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S'éloignant de l'hôtel, Patrick traversa les prairies où paissaient des troupeaux de moutons. Il s'enfonça dans la lande par un sentier, plongea dans la lumière jaune d'un pétit bois de sureau, déboucha dans un champ de trèfles et retrouva bientôt la trace du sentier, fier de s'orienter aisément, quand un touriste ordinaire se serait égare.

Chaque a

Patrick jouait les rôles comiques avec un certain talent, mais un tic absurde entravait – selon lui – l'épanouissement de sa carrière. A intervalles réguliers mais imprévisibles, sa bouche se crispait, il clignait de l'oeil а deux ou trois reprises, puis le symptôme passait. Adolescent, ses parents l'avaient envoyé consulter une psychologue; faute de le guérir, celle-ci l'avait persuadé de suivre sa vocation (elle évoquait le cas d'un acteur célèbre qui maîtrisait ses tics dès qu'il entrait en scène). Malgré un prix de théâtre, obtenu avec félicitations du Jury, la carrière n'avait pas suivi. Patrick vivait а Paris dans une chambre de bo

Une angoisse se noua dans son ventre: il n'avait pas payé sa facture de téléphone. Patrick lutta contre cette pensée. Repoussant les genêts, il grimpa sur un promontoire sablo

II s'arrêta, horrifié. Là où, l'an dernier, s'étendaient encore des prairies, ses yeux s'écarquillèrent devant un immense chantier. L'usine avait triplé de volume. Près de la vieille cheminée, deux nouvelles unités portaient, en lettres rouges, le nom de NAVET. Des bulldozers s'agitaient dans des travaux de terrassement. Près des fours, les camions déversaient des be

Patrick ferma les yeux; il dévala la dune en poussant des jurons. L'industrialisation! Un siècle en retard! Sur cette côte sauvage! А l'heure de la protection de la nature! Comment les villageois autorisaient-ils une chose pareille? Pendant un kilomètre, le comédien marcha vers la mer, consterné, furieux, agité par un tremblement du visage. Il prit des décisions radicales: jamais il ne reviendrait. Il chercherait ailleurs une contrée préservée, s'il en restait encore… Arrivé а l'embouchure de la rivière, il se calma en observant un groupe de goélands posés sur le sable. Les mêmes, peut-être, qui s'ébattaient dans les ordures! Il les chassa d'un coup de pied puis remonta le cours d'eau. Passant devant le moulin abando

Quelques minutes plus tard, il arrivait au hameau de l'étang où des bosquets verts et gras contrastaient avec la sécheresse de la lande. Au bord d'une pièce d'eau se dressaient un chalet suisse et un mas provençal (construits avant qu'une loi n'impose, sur tout le littoral, des normes architecturales régionales). Patrick s'approcha de la demeure méditerranée

– C'est qui? chanta une voix d'homme sur un ton complice.

– Un visiteur de Paris! répliqua l'acteur sur le même ton.

Des charnières grincèrent. La porte trembla puis elle s'ouvrit lentement. Toute seule. Et Patrick découvrit devant lui, au fond de la pièce, Joseph allongé sur un canapé en compagnie de Marceline – une jeune veuve des environs -, la poitrine à moitîé nue. Elle pouffait de rire. Joseph tenait а la main une ficelle, chevauchant sur des poulies, par laquelle il actio

~~~ On faisait la sieste en t'attendant!

Joseph, la cinquantaine, paraissait encore jeune malgré son nez rouge turgescent, entretenu par d’i

Cinq minutes plus tard, les trois convives s'attablaient dans la cuisine, autour d'une bouteille de vin blanc. Le téléviseur s'exprimait bruyamment. Joseph servit une première tournée, puis une seconde. Il semblait fier de sa nouvelle ante

Patrick respira, soulagé par la perspective d'une vraie conversation. Joseph raconta divers événements survenus au village depuis l'an dernier: deux enterrements, un divorce. L'acteur parla des nuits parisie

– Merde alors! Les Parisiens, vous êtes tous pareils. Le progrès pour vous et le Moyen Age pour les autres!

Patrick n'avait pas prévu cette riposte. Sa bouche se tordit dans un rictus et il cligna de l'oeil, tout en bégayant:

– Le progrès? Mais quel progrès?

– Tu voudrais qu'on vive comme les paysans d'autrefois? Qu'on nous enferme dans des réserves?

Le ton monta rapidement. Patrick croyait prêcher l'évidence: les villageois possédaient des autos, des maisons, des télés, des machines а laver, des fours а micro-ondes, des débroussailleuses, des chaînes stéréo, des ordinateurs. Fallait-il, de surcroît, transformer la campagne en banlieue? De son côté, Joseph considérait Patrick comme un fou, vivant toute l'a

– On voit l'usine partout; on sent des odeurs qui planent. Vous allez détruire la faune et la flore…

– Au contraire, ça attire les oiseaux. T'as pas vu les mouettes autour de l'usine?

– Vous ferez fuir les touristes avec vos ordures.

– Non, monsieur! On a pensé а tout. Une zone touristique, un sentier balisé, des parkings, des buvettes… Les taxes de l'usine vont permettre de créer des activités. Et pour qui crois-tu qu'on se do

– Ne faites rien, ce sera mieux!

Patrick dressa brusquement la tête, comme s'il gobait une mouche, et il cligna plusieurs fois de l’oeil. Tout en servant une autre tournée, Joseph le considérait avec pitié en fulminant: