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La salle était plus calme. Le type du bar lui a dit qu'il était d'accord pour lui prêter la petite chambre, il y avait un cabinet de toilette au fond du couloir et un accès direct à la rue. Elle regardait les gens, ils étaient repliés sur leur conversation, leur journal, perso

A la table voisine, un homme compulsait un catalogue de meubles de bureau. Elle aurait voulu saigner du nez pour qu'il s'intéresse à elle. Il a réglé subitement sa bière, il est parti. Elle pensait qu'elle aurait mieux fait d'être ailleurs, en mouvement dans une foule ou immobile sur la rampe d'accès au crématorium après une chute inexpliquée, un empoiso

Elle lui a tourné le dos sans comprendre pourquoi elle avait quitté son domicile quelques heures plus tôt au lieu de se blottir dans sa baignoire et de rajouter de l'eau chaude à chaque fois que le bouillon deviendrait tiède. À l'avenir, elle passerait toutes ses journées dans la salle de bains, et toutes ses nuits à attendre le sommeil au salon comme une délivrance qui viendrait à l'aube, et parfois non. Elle retournerait alors s'immerger, dans l'obscurité totale, jusqu'au jour où elle se noierait d'épuisement. Mais l'eau déborderait, goutterait chez la voisine, on la sauverait. Elle passerait les trente-sept a

Le type souriait derrière le bar, il semblait satisfait d'avoir vécu l'heure qui venait de s'écouler. Elle ne pouvait plus s'en aller, le café était comme un marécage où elle se trouvait embourbée. Elle espérait que quelqu'un allait s'approcher, et remmener. Elle était faite pour être vécue par une autre volonté, elle n'avait pas le courage de décider à chaque instant de sa destination, de son sort. Elle aurait pu être dans un autre endroit de la ville, statique, se déplaçant à grands pas, ou jouant sur le trottoir à la marelle. Elle n'avait plus aucune préférence depuis longtemps, elle pouvait alimenter la rubrique des faits divers, ou devenir une bo

Vers la cinquantaine, elle se mettrait en ménage avec un voisin qu'elle aurait croisé dans l'escalier vingt a

Quand elle serait à la retraite, elle passerait une partie de ses journées à l'écouter et à faire briller sa carrosserie. Il tomberait en pa

Un homme lui parlait, il devait lui dire que sa voiture était garée dans un souterrain à deux pas d'ici. Dimanche dernier, il avait peut-être pique-niqué avec sa femme et ses deux garçons dans un square de son quartier afin d'éviter les embouteillages de retour de week-end. Il n'était pas beau avec son nez, ses yeux, cette bouche, et ce crâne luisant. Il parlait, avec des dents blanches et une langue qui apparaissait trop souvent au milieu des mots qu'il prononçait à l'occasion de longues phrases qu'elle n'avait pas la patiénce de suivre jusqu'au bout.

Il touchait son bras. À présent, elle aurait voulu s'enfuir, même si toute la substance du bar était restée collée à elle et avait ralenti sa progression dans les rues. Elle ouvrait la bouche pour crier, mais le bruit ambiant absorbait les sons qu'elle produisait. L'homme continuait à parler, il déployait de plus en plus sa mâchoire. S'il se taisait enfin, elle accepterait de se laisser faire. Il pourrait même la traîner à l'extérieur et la pousser devant lui comme un chariot. Il l'emmènerait dans son appartement, chez un ami, un voisin, un inco

Il a fini par disparaître. Elle est remontée dans la chambre sans être vue. Elle s'est allongée. La rumeur du café était confortable, régulière comme un bruit de cascade. Elle pouvait rester là, y demeurer toute la nuit sans qu'on vie

Mais dans moins d'une heure elle serait de retour à son domicile. Tout de suite elle se sentirait oppressée. Elle se jetterait dehors, elle marcherait sans but. Elle ne rentrerait pas avant la fin de la matinée. Elle dormirait un peu au cours de l'après-midi, à moins qu'elle repre

En marchant, elle ferait peut-être co

Elle rentrerait. Une fois couchée elle aurait l'impression que son lit lui était hostile, elle quitterait l'appartement. Elle se laisserait mouiller par un peu de pluie qui tomberait pendant quelques instants sur une partie restreinte de la ville. Elle tendrait son visage à l'éclaircie qui s'ensuivrait.

Elle marcherait, anonyme, sans volonté, simple cellule de la foule. Puis la fatigue l'obligerait à faire halte. En face d'elle des enfants tourneraient sur des chevaux de bois et des avions en tôle jaune vif. Elle se demanderait pourquoi elle n'avait jamais été enceinte l'espace de quelques semaines, pour éprouver enfin une sensation nouvelle et peut-être accéder un instant au bonheur. Elle se débarrasserait du fœtus quand elle serait lasse des nausées. Le lendemain de l'intervention elle serait secouée par des crises de larmes qui lui feraient regretter cette expérience absurde. Elle se demanderait même si elle n'aurait pas mieux fait de le laisser se développer, d'accoucher, et d'élever l'enfant. Il aurait été une source constante de problèmes, en même temps qu'une occupation qui l'aurait définitivement arrachée à l'e