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Nathalie et Jean-Marc, en tenue de jogging, trottent sur le sentier balisé qui les conduit du parking vers la mer. Ils transpirent, côte а côte, dans leurs survêtements gris. L'hiver dernier, ils ont acheté une part d'appartement dans une station balnéaire voisine (un duplex en multipropriété qui leur appartient quatre semaines par an). Ils aiment courir sur cette lande sauvage et fleurie, où ils accomplissent une série d'exercices sportlrs – extensions, pompes, abdominaux. Arrivés au rivage, ils soufflent devant l'océan puis retournent au parking, boivent une bouteille d'eau minéraie, grimpent dans leur voiture et rentrent déjeuner.

Ils courent sans se parler, respirent la bo

Concentrés sur le rythme de leur respiration, ils suivent les balises récemment implantées sur le sentier. Des pa

Une disco tonique les encourage а l'approche des premières grandes dunes, dont le sol mou et les pentes vives exigent un surcroît d'effort. Le flash de dix heures a

Les carburateurs rugissent par brusques reprises. Juchés sur leurs chars, deux hommes et une femme portent des combinaisons de cuir noir. Ils ont ôté leurs casques et dévisagent les deux tourtereaux. Affolé par ces cavaliers de l'Apocalypse, le jeune ingénieur conseil sent son coeur taper dans sa poitrine. Il a peur des loubards et redoute une agrèssion. Nathalie, plus amusée par ces monstres en pleine lande, tire son mari par la main et offre aux motards un large sourire. Ceux-ci renvoient un geste de salutation. Jean-Marc est rassuré quand l'un des trots pilotes demande d'une voix timide:

– Vous co

Affichant а son tour un sourire confiant, Jean-Marc tend la main:

– C'est par lа. Je crois. Vous roulez jusqu'а la petite ferme, vous passez les prés. Vous continuez, en suivant les cheminées de l'usine. Vous ne pouvez pas vous tromper.

– OK, merci, dit l'autre, inquiet de s'être égaré sur le chemin des joggers où il risque une contravention.

Les deux filles échangent quelques paroles; puis les trois motards, ayant rengainé leurs casques, font tourner les moteurs et foncent dans un tohu-bohu à travers dunes et sentiers. Nathalie et Jean-Marc rajustent leurs walkmans. Ils repre

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– Pourquoi tu refuses de vivre comme tout le monde? Pourquoi t'as pas de voiture, hein? Tu trouves ça normal?

– Ben, heu…

Depuis le début de la conversation, Patrick ne parvenait pas а formuler le moindre argument. Gérard Lambert s'énervait, les yeux hagards. Patrick ne l'avait pas cherché; il se voulait amical, compréhensif et restait effaré par l'individu sur lequel il avait fondé tant d'espoirs: Lambert, le plus jeune agriculteur du village; le dernier de cette contrée délaissée par les plans de sauvetage de la paysa

Âgé de trente-trois ans, Lambert possédait un troupeau de brebis et une fabrique de fromages. Non loin de l'ancie

Venu chez Gérard, sous prétexte d'acheter quelques fromages, il fut saisi d'un doute, en apercevant cette baraque de banlieue entourée d'une aire bitumée où s'entassaient des pneus, des machines rouillées. Les chiens-loups se précipitaient vers la barrière en aboyant, les crocs pleins de bave. Terrorisé, Patrick demeura plusieurs minutes de l'autre côté du grillage; Gérard Lambert sortit de sa maison en bleu de travail, l'aperçut et cria familièrement:

– N'aie pas peur. Us vont pas te bouffer!

Les mains pleines de graisse, le fermier était occupé а réviser un moteur. Sans prêter attention а Patrick, il plongea les mains pour visser, dévisser, nettoyer les bougies, régler les soupapes, puis regarda la machine tourner avec la perfection d'un système bien rodé. Harcelé par les bergers allemands, Patrick avançait timidement pour demander а Gérard trois fromages. Enfin, celui-ci se retourna, considéra avec mépris la queue-de-cheval de son visiteur, puis lança:

– Tu bois un canon?

Ils entrèrent dans la ferme, Gérard nettoya ses mains au white-spirit; il enfila des chaussons et entraîna Patrick dans une salle а manger carrelée où tournait la télé, а côté d'une cheminée en style de temple grec. II sortit une bouteille de vin de table entamée. Patrick se présenta comme un habitué du village. Il prît soin de ne pas évoquer l'extension de l'usine. Mais Gérard, s'emballant dans une vaste réflexion politique, attaquait son interlocuteur comme un e

– Y a trop d'artistes. Des paresseux, payés а ne rien faire. Et c'est toujours le pauvre con qui paye.

– Sans doute, sans doute…

– Oui, je sais, vous êtes contre la peine de mort. Moi, je suis pour, avec torture. Qu'on les fasse souffrir! Qu'on les exécute а la hache, sur les places publiques.

– Mais ça n'empêcherait sans doute pas…

– Tu parles que ça n'empêcherait pas! Le Français est trop gentil. Vous, les artistes, dès qu'on tue un bougnoule, vous en faites une histoire. Mais quand un bougnoule tue un Français, vous vous en foutez. Quand est-ce qu'on arrêtera de se faire marcher sur les pieds? Le Français n'est pas méchant, mais un jour, il va en avoir marre, descendre dans la rue, et boum boum…