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Elle avançait, elle regardait parfois un détail dans le paysage. Les femmes se détachaient plus souvent du décor, elle voyait leurs grands yeux charbo

Certaines s'arrêtaient soudain de marcher pour fouiller leurs poches ou consulter un plan de la ville. Beaucoup avaient dû arriver le matin tôt pour une simple visite, elles rentreraient le soir. Il y en avait aussi qui semblaient autochtones, elles entraient et sortaient des immeubles sans la moindre hésitation.

L'enviro

Elle a tenté de regarder loin au-dessus des têtes. Elle se demandait si tout le monde se dirigeait vers le même point, à part quelques réfractaires qui obliquaient par les rues transversales. L'inauguration d'un grand magasin absorbait peut-être la foule, si elle se laissait emporter elle passerait le reste de la journée à se faire propulser d'un rayon à l'autre. Elle n'en ressortirait qu'à la nuit, avec le dégoût éternel des tissus et des cosmétiques.

Mais la foule est devenue moins dense, et les commerces plus espacés. Elle a vu l'enseigne d'un salon de coiffure. Elle est entrée, un homme lui a demandé si elle souhaitait une couleur ou une coupe.

– Un shampooing.

– Vous pouvez patienter cinq minutes?

On lui a do

Elle aurait voulu qu'un homme l'emporte loin, dans une nouvelle vie où l'angoisse serait morte, sèche, inoffensive comme de la poussière en haut d'une armoire. Leurs enfants pousseraient harmonieusement, à l'instar des plantes fleuries disséminées sur la terrasse. À chacun de leurs a

Durant sa première a

Elle serait l'unique rescapée. Pendant quelques jours, la compagnie la logerait dans un grand hôtel. Elle y croiserait un homme qui essaierait d'entrer en conversation avec elle malgré son accablement. Ils vivraient ensemble dès le mois suivant. Un soir, il rentrerait fatigué et elle lui trouverait mauvaise mine. Il refuserait de dîner, mais une fois couché il aurait envie d'elle et succomberait dans ses bras. Elle se sentirait marquée par le malheur, elle regretterait de n'être pas décédée à la place de tous ces gens qu'elle avait côtoyés de si près. Elle s'imaginerait la mort comme un orifice qui vous excrétait dans le néant.

Chaque soir, elle mangerait seule dans sa cuisine. Elle verrait tous ses anciens maris grimper aux murs, ainsi que les enfants qu'elle avait perdus. Ils auraient la taille d'une souris, leurs pattes vibratiles colleraient à la paroi. Ils se déplaceraient à grande vitesse, atteindraient le plafond, et retomberaient sur elle en pluie, la recouvrant comme une perruque. Elle se persuaderait de l'imbécillité de ses perceptions, elle se dirait je suis seule, il ne se passe rien. Mais l'averse continuerait, et elle devrait quitter la pièce.

Parfois, le phénomène se reproduirait au salon ou dans la salle de bains. Ses défunts lui feraient horreur, et pour leur échapper elle se réfugierait sur le balcon malgré l'hiver. Un soir, elle comprendrait que le seul remède à sa démence était radical et cruel. Elle sauterait.

Le coiffeur étirait la chevelure grise et bleue d'une cliente qui se plaignait de ne plus rien avoir sur le caillou. Par la vitrine elle voyait la rue, elle ne savait pas si elle supporterait cette marche forcée jusqu'au soir et si elle ne rentrerait pas plutôt dormir. Elle se réveillerait dans la soirée, face à la nuit à peine entamée, avec le lendemain déjà visible à l'horizon, et le reste du cours du temps comme un paysage infini.

Elle enviait la vieille femme aux cheveux rares dont l'avenir ne représentait plus qu'un jardinet dont la surface rétrécissait de plus en plus vite. Le coiffeur l'a massée avec une lotion, puis il lui a mis un bo

Il est revenu à la vieille femme, il lui a séché les cheveux. Quand elle est sortie du salon de coiffure, elle avait encore moins d'existence devant elle que lorsqu'elle y était entrée une heure et demie plus tôt. Elle allait peut-être vivre dix-huit mois de plus, le temps de manger cinq cents yaourts, trois mille biscottes, et d'user sept brosses à dents. Elle mourrait un matin en s'étouffant avec du pain beurré, mais elle aurait succombé de toute façon six semaines plus tard d'une crise d'urémie. Perso

– Vous me suivez?

L'homme l'a entraînée vers les bacs, il lui a fait un shampooing. Il lui a frotté les cheveux avec une serviette, elle est allée s'asseoir sur un fauteuil. Elle s'est dit qu'en sortant elle serait victime d'une balle perdue. Depuis le matin, un adolescent caché dans une chambre sous les toits s'amusait sans doute à tirer dans les roues des voitures, cette fois le projectile rebondirait sur une jante et finirait sa course dans sa poitrine.

Sa mère se souviendrait tout le reste de sa vie de la soif qui l'avait saisie en sortant du cimetière. Elle prendrait plusieurs consommations au comptoir d'un petit troquet sombre, et elle irait aux toilettes les vomir. Par peur de la solitude, elle vivrait chez une parente durant trois jours, l'aidant à coudre des housses pour sa belle-fille. Elles parleraient beaucoup du deuil, de la tristesse de porter en terre un être cher.