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Seuls les plombiers-chauffagistes de son quartier (qui semblent bien constituer les deux tiers de la population active) lui mettent parfois un petit mot pour le renseigner plus précisément sur la nature et la diversité de leurs services, grâce à quoi il sait maintenant que les plombiers-chauffagistes débouchent les canalisations et réparent les chauffe-eau. Les autres lui cachent tout hormis leurs mariages, naissances et décès consécutifs, pour ça nulle réticence, les nouvelles sont largement diffusées.
Mais Crab froisse et jette sans les lire tous vos faire-part, il était au courant, c'était prévisible, il faudra inventer d'autres histoires, d'autres aventures pour le surprendre et l'intéresser à la journée qui commence.
(C'est Crab, six ans pour quatre-vingts centimètres, qui court après les pigeons pour les voir s'envoler. Combien en fit-il décoller avant de se lasser du miracle?)
On frappe à sa porte, Crab va ouvrir – réaction normale. Cela méritait d'être signalé, Crab a parfois des réactions normales. Il ouvre. Un homme est là, un voisin sans doute, puisque Crab ne le co
Quelques jours plus tard, à nouveau, on frappe à sa porte. La réaction de Crab quand on frappe à sa porte est maintenant co
L'histoire pourrait s'arrêter là, c'est vrai. Mais quelques jours plus tard, à nouveau, on a frappé à sa porte pour lui emprunter sa passoire. Et ainsi de suite, pour lui emprunter ses ciseaux, son sirop antitussif, son beurre, ses assiettes, ses livres, sa chaise, son vélo, sa radio, son parapluie, son bureau, sa lampe, ses bottes, voilà, les choses se sont passées aussi simplement, des hommes ont frappé à sa porte et se sont fait remettre une à une toutes ses affaires, jusqu'à son lit.
Puis, lorsque Crab s'est retrouvé seul dans sa maison vide, quelqu'un encore a frappé…
(Plusieurs fins possibles. A chacune sa signification et sa morale évidentes. Toutes ici.)
Le malaise de Crab en société ne naît pas tant de son manque d'assurance ou de ses propres complexes – Crab est un être parfaitement structuré – que de son intuition aiguë, infaillible, qui perce aussitôt le secret intime de chacun. Crab n'a jamais affaire à ces étrangers, relations de hasard ou de circonstance, avec lesquels nous parlons facilement de choses sans importance, conversations polies nourries de pages de journal comme les feux de cheminée confiés à des amateurs, propos qui n engagent perso
Crab se serait contenté lui aussi de ces rapports superficiels immédiats, échanges de banalités, assauts de courtoisie, jeux de glisse, mais sa perspicacité – comment la désarmer? – surprend chez les autres ce qu'il eût pourtant préféré ne pas savoir, les mystères obscurs de leur passé, les hontes et les lâchetés accumulées, les mobiles cachés des carrières ou des destins, et les ignobles inavouables perversions dissimulées, les mesquines préoccupations, les rêves vulgaires et les arrière-pensées venimeuses, les préméditations en cours. Tout ce qui lui est révélé ainsi, d'un coup, le fige sur place, les membres glacés, le cœur pris, il voudrait être loin, il se sent menacé, les autres vont comprendre à son trouble qu'il les a devinés, qu'il sait tout, c'est inévitable, son visage doit trahir son effroi, ils essaieront de faire disparaître ce témoin gênant – de là le malaise de Crab en société, finalement bien compréhensible.
(Qu'il soit parfois, rarement, mais tout de même parfois possible de tourner le dos à un homme sans que celui-ci en profite aussitôt pour vous assommer ou vous poignarder, Crab trouve cela émouvant, très émouvant, extrêmement émouvant, pourquoi ne pas le dire, les larmes lui montent aux yeux.)
Au cours d'un dîner entre inco
Le grand et gros type proprement remis à sa place baisse le nez. Crab miséricordieux accepte ses excuses.
Ça le dégoûte déjà de boire dans le verre d'un autre, mais alors, quand il voit quelqu'un finir sa part de tarte, il vomit aussitôt tout ce qu'il en avait avalé. Crab est un délicat.
Pourquoi s'acharner ainsi contre lui? Mais parce qu'il est petit et laid. Est-ce une raison suffisante? Crab est également sot et prétentieux. Mais encore? Il est sale et négligé. Quoi d'autre? Il est mesquin, grossier, brutal. D'accord, il convient en effet de le tenir à l'écart, de là pourtant à s'acharner ainsi contre lui, avec cette hargne, une telle cruauté, n'est-ce pas un peu excessif? Certainement, oui, mais impossible de le lui faire admettre. Crab est sans pitié.
Malgré sa fierté, son quant-à-soi, son haut orgueil, Crab est bien forcé de reco