse et les choses tournèrent autrement: – ce qui vous retrace une vérité très co
Avant de m’avoir vue, Rosette ne co
Mais, à mon arrivée, tout cela changea bien. – Je crus d’abord que, si je me fusse tenue avec elle entre les bornes étroites d’une froide et exacte politesse, elle n’aurait pas fait autrement attention à moi; mais, en vérité, je fus obligée de reco
Hélas! rien ne peut détourner l’ascendant fatal, et nul ne saurait éviter l’influence bienfaisante ou maligne de son étoile.
La destinée de Rosette était de n’aimer qu’une fois dans sa vie et d’un amour impossible; il faut qu’elle la remplisse, et elle la remplira.
J’ai été aimée, ô Graciosa! et c’est une douce chose, quoique je ne l’aie été que par une femme, et que, dans un amour ainsi détourné, il y eût quelque chose de pénible qui ne se doit pas trouver dans l’autre; – oh! une bien douce chose! – Quand on s’éveille la nuit et qu’on se relève sur son coude, se dire: – Quelqu’un pense ou rêve à moi; on s’occupe de ma vie; un mouvement de mes yeux ou de ma bouche fait la joie ou la tristesse d’une autre créature; une parole que j’ai laissée tomber au hasard est recueillie avec soin, commentée et retournée des heures entières; je suis le pôle où se dirige un aimant inquiet; ma prunelle est un ciel, ma bouche est un paradis plus souhaité que le véritable; je mourrais, une pluie tiède de larmes réchaufferait ma cendre, mon tombeau serait plus fleuri qu’une corbeille de noce; si j’étais en danger, quelqu’un se jetterait entre la pointe de l’épée et ma poitrine; on se sacrifierait pour moi! – c’est beau; et je ne sais pas ce que l’on peut souhaiter de plus au monde.
Cette pensée me faisait un plaisir que je me reprochais, car pour tout cela je n’avais rien à do
Beaucoup d’hommes sont plus femmes que moi. – Je n’ai guère d’une femme que la gorge, quelques lignes plus rondes, et des mains plus délicates; la jupe est sur mes hanches et non dans mon esprit. Il arrive souvent que le sexe de l’âme ne soit point pareil à celui du corps, et c’est une contradiction qui ne peut manquer de produire beaucoup de désordre. – Moi, par exemple, si je n’avais pas pris cette résolution, folle en apparence, mais très sage au fond, de renoncer aux habits d’un sexe qui n’est le mien que matériellement et par hasard, j’eusse été fort malheureuse: j’aime les chevaux, l’escrime, tous les exercices violents, je me plais à grimper et à courir çà et là comme un jeune garçon; il m’e