Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 49 из 94

Hélas! la terre tourne autour du soleil, rôtie d’un côté et gelée de l’autre. Il y a une bataille où six cent mille hommes se déchiquettent; il fait le plus beau temps du monde; les fleurs sont d’une coquetterie sans pareille, et elles ouvrent effrontément leur gorge luxuriante jusque sous le pied des chevaux. Aujourd’hui il s’est commis un nombre fabuleux de bo

Je me sens aussi parfaitement seul que possible, et tous les fils qui allaient de moi aux choses et des choses à moi se sont rompus un à un. Il y a peu d’exemples d’un homme qui, ayant conservé l’intelligence des mouvements qui se font en lui, soit parvenu à un degré d’abrutissement pareil. Je ressemble à ces flacons de liqueurs qu’on a laissés débouchés et dont l’esprit s’est évaporé complètement. Le breuvage a la même apparence et la même couleur; goûtez-le, vous n’y trouverez que l’insipidité de l’eau.

Quand j’y songe, je suis effrayé de la rapidité de cette décomposition; si cela continue, il faudra que je me sale, ou je pourrirai inévitablement, et les vers se mettront après moi, puisque je n’ai plus d’âme, et que cela seul fait la différence du corps au cadavre. – Il y a un an, pas plus, j’avais encore quelque chose d’humain; – je m’agitais, je cherchais. J’avais une pensée caressée entre toutes, une espèce de but, un idéal; je voulais être aimé, je faisais les rêves que l’on fait à cet âge, – moins vaporeux, moins chastes, il est vrai, que ceux des jeunes gens ordinaires, mais contenus cependant en de justes bornes. Peu à peu ce qu’il y avait d’incorporel s’est dégagé et s’est dissipé, et il n’est resté au fond de moi qu’une épaisse couche de grossier limon. Le rêve est devenu un cauchemar, et la chimère un succube; – le monde de l’âme a fermé ses portes d’ivoire devant moi: je ne comprends plus que ce que je touche avec les mains; j’ai des songes de pierre; tout se condense et se durcit autour de moi, rien ne flotte, rien ne vacille, il n’y a pas d’air ni de souffle; la matière me presse, m’envahit et m’écrase; je suis comme un pèlerin qui se serait endormi un jour d’été les pieds dans l’eau et qui se réveillerait en hiver les jambes prises et emboîtées dans la glace. Je ne souhaite plus ni l’amour ni l’amitié de perso

Voici comme je me représente le bonheur suprême: – c’est un grand bâtiment carré sans fenêtre au dehors: une grande cour entourée d’une colo

Je ne me figure pas le paradis autrement; et, si Dieu veut bien que j’y aille après ma mort, il me fera bâtir dans le coin de quelque étoile un petit kiosque sur ce plan-là. – Le paradis tel qu’on le dit être me parait beaucoup trop musical, et je confesse en toute humilité que je suis parfaitement incapable de supporter une sonate qui durerait seulement dix mille ans.

– Tu vois quel est mon Eldorado, ma Terre promise: c’est un rêve comme un autre; mais il a cela de spécial, que je n’y introduis jamais aucune figure co

Tu vois bien qu’avec des idées semblables je ne puis rester ni dans ce temps ni dans ce monde-ci; car on ne peut subsister ainsi à côté du temps et de l’espace. Il faut que je trouve autre chose.

En pensant ainsi, il est simple et logique que l’on aboutisse à une pareille conclusion. – Comme on ne cherche que la satisfaction de l’œil, le poli de la forme et la pureté du linéament, on les accepte partout où on les rencontre. C’est ce qui explique les singulières aberrations de l’amour antique.

Depuis le Christ on n’a plus fait une seule statue d’homme où la beauté adolescente fût idéalisée et rendue avec ce soin qui caractérise les anciens sculpteurs. – La femme est devenue le symbole de la beauté morale et physique: l’homme est réellement déchu du jour où le petit enfant est né à Bethléem. La femme est la reine de la création; les étoiles se joignent en couro