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– Non. Perso

– C'est drôle, ces gens qui parlent de la foi comme de l'hémophilie. Mes parents ne croyaient en rien; cela ne m'a pas empêché de croire.

– Vous avez fini par devenir comme vos parents: vous ne croyez plus.

– Oui, mais c'est à cause d'un accident, un accident mental qui aurait pu ne pas se produire et qui a déterminé la totalité de ma vie.

– Vous parlez comme quelqu'un qui a reçu un coup sur la tête.

– C'est un peu ça. J'avais douze ans et demi. J'habitais chez mes grands-parents. A la maison, il y avait trois chats. C'était moi qui devais leur préparer à manger. Il fallait ouvrir des conserves de poisson et écraser leur contenu avec du riz. Cette besogne m'inspirait un dégoût profond. L'odeur et l'aspect de ce poisson en boîte me do

– Jusqu'ici, je peux comprendre.

– Je me suis livré à cette tâche durant des a

– Pouah.

– Eh bien non! Justement non! Il me semblait que je n'avais jamais rien mangé d'aussi bon. Moi qui étais un enfant maigre et affreusement difficile pour la nourriture, moi qu'il fallait forcer à manger, je me pourléchais de cette bouillie pour animaux. Effaré de ce que je me voyais faire, je me mis à bouffer, à bouffer, poignée après poignée, cette glu poisso

– C'est plutôt drôle, cette histoire.

– C'est une histoire atroce et qui me fit perdre la foi.

– C'est bizarre. Moi qui ne suis pas croyant, je ne vois pas en quoi aimer la bouffe pour chats est une raison suffisante pour douter de l'existence de Dieu.

– Non, monsieur, je n'aimais pas la bouffe pour chats! C'était un e

– Vous croyez toujours que Dieu existe, alors?

– Oui, puisque je ne cesse de l'insulter.

– Pourquoi l'insultez-vous?

– Pour le forcer à réagir. Ça ne marche pas. Il reste amorphe, sans dignité devant mes injures. Même les hommes sont moins mous que lui. Dieu est un jean-foutre. Vous voyez? Je viens encore de l'insulter et il continue à se taire.

– Que voudriez-vous qu'il fasse? Qu'il vous jette sa foudre?

– Vous confondez avec Zeus, monsieur.

– Bon. Vous voudriez qu'il vous envoie une pluie de sauterelles ou que les eaux de la mer Rouge se referment sur vous?

– C'est ça, moquez-vous. Sachez qu'il est très dur de découvrir la nullité de Dieu et, pour compenser, la toute-puissance de l'e

– Allons, ce n'est pas si grave de manger la nourriture des chats.

– Ça vous est déjà arrivé?

– Non.

– Alors qu'en savez-vous? C'est atroce de se repaître de la bouffe des chats. D'abord parce que c'est très mauvais. Ensuite parce qu'après on se hait. On se regarde dans la glace et on se dit: «Ce morveux a vidé la gamelle des chats.» On sait qu'on est soumis à une force obscure et détestable qui, au fond de son ventre, hurle de rire.

– Le diable?

– Appelez-le comme ça si vous voulez.

– Moi, je m'en fiche. Je ne crois pas en Dieu, donc je ne crois pas au diable.

– Je crois en l'e

– N'est-il pas également celui qui, quand vous êtes en train de lire dans la salle d'attente d'un aéroport, vient vous en empêcher par son accablante conversation?

– Oui. Pour vous, il est cela. Peut-être n'existe-t-il pas en dehors de vous. Vous le voyez assis à côté de vous mais peut-être est-il en vous, dans votre tête et dans votre ventre, en train de vous empêcher de lire.

– Non monsieur. Moi, je n'ai pas d'e

– Si cela vous plaît de le penser. Moi, je sais qu'il est en moi et qu'il fait de moi un coupable.

– Coupable de quoi?

– De n'avoir pu l'empêcher de prendre le pouvoir.

– Et vous venez m'embêter simplement parce qu'il y a trente ans, vous avez mangé de la bouffe pour chats? Vous êtes une infection, monsieur. Il y a des médecins pour les gens comme vous.

– Je ne suis pas venu pour me faire soigner par vous. Je suis venu pour vous rendre malade.

– Ça vous amuse?

– Cela me ravit.

– Et il a fallu que ça tombe sur moi.

– Vous n'avez pas de chance, mon cher.

– Je suis heureux qu'au moins vous en conveniez.

– Et cependant je suis certain que vous ne le regretterez pas. Il y a dans la vie des malheurs salutaires.

– C'est éto

c'est pour ton bien.» Si, au moins, il le faisait en silence!

– L'analogie avec le moustique est adéquate. Je vous laisserai comme une démangeaison.

– J'apprends ainsi que vous me laisserez: c'est déjà une parole d'espoir. Et puis-je savoir quand vous estimerez pouvoir partir?

– Quand j'aurai accompli ma mission avec vous.

– Parce qu'en plus vous avez une mission à mon endroit? Il devrait y avoir une loi contre les messies. Monsieur, je n'ai aucun besoin de vos enseignements.

– Non, en effet. Vous avez seulement besoin que je vous rende malade.

– Et depuis quand un être bien portant a-t-il besoin d'être malade?

– D'abord, vous n'êtes pas bien portant. Vous savez parfaitement qu'il y a en vous des choses qui ne vont pas. C'est pourquoi vous avez besoin d'être malade. Pascal a écrit un texte dont le titre est sublime: Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Car il y a bel et bien un bon usage des maladies. Encore faut-il être malade. Je suis là pour vous do