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– Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi elle s'est do

– Je sais, j'ai des torts. Vous n'avez aucune idée de ce qu'est l'amour: c'est une maladie qui rend mauvais. Dès que l'on aime vraiment quelqu'un, on ne peut s'empêcher de lui nuire, même et surtout si l'on veut le rendre heureux.

– On, on, on! Vous voulez dire vous! Je n'ai jamais entendu parler d'un homme qui ait réservé à sa bien-aimée un sort pareil.

– C'est normal. L'amour n'est pas une expérience très courante chez les humains. Je suis sans doute le premier cas que vous rencontrez. Car j'ose vous croire assez intelligente pour comprendre que les comportements sentimentaux de vos congénères ne méritent pas le nom d'amour.

– Si l'amour consiste à nuire, pourquoi n'êtes-vous pas plus expéditif? Pourquoi ne pas avoir tué Adèle dès votre première rencontre?

– Parce que ce n'est pas si simple. L'amoureux est un être complexe qui cherche aussi à rendre heureux.

– Dites-moi en quoi vous cherchez à rendre Hazel heureuse. Cela m'échappe.

– Je l'ai sauvée de la misère noire qui était la sie

– Je suis sûre qu'elle préférerait cent fois être pauvre et libre.

– Elle est ici couverte d'attentions, de tendresse, d'adoration et d'égards. Elle est aimée: elle le sait et elle le sent.

– Ça lui fait une belle jambe.

– Parfaitement. Vous ne savez pas ce que c'est, vous, le bonheur d'être aimée.

– Je co

Le vieillard ricana.

– Et cela vous tient chaud, la nuit, dans votre lit?

– Puisque nous en arrivons à ce sujet qui vous obsède, sachez que Hazel a la hantise de ces nuits où vous la rejoignez dans sa chambre.

– C'est ce qu'elle dit, oui. Pourtant, elle aime ça. Il y a des signes qui ne trompent pas, vous savez.

– Taisez-vous, vous êtes ignoble!

– Pourquoi? Parce que je do

– Comment une jeune fille aurait-elle envie d'un homme aussi répugnant que vous?

– J'en ai les preuves. Mais je doute que vous soyez bien renseignée sur la question. Le sexe, ça ne m'a pas l'air d'être votre rayon. Pour vous, le corps, c'est une chose qu'on ausculte et qu'on soigne, et non un paysage que l'on fait exulter.

– Enfin, même si vous lui do

– Ecoutez, elle a le luxe, la sécurité financière, elle est follement aimée dans tous les sens du terme. Elle n'est pas à plaindre.

– Vous vous obstinez à omettre un petit détail, n'est-ce pas? L'inimaginable imposture dans laquelle vous l'entretenez depuis cinq a

– C'est un détail, en effet.

– Un détail! Je suppose que vous avez recouru à un stratagème identique avec Adèle?

– Oui, puisque c'était pour elle, au départ, que j'avais construit cette maison.

– N'avez-vous jamais pensé que c'est cette horrible machination qui l'a poussée au suicide? Comment osez-vous dire que c'est un détail?

Loncours s'assombrit.

– Il me semblait que, si elle parvenait à m'aimer, elle ne se soucierait plus de ça.

– Vous devriez savoir, maintenant, que vous vous trompiez. La première fois, vous aviez au moins l'excuse de l'ignorer. A présent, malgré l'échec de votre expérience avec Adèle, vous recommencez avec Hazel î Vous êtes un criminel! Ne voyez-vous pas qu'elle va se suicider, elle aussi? Les mêmes causes produisent les mêmes effets!

– Non. Je n'avais pas réussi à rendre Adèle amoureuse: je m'y prenais mal. J'ai tiré les leçons de mes erreurs: Hazel m'aime.

– Vous êtes d'une prétention grotesque. Comment une jeune fille délicate pourrait-elle s'éprendre d'un vieillard lubrique?

Le Capitaine sourit.

– C'est curieux, n'est-ce pas? Cela m'a éto

– Peut-être aussi la jeune fille en question n'avait-elle pas le choix. Ou peut-être le vieillard se trompe-t-il quand il la croit amoureuse.

– Vous aurez désormais tout le temps de réfléchir à ces conjectures sentimentales puisque, comme vous l'avez compris, vous ne quitterez plus Mortes-Frontières.

– Vous allez me tuer, ensuite?

– Je ne pense pas. Cela ne me plairait pas, car je vous aime bien. Et puis, Hazel rayo

– Très bien. Dans ce cas, je monte aussitôt chez Hazel: je n'ai déjà que trop tardé.

– Je vous en prie, faites à votre convenance, dit Loncours avec ironie.

La pupille l'attendait, le visage décomposé.

– Je sais, j'ai beaucoup de retard.

– Françoise, c'est affreux: je n'ai plus de fièvre.

– Le Capitaine vient de me l'a

– Je ne veux pas guérir!

– Vous êtes loin d'être guérie. La température n'était qu'un symptôme de votre maladie qui, elle, n'est pas près de déloger.

– C'est vrai?

– Oui, c'est vrai. Quittez donc cette expression désemparée.

– C'est que… je guérirai un jour. Notre séparation n'est que partie remise.

– Je vous jure que non. J'ai la certitude que votre mal est chronique.

– Comment se fait-il, alors, que je me sente tellement mieux?

– C'est parce que je vous soigne. Et je ne cesserai jamais de m'occuper de vous. Si j'arrêtais, vos troubles reprendraient.

– Quel bonheur!

– Je n'ai jamais vu quelqu'un aussi ravi d'être en mauvaise santé.

– C'est un don du ciel. Quel paradoxe: je n'ai jamais été aussi pleine de vie et d'énergie que depuis le commencement de la maladie.

– C'est parce que vous étiez déjà souffrante auparavant, sans le savoir. A présent, mes traitements et mes massages vous ont ragaillardie.

Hazel rit.

– Ce ne sont pas vos massages, Françoise, même si je ne doute pas de leur qualité. C'est vous. C'est votre présence. Cela me rappelle un conte indien que j'ai lu quand j'étais petite: un puissant rajah avait une fille qu'il chérissait. Hélas, un mal mystérieux s'empara de la fillette: elle dépérissait sans que perso

– C'est joli, mais notre cas est différent: c'est vous qui me racontez les belles histoires.

– Cela revient au même: comme je vous l'ai déjà dit, c'est l'interlocuteur qui suscite la conversation.

– Je vous dése

– Non. On ne peut pas dire que je m'e

– Que lisez-vous?