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La joie d'embrasser d'un seul coup d'oeil la totalité du jardin, de distinguer la moindre fleur, le moindre être humain, qu'il fasse soixante centimètres au fond d'un berceau ou qu'il soit un adulte rouge et transpirant en train de courir autour des bosquets. Et cet homme en bras de chemise qui s'évente avec son journal en parlant à une femme courte et maigre. Et ces gens qui se photographient, ceux qui trempent leurs mains dans l'eau de la fontaine, qui mangent des gâteaux, des beignets, qui dorment sur les pelouses, qui rient en regardant les statues, les cailloux, leurs ongles clairs dans la lumière, et la circulation chatoyante au-delà des grilles.

Elle ne rencontrait perso

Elle ne reco

La voiture a démarré, elle a fermé les yeux et quand elle les a rouverts elle s'est trouvée devant un immeuble dont l'entrée était flanquée de vasques aux jets d'eau éteints. Il avait une grande chambre, il voulait déboucher une bouteille de champagne, elle lui a dit dépêchez-vous. Elle s'est déshabillée elle-même, il a mis de la musique. Il n'en finissait pas de la caresser. Elle croyait voir passer les heures, mais quelques minutes plus tard tout était terminé.

Elle lui a demandé de la raccompagner, il a appelé un taxi. Il a pris un billet dans la poche de son pantalon tire-boucho

Elle aurait voulu que quelqu'un soit là, un animal humain sans désirs, dévidant sans cesse une histoire infinie. Elle aurait aimé entendre un souffle, pouvoir poser sa main sur un cœur, son doigt sur un pouls. Elle s'est recouchée, elle n'est pas parvenue à se rendormir. Elle s'est rhabillée, elle est sortie. Au coin de la rue, elle est revenue sur ses pas. Elle s'est fait couler un bain, elle a vidé la baignoire. Elle s'est assise au salon, elle regardait l'écran éteint du téléviseur.

Dans un an, elle se serait peut-être volatilisée et ces meubles serviraient à une jeune femme qui aurait récupéré l'appartement une semaine après son décès.

Elle aurait passé plusieurs jours à faire les vitres, à nettoyer la cuisine, à punaiser des affiches sur les murs pour perso

On la remplacerait par un petit ménage. Le samedi soir ils auraient un rapport sexuel d'une grande simplicité, et ils changeraient les draps tout de suite après. Ils auraient pu avoir un enfant, mais ils n'auraient aucune envie de s'en occuper vingt a

Un homme d'une quarantaine d'a

Un mois plus tard un couple de jeunes médecins emménagerait, ils installeraient des étagères jusqu'à une heure tardive, puis ils auraient un ou deux rapports qui feraient bruire leur lit aux ressorts déjà épuisés après trois a

L'appartement demeurerait vide durant six mois, il serait occupé ensuite par une retraitée qui chèrcherait en vain à se pendre aux crochets destinés à fixer les lustres. Elle accumulerait les médicaments que lui prescrirait son rhumatologue et les avalerait tous à la fois. Elle en serait quitte pour deux jours d'hôpital, l'humiliation d'avoir échoué, sans compter le sermon déblatéré par le psychiatre du service. Un jour, elle se jetterait par la fenêtre.

A la fin du mois un jeune homme prendrait sa suite, dès le premier soir il aurait envie d'attenter à ses jours, mais son tempérament pusillanime l'empêcherait de s'exécuter. Il mourrait à soixante-deux ans d'une maladie dégénérative.

A cette époque-là on détruirait l'immeuble, on construirait une clinique à la place. Certains malades erreraient la nuit dans les couloirs à la recherche d'une issue, mais le bâtiment serait hermétiquement clos. Ils en seraient réduits à s'ouvrir les veines dans l'espoir de se vider de leur sang entre deux rondes d'infirmiers.

Elle ne pouvait plus rester ici, elle est ressortie. Elle entendait dans le silence le bruit de ses pas. Elle rêvait d'une mort subite, cadeau magnifique d'un organisme généreux. Pour sentir à quel point elle cessait de vivre, elle aurait voulu mourir une multitude de fois en même temps. Comme si elle était un peuple entier qu'on a

Quelqu'un marchait sur le trottoir d'en face. Il avait dû se disputer et claquer la porte. Il en voulait à sa femme de ne pas avoir disparu dans un crash quelques mois avant leur rencontre. À présent ils avaient même un fils et ils n'auraient jamais le courage de se quitter définitivement.

Il en avait assez de marcher, il allait prendre une chambre d'hôtel. Au matin, il se rendrait comme d'habitude à son bureau et le soir il réintégrerait le foyer familial. La vie quotidie

Le soir, quand ils seraient au lit, il leur arriverait même de monter l'un sur l'autre comme des amoureux et d'en retirer un certain plaisir. Ils ne se rendraient plus compte de l'absence de sentiments à l'intérieur de leur couple, le bricolage deviendrait pour eux une forme d'affection. Ils recevraient des amis, ils leur montreraient les moulures de leur chambre ou la porte d'armoire ancie