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– Tu vas t’expliquer, lui dit-il, de cette voix rauque et brève que do

Sans effort apparent, avec une vigueur dont jamais on ne l’eût soupço

– Plus doucement hein! prononça-t-il du ton le plus provocant, je n’aime pas à être brusqué, et j’ai de quoi te répondre.

En même temps, il sortait à demi de sa poche et montrait un revolver.

– Tu vas te justifier, insista Louis, sinon!…

– Sinon, quoi? Renonce donc, une fois pour toutes, à l’espoir de me faire peur. Je veux bien te répondre, mais pas ici, au milieu de ce grand chemin, et par ce clair de lune; sais-tu si on ne nous observe pas? Allons, viens…

Ils franchirent le fossé qui borde la route, et s’éloignèrent à travers champs, sans se soucier des plants de maïs qu’ils foulaient aux pieds.

– Maintenant, commença Raoul, quand ils furent à une assez grande distance de la route, je puis, mon cher oncle, te dire ce qui m’amène. J’ai reçu tes lettres, et je les ai lues et relues. Tu as voulu être prudent, je comprends cela, mais tu as été si obscur en même temps que je ne t’ai pas compris. De tout ce que tu m’as écrit, un seul fait ressort clairement: nous sommes menacés d’un grand danger.

– Raison de plus, malheureux, pour veiller au grain.

– Puissamment raiso

– Ne t’ai-je pas dit d’être tranquille.

Raoul eut ce geste narquois du gamin de Paris raillant la crédulité naïve de quelque bon bourgeois.

– Alors, fit-il, je dois avoir en toi, cher oncle, pleine et entière confiance.

– Certainement. Tes doutes sont absurdes, après ce que j’ai fait pour toi. Qui donc est allé te chercher à Londres, où tu ne savais que devenir? Moi. Qui donc t’a do

Pour bien écouter, Raoul avait pris une pose grotesquement sérieuse.

– Superbe! interrompit-il, magnifique, splendide!… Pourquoi, pendant que tu y es, ne me prouves-tu pas que tu t’es sacrifié pour moi? Tu n’avais nul besoin de moi, n’est-ce pas, lorsque tu es venu me chercher? Allons, va, démontre-moi que tu es le plus généreux et le plus désintéressé des oncles; tu demanderas le prix Montyon [5] et j’apostillerai ta demande.

Clameran se taisait, il redoutait les entraînements de sa colère.

– Tiens, reprit Raoul, laissons là les enfantillages, cher oncle. Si je suis venu, c’est que je te co

Avec un tel complice, il fallait compter, Louis le comprit. Loin de se révolter, il raconta brièvement et clairement les événements survenus depuis qu’il était près de son frère.

Il fut presque franc sur tous les points, sauf cependant en ce qui concerne la fortune de son frère, dont il diminua l’importance autant que possible.

Quand il eut terminé:

– Eh bien! fit Raoul, nous sommes dans de beaux draps. Et tu espères t’en tirer, toi?

– Oui, si tu ne me trahis pas.

– Je n’ai encore jamais trahi perso

– Je ne sais, mais je sens que je trouverai un expédient. Oh! je le trouverai, il le faut. Tu peux, tu le vois, repartir tranquille. Tu ne cours aucun risque à Paris, tant que moi, ici, je surveillerai Gaston.

Raoul réfléchissait.

– Aucun risque, fit-il; en es-tu bien sûr?

– Parbleu! Nous tenons trop bien madame Fauvel, pour que jamais elle ose élever la voix contre nous. Elle saurait la vérité, la vraie, celle que toi et moi savons seuls, qu’elle se tairait encore, trop heureuse d’échapper au châtiment de sa faute passée, au blâme du monde, au ressentiment de son mari.

– C’est vrai, répondit Raoul, devenu sérieux, nous tenons ma mère, aussi n’est-ce pas elle que je redoute.

– Qui alors?

– Une e

Clameran eut un geste de dédain.

– Oh! celle-là…, fit-il.

– Tu la méprises, n’est-ce pas? interrompit Raoul, avec l’accent d’une conviction profonde, eh bien, tu te trompes. Elle s’est dévouée au salut de sa tante, mais elle n’a pas abdiqué. Elle a promis de t’épouser, elle a congédié Prosper qui est en train de mourir de douleur, c’est vrai, mais elle n’a pas renoncé à tout espoir. Tu la crois faible, peureuse, naïve, n’est-ce pas? Erreur. Elle est trop forte, elle est capable des plus audacieuses conceptions, le malheur lui do

– Elle a cinq cent mille francs de dot.

– C’est vrai; et, à cinq pour cent, c’est douze mille cinq cents francs chacun. N’importe! sage, tu renoncerais à Madeleine.

– Jamais! entends-tu! s’écria Clameran, jamais. Riche, je l’épouse; pauvre, je l’épouserais encore. Ce n’est pas sa dot que je veux, à cette heure, c’est elle, Raoul, elle seule… je l’aime!

Raoul parut étourdi de la brusque déclaration de son oncle.

Il recula de trois pas, levant les bras au ciel, avec tous les signes d’une surprise immense.

– Est-ce possible! répétait-il, tu aimes Madeleine, toi!… toi!…

– Oui, répondit Louis d’un ton soupço

– Rien, assurément, oh! rien! Seulement, cette belle passion m’explique les surprenantes variations de ta conduite. Ah! tu aimes Madeleine! Alors, oncle vénéré, nous n’avons plus qu’à nous rendre.

– Et pourquoi, s’il te plaît?

– Parce que, mon oncle, quand on a le cœur pris, on perd la tête. C’est un axiome banal. Les généraux amoureux ont toujours perdu leurs batailles. Un jour viendra fatalement où, épris de Madeleine, tu nous vendras pour un sourire. Et elle est notre e

[5] Prix de vertu, du nom de son créateur, J. -B. Montyon. (N. d. E.)