Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 23 из 24

– "… Et toi François, et toi Sophie, as-tu réussi ton pari?"

Elles bougent, dansent autour du volant, tandis que la voiture tangue vers bâbord et tribord. Tenant son volant d’une main, la conductrice ôte encore sa veste et accélère soudain, les bras mi-nus, tandis que Lionel se crispe à l’arrière. Il scrute la route à chaque tournant, les phares d’une voiture qui va leur rentrer dedans. Cette fille est dingue. Il n’ose demander de ralentir. Elle en profiterait pour appuyer plus fort sur le champignon. Cent cinquante, cent soixante… Un instant, Lionel songe à descendre là, en pleine route, au milieu de cette forêt, à continuer en auto-stop. Il n’a pas le courage.

"T’as raté ta vie, t’as raté ta vie…" chante la voix.

Sur l’autoroute, le compteur monte à cent quatre-vingts mais Lionel se sent en sécurité. Penché vers le siège avant, il hurle quelques questions aux demoiselles concernant leur vie, leur travail. Elles sont "conseil financier dans un cabinet de communication". Il tente d’en savoir plus. Que conseillent-elles? Elles tapent des textes sur des machines, classent des papiers, répondent au téléphone. L’auto accélère dans la nuit en direction de Paris-Notre-Dame.

Les filles veulent encore écouter Patrick Bruel. Elles disent que c’est génial, qu’il les rend folles. Elles discutent à nouveau entre elles, grillent d’autres cigarettes. La pilote demande à sa copilote de revenir en arrière sur la cassette, non, pas celui-ci, un peu plus loin, remonter en avant, oui, c’est ça, c’est bon, Patrick! Lorsque les coups de volant se font trop dangereux, la copilote s’inquiète un peu, mais elles sont tellement ivres qu'elles préfèrent chanter à tue-tête: "T’as raté ta vie… As-tu réussi ton pari?"

La conductrice a décidément trop chaud. Tout en conduisant, elle ouvre largement son corsage sur un soutien-gorge de dentelle blanche.

– Ouf, ça va mieux! respire-t-elle.

Elle encourage sa copine:

– Fais comme moi, si tu as trop chaud!

Obéissante, l’autre dégrafe sa robe, tandis que Patrick Bruel ento

On approche de Paris. La circulation devient plus dense. Un petit bouchon se forme au péage automatique. Les deux filles fredo

Les filles jettent la mo

Patrick Bruel ento

Plongé dans l’obscurité de la voie rapide, seul dans la nuit où les phares avancent, perdu dans la soûlographie de cette voiture, il se laisse emporter. Comme au cinéma. Pas de règles, pas de but. Regarder le paysage. Se regarder les uns les autres, agir, trébucher, repartir. Se rappeler d’autres voyages, la tête collée contre le pare-brise d’une voiture ou d’un train. Être un voyageur sur une route, dans la nuit.

– J’ai envie de quelque chose…

Ce désir, soudain formulé par la conductrice, tire Lionel de sa rêverie. La cassette de Patrick Bruel s’est arrêtée. L’auto roule dans la région parisie

– J’ai envie de quelque chose…

A moitié endormie, sa copine entrouvre un oeil:

– Qu’est-ce que tu dis?

– Tu co

– C’est quoi?

– Ça vient d’ouvrir, un peu plus loin, juste après l’échangeur. Tu sais, un drive-in, comme en Amérique: un cinéma en plein-air, pour les bagnoles. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre…

– Ah bon?

– On y va?

Surpris par cet imprévu, Lionel espère que l’autre va refuser. Elle semble épuisée. Il l’encourage mentalement à dire non, à rentrer dormir. Mais la grande, manupulée par la petite, ne tarde pas à céder. La conductrice appuie sur l’accélérateur en criant:

– Youpi! Comme en Amérique…

Lionel n’a pas de choix; patienter encore. Quelques instants plus tard, l’automobile franchit l’échangeur puis sort, par la voie de droite, sur l’aire autoroutière de la Roseraie. Le véhicule ralentit, longe une station-service, un supermarché, des toilettes publiques. Des pa

Trois heures du matin. Une demi-douzaine d’autos suivent le spectacle, sur des emplacements délimités par des traits de peinture blanche. Des corps s’enlacent dans les voitures. Au fond se dresse un écran où défilent les images d’une comédie musicale en noir et blanc; puis – sans transition – une séquence technicolor de Rambo, en pleine bataille dans un enfer moderne… La voiture se gare près d’une borne métallique, couro

"Merci, Michelle Morgan, Jean Gabin, John Travolta, Humphrey Bogart; merci pour ces instants magiques…"

Une autre voiture entre dans le parking et se gare sur l’emplacement voisin. Le présentateur poursuit:

"Quittons un instant Holliwood et sa légende, pour plonger dans l’autre face du Septième art: les gagne-petit, les éternels seconds, les destins ratés qui gravitent dans l'ombre des stars, en attendant leur jour qui n’arrive pas toujours…"

Drôle d’idée, songe Lionel. Il n’attendait pas, sur cette aire d’autoroute, cette évocation des coulisses du cinéma. Le commentateur présente la séquence:

"Découvrons, par exemple, cette figure malheureuse qui s’acharne sans espoir, ce prétendant éconduit, drôle et pitoyable, de la légende cinématographique…"

Un changement d’éclairage a