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Abando

On le plaça ailleurs. Puis ailleurs encore, car Crab dévorait ses mères les unes après les autres. Il dévora la loutre, il dévora la truie, et la biche.

Crab reçut ensuite les soins d'une crevette, bien gentille, mais insaisissable et limpide comme l'eau même. Il croyait la voir partout et son affection filiale naissante se dilua dans le vaste Océan. Une abeille lui montra comment se tenir à table. Une jument l'initia au saut d'obstacles. Successivement une couleuvre, une pie, une baleine, une lio

Mais toutes ces mères de substitution, bienveillantes et dévouées, nourricières, ne parvenaient cependant pas à chasser de son esprit l'image idéale qu'il se formait de sa mère naturelle. En outre, Crab recevait d'elles des enseignements parfois contradictoires, et cela le perturbait – que croire? à qui se fier?

Puis il advint ce qu'il espérait confusément depuis toujours, sa mère repentante le réclama. Elle avait aménagé pour lui une petite chambre adorable, avec des rideaux bleus. Un précepteur l'aiderait à combler son retard. Après un examen psychologique approfondi et sous la condition d'une mise à l'épreuve, les services sociaux compétents autorisèrent la jeune femme à reprendre son fils. Crab lui fut donc rendu et son éducation d'homme commença.

Quelquefois encore, un geste, une attitude trahissent son passé, quand il rue, ou quand il rampe. Il peut lui arriver aussi de parasiter l'intestin d'une vache durant deux ou trois jours. Ce sont d'ailleurs moins des résurgences irrépressibles d'habitudes ancie

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Mais encore, Crab porte en permanence sur le dos un lourd fauteuil, car rien n'est fatigant comme de porter en permanence sur le dos un lourd fauteuil, et il est nécessaire de s'asseoir de temps en temps pour souffler un peu.

On n'en finit pas de découvrir Crab.

Crab est myope comme un écureuil – ou bien était-ce une taupe, ce petit animal?

Son menton est volontaire, son regard hésitant. Aux oreilles de décider.

Crab se laisse conduire, il erre, il répugne simplement à grimper, les côtes ou les escaliers, il suit plus volontiers la pente. C'est un fait, il n'a jamais gravi les marches d'un escalier; il en trouve encore pourtant, chaque jour sur son chemin, au moins un escalier qui descend. Crab dévale donc, sans se presser, sans s'y astreindre aucunement, plutôt par facilité – sa manière à lui d'être une boule et de rouler, par voie de conséquence. Des passants le dépassent souvent, emportés par leur élan, mais l'indifférence de Crab le met à l'abri de ces phénomènes voisins de l'enthousiasme, il descend à son rythme et les mains dans les poches des parois presque à pic. Des cyclistes le frôlent, courbés sur leurs guidons, décoiffés, défigurés par la vitesse, Crab affiche imperturbablement le même air indécis. A petits pas, sans destination précise (car où aller?), il avance parce que la pente s'y prête.

Il y eut l'événement controversé de sa naissance. Depuis, plus rien. D'autres en effet partagent sa situation, mais ils sont animés par l'espoir, ceux-là, ils voient plus loin, leur heure viendra. L'attente fait salle comble. Vous êtes enfin introduits dans le cabinet d'un mage sinistre qui sait exactement combien de jours il vous reste à vivre, très peu, mais que vous allez sentir passer – qui vous ôte un poumon, un rein, un cœur, puis vous raccompagne jusqu'à sa porte – au suivant. Crab n'y est pas, n'attend rien, perso

D'ailleurs, les médecins le tie

Crab fait irruption dans la boutique d'un marchand de lin.

– Quatre mouchoirs, vite, je saigne, je sue, je pleure, je tousse.

– Par ici, cher monsieur, laissez-moi plutôt vous montrer nos linceuls.

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C'est une colle de qualité supérieure, vraiment une excellente colle, sans mentir, prodigieuse, et qui colle indifféremment tous les matériaux, le carton, le papier, bien sûr, comme les colle toute colle, mais colle encore le cuir, le bois, la pierre, la porcelaine, les tissus, les plastiques, les métaux, et les colle instantanément, définitivement, et solidement, colle une bo

Crab est malade, cela saute aux yeux, la tête que nous lui co

Ce n'est tout de même pas la première fois que pareille mésaventure lui arrive. Crab est coutumier du fait. Au printemps, pour avoir trop longuement respiré le parfum des lilas, il eut les deux mains changées en grappes de fleurs mauves. Et pour avoir prêté l'oreille au murmure d'un ruisseau (mais alors il faut appeler murmure aussi le cliquetis des dés dans la poche d'un gros homme essoufflé), il vit ses deux jambes se liquéfier et creuser leurs lits divergents dans la prairie. Aux incrédules, Crab montrera la tête naturalisée d'un brochet de douze livres pêché dans sa jambe gauche.