Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 14 из 52

La femme est arrivée trempée, elle lui a dit qu'un orage venait de claquer au-dessus de la ville. Elle avait eu peur des éclairs, craignant d'être brûlée vive. Elle avait cherché à s'abriter, mais par crainte d'être inondés, tous les magasins, tous les cafés avaient fermé. Elle s'était mise sous un balcon où les trombes d'eau l'avaient encore mieux douchée qu'à l'air libre. Le cataclysme terminé, elle avait voulu rentrer se changer, mais en définitive plutôt que de s'asseoir complètement trempée dans un autobus elle avait préféré continuer à pied les quelques centaines de mètres qui la séparaient d'ici.

– Je n'ai rien entendu.

– Où vous étiez?

– Je n'ai pas bougé.

Elle lui a demandé un séchoir et elle s'est enfermée un moment dans la salle de bains. Quand elle a rouvert la porte tous ses vêtements étaient étendus sur le fil de nylon au-dessus de la baignoire. Elle n'avait plus sur elle qu'un soutien-gorge et une culotte bleus. Elle a trouvé son corps mince, avec des courbes agréables.

– Vous auriez un peignoir?

Elle lui a prêté une grande robe de chambre en coton qui lui descendait jusqu'aux pieds.

– Je commence par la chambre?

– Comme vous voulez.

Sous prétexte d'aller faire quelques courses, elle l'a abando

– Vous avez un fer à repasser?

Elle lui a do

– Combien je vous dois?

– C'est facile à calculer.

Elle l'a payée.

– Au revoir.

Elle espérait qu'elle n'essuierait pas un deuxième orage.

– À bientôt.

– Non.

La prochaine fois on enverrait sans doute quelqu'un d'autre.

Elle s'est sentie mal. Ce local soudain si propre la rejetait, il lui semblait que l'air qu'il contenait allait l'asphyxier comme un insecticide crève une mouche. Elle a bu plusieurs verres d'eau, elle a ouvert toutes les fenêtres. Le bruit de la rue lui do

– Tu peux me prendre chez moi.

– Je suis marié depuis septembre.

Il avait eu un enfant, il avait épousé la mère en fin de grossesse. À présent, il passait toutes ses soirées dans le cocon familial.

– Viens vers dix-huit heures.

Il a accepté, à condition de ne l'emmener nulle part et de s'en aller assez tôt pour être rentré chez lui vers vingt heures.

– D'accord.

Il a raccroché. Puis elle a appelé un type dont elle ne parvenait pas à se remémorer le visage, mais son numéro ne répondait pas. Elle a quitté les toilettes, elle est sortie de chez elle. En passant devant une boutique, elle a eu envie d'une robe. Avec toutes ces paillettes sur le col elle ne la porterait jamais. On la lui mettrait dans un grand sac en papier kraft, elle en serait encombrée, elle l'abando

Un rayon de soleil rebondissait sur tous les pare-brise. Elle s'est dit que la lumière allait la dorer, lui do

Elle s'est arrêtée devant une statue équestre. Elle s'est assise sur un banc. Elle se sentait moins exaltée, son existence n'avait plus dans son cerveau qu'une envergure moye

Elle était à l'ombre d'un arbre, elle regardait la ville aller et venir. Les voitures et les autobus luisaient, les piétons étaient mats, au-dessus le ciel bleu ne les réfléchissait pas comme un miroir. Rien ne la transperçait, les gens passaient autour de son corps scellé. Elle vivait à sa propre place, elle était sa reproduction intelligente et sensible. Il devait y avoir quelque part l'exemplaire original de ce qu'elle était, une femme en tout point semblable mais authentique, prête à aimer de tout son cœur, sans arrière-pensée, comme font toutes les humaines au moins une fois au cours de leur vie. Alors qu'elle était toujours restée derrière les sombres vitraux de son carmel intérieur, jetant parfois son corps aux hommes, mais ne leur accordant jamais que des sentiments maigres comme des clous, ou pas de sentiments du tout.

Elle pouvait rester là toute la journée, puis s'en aller d'un pas traînant quand la nuit tomberait. Elle aurait la sensation d'avoir perdu son temps, elle en éprouverait du plaisir. Elle achèterait un en-cas empaqueté dans un carton blanc et rouge. Il serait déjà trop tard, le type qui devait passer la voir avait dû la maudire et s'en retourner. Elle rentrerait chez elle s'installer devant le téléviseur avec la nourriture. Quand elle aurait fini de manger, elle se préparerait une tasse de thé. La soirée se prolongerait devant un film, puis à quatre ou cinq reprises elle do

Elle se mettrait au lit. Comme elle ne parviendrait pas à s'endormir elle rallumerait les lumières, la télévision, et ouvrirait le frigo plusieurs fois pour y découper les restes d'un fromage de chèvre. Puis elle irait dans la salle de bains, elle trouverait dans l'armoire un fond de masque de beauté dont elle s'enduirait le visage. Le sommeil ne lui viendrait pas de la nuit.

Elle s'est levée, elle a fait des pas sur le trottoir et elle est parvenue à un autre banc. Elle a marché encore, elle se disait qu'elle n'était pas responsable de ses pas. La ville était un terrain où on la déplaçait. Il n'y avait aucun but à sa démarche, il s'agissait juste de la faire fonctio

Elle a traversé la rue. Elle a pensé à son rendez-vous. Elle se disait que si elle prévoyait un petit dîner avec une bouteille de vin frais, elle parviendrait peur-être à lui faire oublier son foyer. Elle en aurait sans doute vite assez de lui, mais d'un autre côté elle se sentirait très humiliée s'il s'en allait dès la dernière goutte de sperme expulsée. Elle voulait qu'il pre