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Admiration du reste partagée par la fillette elle-même. En effet, ce n'était pas sans un éto
Quant aux autres élèves, ils étaient persuadés que l'attitude de Plectrude était pure provocation. Chaque fois que le professeur l'interrogeait, ils retenaient leur souffle, puis ils s'émerveillaient de l'aplomb naturel avec lequel elle sortait ses trouvailles. Ils croyaient que son but était de se moquer de l'institution scolaire et applaudissaient à son courage.
Sa réputation franchit les limites de la classe. A la récréation, tout l'établissement venait demander aux élèves de cinquième «la dernière de Plectrude». On se racontait ses hauts faits comme une chanson de geste.
La conclusion était toujours identique:
– Elle y va fort!
– Tu y vas un peu fort, non? s'emporta son père en voyant son carnet de notes.
– Je ne veux plus aller à l'école, Papa. Ce n'est pas pour moi.
– Ça ne se passera pas comme ça!
– Je veux devenir petit rat de l'Opéra de Paris. Cela ne tomba pas dans l'oreille d'une sourde.
– Elle a raison! dit Clémence.
– Tu la défends, en plus?
– Bien sûr! C'est un génie de la danse, notre Plectrude! A son âge, il faut qu'elle s'y do
Le jour même, Clémence téléphona à l'école des petits rats.
L'habituelle école de danse de la fillette se montra enthousiaste:
– Nous espérions que vous prendriez une telle décision! Elle est faite pour ça!
On lui écrivit des lettres de recommandation où l'on parlait d'elle comme de la future Pavlova.
Elle fut convoquée par l'Opéra afin de passer un examen. Clémence hurla en recevant la lettre de convocation, qui ne signifiait pourtant rien.
Le jour fixé, Plectrude et sa mère prirent le RER. Le cœur de Clémence battait encore plus fort que celui de la petite quand elles arrivèrent à l'école des rats.
Deux semaines plus tard, Plectrude reçut sa lettre d'admission. Ce fut le plus beau jour de la vie de sa mère.
En septembre, elle commencerait l'école de l'Opéra, où elle serait pensio
On était en avril. Denis insista pour qu'elle terminât et réussît son a
– Comment ça, tu pourras dire que tu t'es arrêtée en quatrième.
La petite trouva dérisoire cette entourloupe. Cependant, par affection pour son père, elle do
Le collège entier savait pourquoi elle partait et s'en enorgueillissait. Même les professeurs dont Plectrude avait été le cauchemar déclaraient qu'ils avaient toujours senti le «génie» de cette enfant.
Les pions vantaient sa grâce, les dames de la cantine louangeaient son manque d'appétit, le professeur d'éducation physique (branche dans laquelle la danseuse brillait par sa faiblesse) évoquait sa souplesse et la finesse de ses muscles; le comble fut atteint quand ceux des élèves qui n'avaient jamais cessé de la haïr depuis le cours préparatoire se flattèrent d'être ses amis.
Hélas, le seul être de la classe que la petite eût voulu impressio
En vérité, il pensait: «Et merde! Moi qui pensais avoir cinq ans devant moi pour arriver à mes fins! Et elle qui va devenir une étoile! Je ne la reverrai plus jamais, c'est certain. Si au moins elle était une amie, j'aurais un prétexte pour la rencontrer à l'avenir. Mais je n'ai jamais vraiment lié amitié avec elle et je ne vais pas conduire comme ces ploucs qui font semblant de l'adorer depuis qu'ils savent ce qui l'attend.»
Le dernier jour de classe, Mathieu Saladin lui dit au revoir avec froideur.
«Encore heureux que je quitte le collège, soupira la danseuse. Je vais cesser de le voir et je penserai peut-être moins à lui. Ça lui est parfaitement égal, que je m'en aille!»
Cet été-là, ils ne partirent pas en vacances: l'école des rats coûtait cher. A l'appartement, le téléphone so
– Et elle est belle, en plus! s'exclamaient-ils à sa vue.
Plectrude avait hâte d'être pensio
Pour se dése
Elle les rouvrait et prenait conscience de la sottise de son attitude. Elle enrageait: «Qu'il est bête d'avoir douze ans et demi et de plaire à tout le monde sauf à Mathieu Saladin!»
La nuit, dans son lit, elle se racontait des histoires beaucoup plus intenses: Mathieu Saladin et elle étaient enfermés dans un to
Les deux versions avaient du bon. Quand c'était elle qu'il fallait sauver, elle adorait qu'il plonge pour la rechercher au fond des remous, qu'il l'enlace pour la ramener à la vie puis que, sur la berge, il lui fasse la respiration artificielle; quand c'était lui qui était blessé, elle le sortait de l'eau et se racontait ses plaies dont elle léchait le sang, se réjouissant des nouvelles cicatrices qui allaient le rendre encore plus beau.
Elle finissait par ressentir des frissons de désir qui la rendaient folle.
Elle attendait la rentrée comme une libération. Ce fut une incarcération.
Elle savait qu'à l'école des rats régnerait une discipline de fer. Pourtant, ce qu'elle y découvrit surpassa de loin ses pressentiments les plus délirants.
Plectrude avait toujours été la plus mince de tous les groupements humains dans lesquels elle s'était aventurée. Ici, elle faisait partie des «normales». Celles qu'on qualifiait de minces eussent été appelées squelettiques en dehors du pensio
Le premier jour fut digne d'une boucherie. Une espèce de maigre et vieille charcutière vint passer en revue les élèves comme si elles avaient été des morceaux de viande. Elle les sépara en trois catégories à qui elle tint ces discours:
– Les minces, c'est bien, continuez comme ça. Les normales, ça va, mais je vous ai à l'œil. Les grosses vaches, soit vous maigrissez, soit vous partez: il n'y a pas de place ici pour les truies.
Ces aimables hurlements furent salués par l'hilarité des «minces»: on eût dit des cadavres qui rigolaient. «Elles sont monstrueuses», pensa Plectrude.
Une «grosse vache», qui était une jolie fillette d'un gabarit parfaitement normal, éclata en sanglots. La vieille vint l'engueuler en ces termes:
– Pas de sensibleries ici! Si tu veux continuer à t'empiffrer de sucres d'orge dans les jupes de ta maman, perso
Ensuite, on mesura et pesa les jeunes morceaux de viande. Plectrude, qui aurait treize ans un mois plus tard, mesurait un mètre cinquante-cinq et pesait quarante kilos, ce qui était peu, surtout compte tenu du fait qu'elle était tout en muscles, comme une danseuse qui se respecte; on ne lui en signifia pas moins que c'était un «maximum à ne pas dépasser».
A toutes ces fillettes, ce premier jour à l'école des rats do